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Watford : Hornets in the wind

Watford : Hornets in the wind

Auteurs d’un début de saison étonnant, avec quatre victoires consécutives, les Hornets occupent actuellement une quatrième position inattendue. A la tête d’un effectif multi-culturel, Javi Gracia a obtenu le titre de manager du mois d’août. Les pensionnaires de Vicarage Road veulent profiter de cette bonne forme. Et pourquoi pas espérer une saison comme Burnley ? Décryptage. 

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

 

Une nouvelle attractivité

L’intersaison estivale a permis de constater la nouvelle attractivité du club situé à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de la capitale. En effet, l’arrivée de Gerard Deulofeu en est l’illustration. Déjà présent au club à partir du mercato hivernal, l’international espagnol et ancien joueur du FC Barcelone a choisi de continuer l’aventure en Premier League en dépit d’un nombre important de sollicitation. Son prêt en Angleterre, entaché d’une vilaine blessure à la cheville, a néanmoins convaincu les dirigeants de miser sur lui. Et à un an de la fin de son contrat, malgré la concurrence ibérique, ce pur produit de la Masia (24 ans) s’est engagé pour cinq saisons avec Watford. Un gros coup pour le club anglais.

«Je suis ici parce que je pense que Watford est une excellente équipe, nous avons beaucoup de bons joueurs et nous devons travailler pour atteindre une bonne position en Premier League car l’équipe peut le faire. Chaque jour, nous travaillons et je suis ici parce que ma confiance en Watford est grande. » Gerard Deulofeu, WatfordFCTV

Cette saison, les dirigeants ont choisi la stabilité mais également l’avenir en recrutant pour le futur. Ainsi, le prometteur latéral gauche italien Adam Masina (24 ans), le latéral droit espagnol Marc Navarro (23 ans), le milieu suédois Ken Sema (24 ans) et trois jeunes espoirs ont aussi rejoint l’effectif. Le portugais Domingos Quina (18 ans), le ghanéen Kwasi Sibo (20 ans) et l’anglais Ben Wilmot (18 ans) arraché à Stevenage, club de League Two (4ème division). Avec ces trois derniers joueurs, le staff britannique espère refaire le même coup qu’avec le brésilien Richarlison. Arrivé en août 2017 en provenance de Fluminense pour un montant légèrement supérieur à 11M£, quelques mois plus tard Richarlison s’est envolé vers Liverpool et Everton. Le transfert est estimé à 40M£. Une sacrée plus value.

Ses bonnes prestations avaient attiré les grosses écuries du championnat. Auteur de cinq buts lors de ses treize premières apparitions, le brésilien n’a pas connu la traditionnelle phase d’adaptation comme bon nombre de Sud-Américains arrivant pour la première fois en Europe. Cependant, à l’instar de son équipe, il a ensuite connu une période plus difficile. Avec moins de réussite. Une période vite oubliée comme en témoigne son début de saison canon (4M, 3B) avec les Blues. Il confirme la bonne impression de la saison passée. Une excellente opération pour le board de Watford.

Un effectif hétéroclite

Comme nous vous l’expliquions la saison dernière, le club est dirigé par la famille Pozzo. Et comme l’Udinese, Watford connait une politique sportive internationaliste. Ainsi, l’effectif est composé en majorité d’étrangers. Le vestiaire n’affiche pas moins de seize nationalités différentes. Dont seulement sept britanniques (dont un Nord-Irlandais) sur vingt-sept joueurs. Une véritable mosaïque. Pour diriger ce  » patchwork « , Javi Gracia est maintenu dans ses fonctions. Arrivé en janvier 2018 pour succéder à Marco Silva, le technicien espagnol est le premier coach depuis 4 ans à débuter la nouvelle saison après avoir dirigé la précédente. Il est également le neuvième en six ans.

