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Fiorentina : une Viola joueuse

Fiorentina : une Viola joueuse

Huitième du précédent championnat, la Fiorentina connait un bon début de saison avec une place sur le podium de la Serie A (3ème). Après l’intersaison 2017 mouvementée et la tragédie Astori en 2018, la situation de la Viola retourne peu à peu à la normale. Et le jeu proposé par l’équipe de Stefano Pioli contribue grandement à ce nouvel élan. Décryptage. 

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

 

 

Touchée …

Après plusieurs années de contestation de la part des tifosi florentins, les propriétaires ont décidé de mettre leur club en vente. Cette situation a encore accentué un peu plus le fossé entre la direction et les supporters. Le manque d’ambition sportive était clairement souligné. Et les ventes cumulées de Bernardeschi, Borja Valero, Kalinic, Ilicic ou encore Vecino n’ont rien arrangé. Cela a laissé un goût très amer en tribunes. Mais les dissensions sportives se sont effacées suite à un évènement tragique.

Cet évènement a touché tout le club et toute l’Italie. Il s’agit du décès brutal du Capitano : Davide Astori survenu lors d’un déplacement à Udine. Le défenseur international de 31 ans, au club depuis 2015, était très apprécié et respecté dans le monde du football. Les images émouvantes de ses obsèques à la Basilique Santa Croce, montrant la peine commune de stars du foot d’hier (Baresi, Totti, Van Basten, Zanetti) et d’aujourd’hui (Buffon, Chiellini, Nainggolan, Candreva) mais également de plusieurs milliers de personnes : tifosi ou anonymes, ont fait le tour du monde. Milan Baldelj, vice-capitaine, a pris la parole pour saluer un joueur « simple, direct et pragmatique, mais pas comme tous les autres ». Les clubs de Cagliari et Florence ont décidé conjointement de retirer le maillot avec son N°13 fétiche.

«Il y a eu des pleurs puis pas un bruit. On ne pouvait pas se regarder dans les yeux. Je me souviens du silence en fait, un gros silence. Pendant trois, quatre jours, tu n’en prends pas conscience. C’est trop dur à vivre.» Jordan Veretout, L’Équipe

Lors du premier match à l’Artemio-Franchi contre Benevento, une minute d’applaudissement a lieu à la 13′ en son honneur. Et comme un symbole, son remplaçant le brésilien Vitor Hugo est l’unique buteur de la rencontre. En guise de célébration, il lui a dédié sa réalisation en brandissant un tee-shirt à son effigie. Cet évènement aussi dramatique qu’inattendu a donné une force supplémentaire à cet effectif. Une force collective fédératrice pour tout donner en hommage à leur coéquipier disparu trop tôt.

Mais pas coulée

Malgré une saison compliquée sur le plan émotionnel, Stefano Pioli a réussi à conserver le cap jusqu’aux portes des places européennes. Même si le classement peut paraître anecdotique après de telles circonstances. La saison 2017/18 aura également permis au groupe du technicien romagnol de gagner en maturité. Avec une moyenne d’âge de 23 ans, c’était l’une des équipes comptant parmi les moins expérimentées de Serie A. Enfin, Pioli a adapté son dispositif tactique. Adepte du 4-2-3-1, il a opté en cours de saison dernière pour un 4-3-3 mieux équilibré. De plus, il s’appuie sur des individualités de qualité au service d’un collectif bien rodé.

Et il en récolte les fruits depuis le début du nouvel exercice. L’équipe produit un jeu plaisant basé sur la possession. De plus, la Fio est solide. Avec cinq buts pris, elle possède le même total que la Juve ou l’Inter. La saison dernière, la défense florentine se retrouvait plutôt dans le ventre mou du classement avec 46 buts encaissés au total. Pour consolider son secteur défensif, le club a ciblé le jeune français : Alban Lafont (Classe 99) en provenance de Toulouse. Désormais dernier rempart de la Viola, devant lui évolue une défense à 4 composée d’un axe central sud-américain impressionnant de solidité et de complémentarité : Vitor Hugo et Germán Pezzella. Sur les côtés, Cristiano Biraghi et Nikola Milenković animent sans cesse leur couloir.

