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Crystal Palace : Mention passable, peut mieux faire !

Crystal Palace : Mention passable, peut mieux faire !

Après une saison 2017/18 difficile, Crystal Palace réalise un exercice moyen. Si Roy Hodgson avait trouvé la solution pour sauver le club de la relégation, le technicien anglais peine à améliorer l’ordinaire. 14ème du classement mais avec seulement quatre points d’avance sur le premier relégable, Palace va devoir lutter pour s’éviter une mauvaise surprise. Analyse.

Par Nicolas Wagner– Twitter: @friulconnection 

 

Faible à Selhurst Park, mieux à l’extérieur

Pour leur sixième saison consécutive en Premier League, prolongeant ainsi la plus longue période de leur histoire au plus haut niveau national, Palace connait une année assez moyenne. Actuellement 14ème du classement, le club situé au sud de Londres bataille pour obtenir son maintien. Les Eagles comptent une petite avance sur le Bottom 3 (4 points). Mais le bilan est globalement insatisfaisant. Plusieurs points sont à améliorer :

  • Tout d’abord, il faut corriger le classement à domicile. Dix huitième avec trois victoires au compteur, seuls Southampton et Huddersfield font pire.
  • Booster l’attaque à Selhurst Park. Supporter Palace est un sacerdoce. Surtout quand ils évoluent devant leur public (8 buts au total en 12 réceptions).
  • Avec seulement 26 buts inscrits, Palace est l’un des mauvais élèves de la ligue. Le retour de Benteke et l’arrivée de Michy Batshuayi pourraient être une bonne chose.

« La plupart des clubs de la seconde moitié du classement ne sont pas mauvais pour bien défendre, mais la grande question est de savoir  : possédez-vous des joueurs comme ceux des grandes équipes ? Quand les buts se font rares, les choses deviennent très difficiles et je suis heureux que nous ayons maintenant des alternatives et suffisamment de joueurs pour marquer les buts dont nous aurons besoin pour nous maintenir. » Roy Hodgson

Tout n’est pas négatif, voici les bons points de cette équipe :

  • Un parcours à l’extérieur intéressant. L’équipe est classée au dixième rang en déplacement. Elle a collecté 14 points sur un total de 26 hors de ses bases.
  • Une défense assez solide. À titre de comparaison, Arsenal et Manchester United ont pris plus de buts (35, 36 contre 33).
  • Quelques valeurs sûres comme le capitaine Luka Milivojević, le solide Mamadou Sakho, la révélation Aaron Wan-Bissaka et le dribbleur Wilfried Zaha.

Comme certaines équipes mal classées, Palace est plus à l’aise quand elle ne doit pas faire le jeu. En douze réceptions, ils n’en ont remporté que trois (25%) face à Burnley, Leicester et Fulham. Les londoniens préfèrent jouer le contre. Et c’est plus facile à l’extérieur. Manchester City et même Liverpool peuvent en témoigner. Les Cityzens ont concédé une défaite surprise (2-3) et les Reds ont plié à trois reprises (victoire 4-3 pour Liverpool).

Pour s’éviter une déconvenue en fin de saison, Roy Hodgson devra parfaire son bilan à la maison et continuer à gratter des points à l’extérieur. En cas d’insuccès, le redoublement en Championship pourra intervenir dès le mois de mai prochain.

Un mercato malin

Pourtant Crystal Palace a réalisé un mercato intelligent. Dans un premier temps, le club a beaucoup dégraissé. Pas moins de quatorze joueurs ont quitté le club. Soit à la fin de leur contrat, soit en prêt. Ces départs sont compensés par les arrivées définitives de trois joueurs (Guaita, Kouyaté et Meyer). Et celle de Jordan Ayew, prêté par Swansea. Au total, Palace a déboursé 9,5M£ en indemnité de transfert pour s’offrir les services du milieu sénégalais, en provenance de West Ham. Le bon coup du mercato estival est la signature du jeune milieu allemand : Max Meyer. Considéré comme l’un des meilleurs espoirs germaniques de sa génération, Meyer décide de ne pas prolonger son contrat avec Shalke 04.

« Il est techniquement très très bon. Il joue dans la profondeur, son jeu de passes est excellent. » Joachim Löw, sélectionneur de la Mannschaft

Convoité par de nombreuses écuries européennes, il s’engage finalement avec Palace pour une durée de trois ans (8M€/an) et 500 000 € d’indemnités de formation. Mais Max Meyer connait une période d’adaptation à la Premier League. En dépit de ses 23 ans, le milieu offensif a encore un physique d’adolescent. Confronté à la concurrence au milieu du terrain, il doit attendre le mois d’octobre pour obtenir sa première titularisation en Premier League. Ensuite, il enchaîne quelques apparitions dans le XI. Ex-n°10 de formation, repositionné plus bas sur le terrain par son ancien coach Domenico Tedesco, Meyer évolue aussi parfois sur l’aile gauche du 4-4-2 mis en place par Hodgson. Il amène une touche technique au jeu des Eagles. Sa performance en Cup contre Tottenham (victoire 2-0) souligne ses progrès depuis son arrivée.