« Je crois que nous sommes dans une bonne forme. Nous apprécions cela, mais les mauvais moments vont arriver et nous allons souffrir. Nous sommes une équipe humble. Nous avons de grandes ambitions, de grandes aspirations, mais nous savons dans quel championnat nous évoluons. Au cours de la saison, la compétition nous remettra à notre place. Nous savons que gagner le titre n’est pas notre combat. » Javi Gracia, AFP

Voici la liste exhaustive des nationalités présentes au sein du club : anglais (6), argentin (1), autrichien (1), belge (1), brésilien (1), espagnol (3), français (2), ghanéen (1), grec (1), italien (2), jamaïcain (1), néerlandais (1), nigérian (1), nord-irlandais (1), suédois (2) et uruguayen (1). Ainsi, Watford contribue largement à la statistique (inquiétante ?) concernant la présence massive d’étrangers en Premier League. Pour illustrer cela, le site transfermarkt a comptabilisé un total 352 étrangers sur 518 joueurs référencés dans les effectifs des vingt clubs de l’élite. Cependant, le recrutement de Will Hughes et Ben Wilmot démontre la volonté des dirigeants de conserver un minimum d’ancrage local pour ne pas trop se couper des fans.

Watford n’échappe donc pas aux standards anglais. Et même si, pour la première fois depuis une quinzaine d’années, la renégociation des droits TV sur la période 2019/23 a accouché d’une baisse (4,46 milliards de livres contre 5,1 milliards de livres précédemment), les clubs britanniques continuent d’offrir des salaires très confortables. D’ailleurs, et malgré leur quatorzième place au classement 2017/18, Watford a récupéré la coquette somme de 118,5M€ contre 56,7 M€ pour le PSG. Une surface financière importante pour attirer de bons joueurs.

Une tactique adéquate

Après plusieurs tentatives tactiques sans grande réussite ( 4-3-3, 3-4-2-1 et enfin 4-2-3-1) pour stabiliser le club, l’ancien entraîneur de Málaga a composé un schéma articulé en 4-4-2 pouvant évoluer en 4-2-2-2. Javi Gracia opte donc pour un bloc bas et compact, préférant laisser le ballon à l’adversaire pour mieux le piquer en contre grâce à un pressing agressif. Le jeu pratiqué par Watford est très direct, vertical avec des transitions très rapides vers l’avant.

Avec l’arrivée de Ben Foster, Watford dispose d’un gardien international (8 capes) et expérimenté (35 ans) bénéficiant d’une solide expérience en Premier League (environ 300 matches). D’ailleurs, il connait déjà bien son nouvel environnement pour y avoir disputé deux saisons en prêt (2005/06-2006/07), barré à Manchester United par la présence de Edwin van der Sar, Tim Howard et Tomasz Kuszczak. La défense est organisée autour de Christian Kabasele. Le belge dirige une arrière garde musclée et solide. Les axiaux sont accompagnés par des latéraux tenaces (Holebas et Janmaat), capables d’apporter le surnombre en attaque et dont la qualité de centre est un danger permanent pour les adversaires. Le grec José Holebas compte déjà quatre assists à son bilan personnel.

« On essaye de rester fidèle à certains de nos principes : défendre en 4-4-2, avec des milieux proches les uns des autres, un bloc médian. Puis en fonction des adversaires, il y a des choses spécifiques à modifier. » Abdoulaye Doucouré, France Football

Ensuite, le milieu de terrain est organisé avec deux doublettes. La première défensive est constituée d’un tandem made in France. La seconde chargée de l’animation offensive est dévolue à deux joueurs créatifs. Étienne Capoue et Abdoulaye Doucouré forment un double pivot devant l’axe central. Leur mission ? Protéger la défense, anéantir les attaques adverses, récupérer le ballon et alimenter les offensifs. La parfaite entente entre les deux compatriotes est un rouage essentiel de ce dispositif. L’argentin Roberto Pereyra (ex-Udinese) et le talentueux anglais Will Hughes ont aussi un rôle important. Positionnés comme des meneurs de jeu excentrés, ils peuvent également repiquer dans l’axe pour organiser des combinaisons avec l’un des milieux défensifs, un latéral ou bien un attaquant.

Les rôles de Troy Deeney et de André Gray sont très importants. Le premier joue en pivot, n’hésitant pas à redescendre chercher le ballon pour distribuer le jeu. Le second prend plus l’espace et la profondeur. Le tandem est complémentaire, Deeney a déjà offert un but à son coéquipier. Avec respectivement deux et trois buts, ils font le job en attaque. Isaac Success complète ce duo en endossant le costume de Super Sub.

Fort de son début de saison idéal, Watford s’est hissé dans le top 4 du championnat dans un rôle de trouble-fête. Les Hornets bénéficient actuellement des contre-performances d’équipes plus huppées. Si Javi Gracia veut surfer sur cette vague de confiance le plus longtemps possible, il est bien conscient que cette bonne forme peut s’arrêter à tout moment.