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Inter: condamné à réussir

Inter: condamné à réussir

Pour son grand retour en Champion’s League après six ans d’absence, le club lombard s’est renforcé malgré les restrictions financières du FPF (fair-play financier) de l’UEFA. Désormais, Spalletti a toutes les cartes en main pour concurrencer l’ogre turinois en Serie A et pour faire bonne figure en Europe. A condition de ne pas trop se prendre les pieds dans le tapis comme contre Sassuolo ou Parme. Analyse.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

 

 

Un recrutement malin et ambitieux 

Comme nous venons de l’évoquer en préambule, l’Inter est sous le contrôle de l’UEFA et du fair-play financier. Pas facile de réaliser un bon recrutement quand les moyens sont bridés par l’instance européenne. Néanmoins, cet été, les Nerazzurri ont réussi à renforcer leur effectif avec les arrivées de Kwadwo Asamoah (Juventus), Keita Baldé (AS Monaco), Stefan de Vrij (Lazio), Lautaro Martínez (Racing), Radja Nainggolan (AS Rome), Matteo Politano (Sassuolo) et Šime Vrsaljko (Atlético de Madrid).

Pour toutes ces recrues, l’Inter n’a (pour le moment) déboursé que 77,5M€. Cependant, la facture totale pourrait s’élever à 149M€ si les options d’achat (voir ci-dessous) sont validées. De nos jours, cette somme paraît presque  » dérisoire  » suite à la flambée de certains transferts. D’ailleurs, à titre de comparaison, 77,5M€ c’est l’indemnité versée par le Real pour s’attacher les services de James Rodríguez en 2014. Les dirigeants milanais ont donc fait de bonnes affaires.

Et pour faire diminuer la note, ils ont récupéré Asamoah et de Vrij gratuitement. Ils étaient en fin de contrat dans leurs clubs respectifs. Ensuite, la solution des prêts avec option d’achat a été grandement utilisée. Ainsi, Baldé, Politano et Vrsaljko ne représentent qu’un faible coût. Enfin, seuls Nainggolan et Martínez ont nécessité une dépense nette importante. Le milieu belge a décidé de rejoindre son ancien coach à la Roma. Dans l’espoir de gagner un trophée et d’enrichir un palmarès encore vierge de titre :

« Je veux gagner. J’ai toujours tout donné sur le terrain et je n’ai jamais gagné de trophée, je pense qu’il n’est jamais trop tard, peut-être que c’est le bon moment. Mais nous faisons profil bas parce que j’ai l’habitude de parler de choses qui ne se sont pas produites, donc mieux vaut ne rien dire et espérer. » Radja Nainggolan, Sky Italia

Pour finir, l’Inter a aussi mené une grande opération dégraissage. Pas moins de 25 départs ont été enregistrés. Certains prévus de longue date comme avec Dodô (Sampdoria), Kondogbia et  Murillo (Valence) ou encore Nagatomo (Galatasaray). D’autres moins comme Santon ou Zaniolo, inclus dans la transaction de Nainggolan. Ou encore des ventes inaperçues comme Bettella (Atalanta), Biabiany (Parme), Éder (Jiangsu Suning) ou Puscas (Palerme). Au total, l’Inter a récupéré 88M€ avec ces ventes. Sans parler des nombreuses économies salariales. De plus, les comptes sont en règle vis-à-vis du fair-play financier.

Une grosse concurrence  

Ainsi, avec un investissement peu conséquent, l’Inter dispose d’un effectif compétitif pour lutter sur la scène nationale et européenne. Tous les postes sont doublés. Beaucoup de membres de l’équipe sont des joueurs d’expérience. Une grande majorité connait le niveau international avec leur sélection respective. Cette nouvelle profondeur de banc se traduit par la présence de nombreux joueurs à disposition du Mister. Spalletti a donc l’embarras du choix pour composer son XI.