Bien placé entre les lignes, toujours disponible, capable de mettre le pied quand il le faut et de garder le ballon en mouvement, Meyer a produit sa meilleure prestation. Malgré un temps de jeu deux fois inférieur à celui de McArthur, l’un de ses concurrents pour une place de titulaire, Max a de meilleures stats. Il compte le même nombre de passes décisives. Seulement un but de moins. Il tire au but deux fois plus par match (1,6 contre 0,8). Il possède un pourcentage plus élevé de passes réussies (84,6 % contre 79,7%). Il réalise plus de dribbles par match. Et il est moins dépossédé du ballon. Néanmoins, Hodgson l’utilise encore avec parcimonie. Son statut de joker de luxe provoque l’incompréhension des fans de Palace. Si Meyer continue sur ce rythme, il sera dur pour le manager anglais de le maintenir sur le banc.

Luka Milivojević, le métronome

Arrivé dans l’anonymat lors du dernier jour du mercato hivernal 2017, Luka Milivojević a démontré toutes ses qualités sous le maillot de Palace. Au point d’hériter du brassard de capitaine cette saison. L’international serbe (30 sél.) est la pièce maîtresse du milieu de terrain des londoniens. Avec 2250 minutes jouées, il a participé à l’intégralité des 25 journées de championnat. Également meilleur buteur du club avec sept réalisations, il devance les éléments offensifs suivants : Jeffery Schlupp, Andros Townsend et Wilfried Zaha (tous 4 buts). Avant d’arriver à Londres, Luka a débuté le football en Serbie. Son premier club est le FK Radnički 1923, équipe basée à Kragujevac (4ème ville du pays). Sa ville natale.

« Prosinečki le voulait vraiment. Lors de la première réunion, je me souviens qu’il m’a dit que Luka serait son capitaine. Il a toujours été un vrai leader depuis son plus jeune âge et c’était son rêve et celui de son père de jouer pour l’Étoile Rouge de Belgrade. Je pense que c’était une décision facile à prendre. » Ranko Stojic, ancien gardien de but de l’ex-Yougoslavie et ancien président de Rad FK

En 2007, il y fait ses premiers pas en tant que professionnel. Une saison suffit pour le voir intégrer FK Rad, situé à Belgrade. Il effectue quatre années avec Rad. Repéré par Robert Prosinečki, l’ancienne légende yougoslave reconverti entraîneur de la Zvezda, il obtient son transfert vers le grand club de la capitale en 2012. Confrontés à de graves difficultés financières, les dirigeants de l’Étoile Rouge le cèdent à Anderlecht après une seule saison. En Belgique, pour sa première expérience à l’étranger, Luka ne s’impose pas. Aligné en alternance en défense centrale ou au milieu, il voit l’émergence de Youri Tielemans. Malgré son jeune âge, le belge a les faveurs du coach bruxellois. Lassé du banc de touche, il est prêté avec option d’achat à l’Olympiakos. Comme en Serbie, Luka retrouve en Grèce la ferveur populaire démesurée et surtout une place de titulaire.

Pour la première fois depuis son passage au FK Rad, Milivojević trouve un peu de stabilité. Pour mieux vous démontrer son impact lors de son passage en Grèce, voici une petite anecdote. Après deux ans et demi à Athènes, Luka rejoint Crystal Palace. Lors de sa dernière saison, les Erythrólefkoi ne perdent qu’un seul match jusqu’à son départ. Mais ensuite, sans leur capitaine, l’Olympiakos perd trois matches consécutifs pour la première fois en près d’une décennie. Depuis son arrivée en Angleterre, Luka ratisse les ballons. Et ensuite, il les distribue proprement et efficacement. À l’aise techniquement, il sait résister au pressing adverse. Toujours disponible pour offrir une solution, son placement est intelligent. Cela lui permet également d’intercepter des passes et de lancer des contre-attaques. Solide sur le plan défensif, il sait également marquer des buts (10 en 2017/18 et 7 en 2018/19). Avec de telles prestations, ce sera compliqué de le retenir à Londres encore longtemps.

Trop timides à domicile, meilleurs à l’extérieur, la saison de Crystal Palace est perfectible. L’arrivée de renforts offensifs (Michy, Sako), le retour de blessure de Benteke, l’émergence de Meyer et les bonnes perfs de Milivojević sont autant de raisons pour croire en une amélioration d’ici la fin de la saison. Peut-être insuffisantes pour éviter la relégation. Wait and see.