«Jordan Veretout est un grand joueur qui possède deux grandes qualités. Il est très bon techniquement, il a de bonnes dispositions pour jouer dans la profondeur avec la capacité de faire des passes rapides. Ce qui nous permet de mener des actions de jeu simples et efficaces. Et il a aussi du caractère. Il n’abandonne jamais. C’est pourquoi il peut être bon dans cette position de meneur de jeu.» Stefano Pioli en conférence de presse. 

Ensuite, le milieu de terrain s’articule autour de Jordan Veretout. Depuis son arrivée en Italie en 2017, l’ancien canari a pris une nouvelle dimension. Certains observateurs avisés du calcio le voient même aux portes de l’Équipe de France. Cette saison, il occupe même le poste de regista, laissé libre par Milan Badelj, une sacrée référence dans l’entrejeu florentin pendant quatre saisons. A ses côtés, Pioli aligne régulièrement Marco Benassi et Gerson (ex-Roma). Valentin Eysseric, Edimilson Fernandes et Christian Nørgaard entrent dans le turn-over.

Une attaque prometteuse et talentueuse

La Fiorentina se démarque aussi grâce à son attaque jeune, brillante et tonique. Pour encadrer le serial buteur argentin Giovanni Simeone, Pioli possède dans ses rangs deux ailiers talentueux : Federico Chiesa et Marko Pjaca. Avec 14 buts inscrits en sept journées de championnat, la ligne de devant carbure à une moyenne de deux buts par match. Le duo de « fils à papa » en est déjà à deux buts chacun et une assist. Attaquant complet, El Cholito connait bien la Serie A malgré ses 23 ans. Il entame déjà sa troisième saison en Italie.

«Pioli me donne de la confiance et je veux en faire toujours plus, même en ce qui concerne les buts. Dans ma famille, nous travaillons tous pour atteindre le maximum.» Giovanni Simeone, DAZN

Federico Chiesa (20 ans), lui, perpétue l’histoire familiale avec le club toscan. Son père, Enrico, a porté les couleurs violettes de 1999 à 2002. Cinq ans plus tard, le fiston débutait sa formation. Son frère Lorenzo (né 2004), ramasseur de balle lors de la rencontre contre la SPAL et que Federico est venu saluer après avoir inscrit un but, est également membre du club chez les jeunes.

Revenu en Italie, après un prêt de six mois en Allemagne afin de regoûter à la compétition suite à sa grave blessure (quatre mois d’absence) au genou droit, le croate Marko Pjaca (23 ans) est arrivé temporairement à Florence de Turin (Juve). Déjà bien adapté à sa nouvelle formation, il a ouvert son compteur personnel contre la SPAL.

Ce trio d’attaquant, très doué et extrêmement complémentaire, devrait encore faire trembler les filets à de nombreuses reprises cette saison. Et le coach possède également d’autres options avec Kevin Mirallas (31 ans) et Cyril Théréau (35 ans). Si le belge a déjà participé à quatre matches dont une titularisation contre l’Inter, le vétéran français (ex-Chievo et Udinese) n’a pour le moment pas encore foulé les pelouses de Serie A.

Stefano Pioli peut compter sur une équipe jeune et joueuse. Une équipe collectivement au point. Et surtout une équipe soudée suite au décès de leur capitaine et ami Davide Astori. Solide défensivement, créative et travailleuse au milieu et réaliste offensivement. Bref, un candidat (non déclaré) au top 6. Ce week-end, la Fiorentina se déplace à l’Olimpico pour y affronter une autre équipe joueuse et offensive : la Lazio. Attention une pluie de but pourrait s’abattre sur Rome dimanche à partir de 15 h.