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Cagliari : Étendard de la Sardaigne

Trois ans après leur montée, Cagliari devra encore lutter pour être présent en Serie A la saison prochaine. Une nécessité pour le développement du projet porté par le président Tommaso Giulini. L’entrepreneur s’appuie sur le particularisme régional sarde avec ce slogan : « Una terra, un popolo, una squadra ». Pour atteindre le maintien, il peut également compter sur son buteur Leonardo Pavoletti et sur le milieu prometteur, formé au club, Nicolò Barella. Analyse.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

 

Étendard régional

Seconde île de Méditerranée, la Sardaigne est principalement réputée pour son tourisme grâce à ses superbes plages et ses paysages montagneux. Mais comme d’autres régions du Mezzogiorno (ensemble des régions péninsulaire et insulaire du sud de l’Italie : Abruzzes, Basilicate, Campanie, Calabre, sud du Latium, Molise Pouilles et Sicile), elle souffre d’un déficit économique lié au manque d’infrastructures notamment dans le secteur des transports et au coût global du travail trop élevé … Pour redorer le blason sarde, Tommaso Giulini mise sur le football et sur un projet de développement ambitieux de son équipe.

« Notre modèle reste celui de l’Athletic Bilbao même s’il est extrêmement difficile de créer un Cagliari de Sardes : il faut faire des choix pour rester en Serie A. Cependant, les garçons de notre région doivent être soutenus. » – Tommaso Giulini

Depuis sa reprise du club en 2014, via son groupe industriel Fluorsid, l’entrepreneur milanais a lancé une restructuration complète. Cela passe par l’installation durable en Serie A, par l’amélioration du centre de formation, par une politique tarifaire agressive pour remplir le stade provisoire, par l’ouverture d’un musée autour de l’épopée du Scudetto 1970 et par la construction d’un nouveau stade. Un dossier épineux. Mais si cela se concrétise, cette nouvelle enceinte de 30 000 places dotée de boutiques, de bureaux et d’un hôtel pourrait apporter de nouvelles perspectives économiques pour le club. Et pourquoi ne pas rêver des aspirations continentales ? Comme en 1994 avec la demi-finale de Coupe UEFA perdue contre l’Inter.

Unique représentant Sarde dans l’histoire la Serie A, Cagliari compte 39 participations au plus haut niveau national italien. Fer de lance régional, Casteddu s’est même adjugé le Scudetto en 1970 avec l’immense Gigi Riva. Avec le Napoli (si nous partons du principe que Rome n’est pas vraiment le sud), Cagliari est la seule autre équipe du Sud à avoir inscrit son nom au palmarès. D’ailleurs, aucune autre équipe insulaire n’a jamais atteint l’élite. Les différents protagonistes évoluant sur l’île : la Polisportiva Alghero, le Nuorese Calcio 1930, l’Olbia Calcio 1905 ou l’U.S. Tempio n’ont jamais dépassé la Serie C. Le club de la capitale régionale est donc la force N°1 pour promouvoir le foot sarde sur le continent.

L’atout Leonardo Pavoletti

Depuis son arrivée à Cagliari, Leonardo Pavoletti s’est relancé après son flop au Napoli. Recruté par les Partenopei pour la coquette somme de 18M€ en janvier 2017, il ne reste que six mois à l’ombre du Vésuve. Transféré pour pallier à la blessure de Arkadiusz Milik mais barré par le repositionnement de Dries Mertens en pointe et par le faible turn-over pratiqué par Maurizio Sarri, Pavoletti file en Sardaigne pour retrouver une place de titulaire. Attaquant pivot, buteur de surface, son jeu aérien est dévastateur. Une stat souligne bien sa domination dans ce secteur de jeu : Pavoletti a marqué pratiquement 50% de ses buts de la tête (22/45). Le record en Serie A appartient à Oliver Bierhoff : 15 buts de la tête en 1998/99. Véritable tour de contrôle offensive, c’est un atout offensif de choix pour le club sarde.

« Pavoletti ? Nous l’avons pris en serie D, il a beaucoup travaillé. Peu de gens s’attendaient à ce qu’il atteigne les sommets. » Nereo Bonato, ancien Directeur Sportif de Sassuolo

Avec déjà 21 réalisations en 54 apparitions, Pavoletti a atteint la barre symbolique des 10 goals chaque saison depuis son recrutement. Ce bilan peut s’améliorer cette saison. Onze journées de championnat sont encore au programme. Mais avant d’atterrir en Sardaigne, le bomber de Livorno a connu un parcours atypique. Après avoir débuté le football à 10 ans en signant avec le Gruppo Sportivo C.N.F.O. (Cantiere Navale Fratelli Orlando), il rejoint à 14 ans l’Armando Picchi. Pendant six ans, il endosse les couleurs de cette petite équipe livournaise. Auteur de 16 buts en Serie D, il migre en Lega Pro (3ème division). Assez instable, il change cinq fois de club en 4 ans. Et porte successivement les couleurs de Viareggio, Pavia, Juve Stabia, Casale et Lanciano. Repéré par Nereo Bonato lors de sa belle saison avec le Virtus Lanciano (16 buts), il rejoint Sassuolo en Serie B.