Par exemple, au milieu du terrain. Le technicien interiste peut ainsi varier les associations, les combinaisons avec la présence de Marcelo Brozović, Borja Valero, Roberto Gagliardini, le retour de João Mário après son prêt à West Ham, Radja Nainggolan et Matías Vecino. Si, pour l’instant, certains bénéficient d’un temps de jeu famélique à l’image du meneur de jeu espagnol (11 min en sept matches), l’accumulation et l’enchaînement des rencontres devraient permettre à tous de fouler les pelouses. Les récentes déclarations de João Mário plaident en ce sens :

« Dans le système de jeu actuel, je peux être bon en tant que second milieu de terrain. Il y a tellement de joueurs en Italie pour le poste de meneur de jeu, ce qui n’est pas ma caractéristique principale, mais dans le milieu interiste, je sais que je peux venir en aide pour l’équipe. J’ai joué aussi sur les ailes droites et gauche en équipe nationale, mais je sais également jouer dans l’axe. » Sky Sport

La concurrence règne également en attaque. Keita Baldé, Antonio Candreva, Ivan Perišić, Matteo Politano se partagent les rôles aux postes de milieux offensifs excentrés. En revanche, la situation de Lautaro Martínez interroge. Arrivé avec l’étiquette d’un futur crack, l’argentin n’a connu qu’une seule titularisation contre Sassuolo. Aligné en soutien de son compatriote Mauro Icardi, dans un 4-4-1-1, le résultat décevant (défaite 1-0) a poussé Spalletti à changer de tactique (4-2-3-1). Martínez

Le secteur défensif apparaît comme le point faible de l’effectif. En dépit de l’arrivée du néerlandais de Vrij, de la présence de Škriniar, les autres solutions se nomment Miranda et Ranocchia. Le brésilien commence à prendre de l’âge (34 ans). Et Ranocchia a souvent été décrié par les tifosi du Biscione pour ses nombreuses erreurs défensives. Au point de devoir s’exiler en Angleterre, à Hull City en 2017. Sur les côtés, Dalbert n’a jamais réussi à retrouver son niveau aperçu à Nice. Et D’Ambrosio possède toutes les qualités du bon soldat (ce qui est déjà bien) mais sans plus.

Une attente importante

Depuis l’arrivée des nouveaux propriétaires chinois, l’effectif a été beaucoup renouvelé. Cependant, certains joueurs sont au club depuis plusieurs saisons. Andrea Ranocchia (2011), Samir Handanović (2012), Mauro Icardi (2013), Danilo D’Ambrosio (2014), Marcelo Brozović (2015) ou Ivan Perišić (2015) connaissent parfaitement l’environnement du club et les attentes importantes des supporters.

De plus, si les contraintes du FPF obligent le club à diversifier ses revenus via de nouveaux contrats publicitaires ou de sponsoring, une présence récurrente en Champion’s League devient un objectif obligatoire pour les Milanais. Voire plus ? Après un excellent début de saison dernière ponctuée par une très belle quatrième place, Spalletti sait les attentes qui pèsent sur ses épaules. Elles vont être encore plus hautes cette année. Un classement dans le top 4 est le minimum syndical demandé à l’ancien coach romain.

« Cette victoire en ayant renversé le résultat, c’est quelque chose qui te donne beaucoup d’enthousiasme et de raisons de croire en tes capacités à l’avenir. On est sur la bonne route. L’équipe a joué en équipe. Il faut améliorer des choses, notamment les relations avec Icardi et Nainggolan. Mais gagner ce genre de matches peut aider à faire la différence. Icardi a marqué un but magnifique. Jusque-là on ne l’avait pas beaucoup vu. Mais il est là aussi pour faire des choses un peu différentes. La réaction mentale de l’équipe après avoir pris un but, c’est ce que veut voir le public, qui devient du coup notre premier allié. C’est valable aussi pour le championnat. Ce soir c’est une grande victoire, contre une bonne équipe, qui joue un bon football, avec un grand entraîneur. » Luciano Spalletti

En conséquence, les défaites enregistrées contre Sassuolo et Parma (à domicile) plombent déjà un peu le début de saison. Notamment la défaite contre le promu parmesan. Mais les bons résultats obtenus face à Tottenham (2-1), la Samp (0-1) et la Fio (2-1) ont permis à Spalletti de remettre l’Inter sur de bons rails. D’ailleurs pour les retrouvailles européennes, la victoire contre les Spurs, acquise dans la douleur et dans le temps additionnel, a tout du match référence. Après avoir été menés au score, les Nerazzurri sont revenus à retourner le match en 6 minutes. 6 minutes complètement folles. D’abord, une splendide volée (86′) de leur capitaine, à l’entrée de la surface, remet les compteurs à 0. Puis, le but vainqueur de Vecino inscrit à la 90+2. Le Meazza en a tremblé.

Avec un recrutement de qualité, un effectif compétitif et des ambitions élevées, Spalletti est attendu au tournant. La pression est maximale à Milan. Un classement final hors du top 4 serait considéré, à juste titre, comme un échec. Pour continuer le redressement, l’Inter accueille un Cagliari en quête de points.