Avec cinq réalisations en quatre journées, il s’adapte vite à son nouveau club. Il participe à la montée historique des Neroverdi en Serie A en scorant à onze reprises. Mais encore perfectible, il est envoyé en prêt à Varese pour retrouver la confiance devant le but. Son passage permet aux Lombards de se maintenir en deuxième division. De retour à Sassuolo, l’efficacité n’est toujours au rendez-vous. En janvier 2015, il part au Genoa en prêt avec option d’achat. Avec le Grifone, Pavoletti carbure. En 10 rencontres, il claque six fois. L’option est levée. Et il récidive la saison suivante. Meilleur buteur de l’équipe (14 buts en 25 matchs), il attire les convoitises. Leonardo signe au Napoli. Mais comme nous l’avons évoqué plus haut, l’expérience n’est pas concluante. Pour rebondir, il n’hésite pas à aller dans une équipe de standing moindre. Mais où il est le fer de lance de l’attaque sarde.

Le prometteur Nicolò Barella

Considéré comme l’un des meilleurs espoirs transalpins à son poste, Nicolò Barella est issu du centre de formation sarde. Natif de Cagliari, ce classe 97 débute le football en 2006. Pendant neuf ans, il fait ses classes avec les différentes équipes de jeune du club. Précoce, il est lancé dans le grand bain peu avant ses 18 ans en Coppa Italia. Quelques mois plus tard, il débute en Serie A au Sant’Elia contre Parma. La saison suivante, malgré la relégation de Cagliari en Serie B, il ne joue pas beaucoup. Pour ne pas le freiner dans sa progression, il part temporairement à Côme. En Lombardie, il évolue aussi dans l’antichambre de l’élite. Mais à la fin de saison, les Lariani chutent en Lega Pro.

« Vivre et grandir en Sardaigne signifie se sentir partie intégrante d’un peuple. Je me sens responsable quand je prends les couleurs de Cagliari sur le terrain, mais pour moi, c’est une fierté. Comme si je me sentais animé par toute une communauté et sa passion. » – Nicolò Barella

À son retour en Sardaigne, grâce à l’épidémie de blessure dans l’entrejeu, il s’installe dans le XI titulaire d’une équipe promue en Serie A. Rapidement, ce talentueux milieu de terrain devient un élément important de l’effectif. Polyvalent, il s’adapte à n’importe quel rôle dans le milieu de terrain. De trequartista à mezzala ou encore mediano, Barella rayonne. Ses nombreuses qualités (agressivité, dynamisme, excellente vision de jeu et sa frappe de balle) en font un des meilleurs joueurs de l’équipe. Plus jeune joueur à porter le brassard de capitaine de l’histoire de Cagliari, à seulement 20 ans 10 mois et 9 jours, l’émergence de Nicolò (grand supporter de Cagliari) s’inscrit pleinement dans la politique sportive du club. Cagliari tient beaucoup à son identité sarde. Avoir des jeunes issus de l’île et du centre de formation dans l’équipe pro est l’un des axes de développement du président.

Sur les tablettes de plusieurs grosses cylindrées italiennes et européennes, son nom a alimenté les chroniques spécialisées sur les transferts. Notamment cet hiver. Annoncé partant pour Chelsea, le jeune homme est pourtant resté jusqu’à la fin du championnat. Engagé avec son club jusqu’en 2022, Nicolò ne devrait pas poursuivre sa carrière encore longtemps dans son île natale. L’avenir de Barella s’annonce radieux. Pour cela, il doit continuer à progresser. Il doit améliorer son impact dans le jeu offensif, trop pauvre cette saison (1 but, 1 assist contre 6 buts, 1 assist en 2017/18). Sélectionné depuis les U15 jusqu’en Nazionale (4 capes), le Sarde s’annonce comme la figure de proue du renouveau italien. Un renouveau tant attendu après le fiasco de la dernière phase de qualif pour la Coupe du Monde.

Bien installé dans la seconde moitié du classement, Cagliari possède une petite marge de sécurité (+6 points) pour envisager un nouveau maintien. Rolando Maran s’appuiera en priorité sur son duo Barella / Pavoletti pour mener à bien sa mission. Une mission prioritaire. Afin de continuer son développement, le club doit rester durablement en Serie A. Mais aussi pour défendre les couleurs de la Sardaigne au plus haut niveau national.