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Chelsea : new start ?

Chelsea : new start ?

Un changement de coach difficile, un mercato compliqué, un proprio en plein doute, l’intersaison de Chelsea n’a pas été un long fleuve tranquille. Pourtant, les Blues connaissent un très bon début de championnat. Véritables outsiders dans la course au top 4, les joueurs de Maurizio Sarri pourraient se révéler être un redoutable adversaire. Explications.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

 

Une intersaison mouvementée

Après deux saisons à diriger l’équipe londonienne, Antonio Conte a finalement  » cédé  » son poste à son compatriote, et ex-entraineur du Napoli, Maurizio Sarri. Une chose est sûre, malgré le titre de champion d’Angleterre et la FA Cup remportés par le natif de Lecce, le divorce entre les deux parties a été long et difficile. Principales réprobations faites à Conte : une qualification manquée pour la Champion’s League 2018/19 et de nombreuses critiques formulées à propos du manque de moyens lors du mercato.

Et si Roman Abramovich nous avait habitué à être très dispendieux, depuis sa prise de contrôle du club en 2003, ce dernier semble avoir changé de stratégie. En conséquence, la direction du club a d’abord essayé de trouver un accord avec Conte (encore sous contrat jusqu’en 2019). Sans succès. Puis, les dirigeants anglais ont appris l’apprêté des négociations avec Aurelio De Laurentiis. Ce dernier a exigé le paiement de la clause de son technicien pour l’autoriser à s’engager à Londres. Une double opération coûteuse. Et chronophage. La finalisation de ce changement a été plus longue que prévue.

« C’était dur de travailler avec Conte. Sa philosophie, sa manière de faire étaient compliquées. Quelquefois, on ne comprend pas. Tu joues très bien, ensuite tu es remplacé. Il y a eu deux fois où, quand j’ai été remplacé, je suis rentré directement au vestiaire. (…) Mais dans la vie, on apprend de ce genre de choses. On apprend tellement dans la difficulté » Willian, ESPN

C’est donc mi-juillet que le nouveau patron technique de Chelsea a débarqué à Cobham. Et ce n’est pas la meilleure des façons pour préparer une nouvelle saison. Cependant, dans la foulée de son entraîneur, Jorginho le rejoint dans la capitale britannique. L’Italo-brésilien s’engage contre la somme de 51M£. Possédant de nombreuses qualités techniques et tactiques, il a l’avantage de connaître parfaitement la méthode Sarri alliant possession et verticalité. Pour renouveler son entrejeu, Sarri a jeté son dévolu sur Mateo Kovačić. Mais le Croate n’est malheureusement que prêté, sans option ou obligation d’achat, par le club Merengue.

Un adversaire de taille

L’autre dossier épineux de ce mercato était les départs. Plusieurs cadres de l’effectif étaient sollicités par de très grosses écuries européennes. Thibaut Courtois et Eden Hazard étaient convoités par le Real Madrid, Willian par le FC Barcelone. Finalement, seul le portier des Diables Rouges est (re)parti à Madrid. Mais ce départ a été compensé par l’arrivée de l’espoir espagnol (23 ans) en provenance de Bilbao contre sa clause libératoire de 72M£ : Kepa Arrizabalaga. Avec ce transfert, Kepa devient le gardien le plus cher de l’histoire devançant le néo-liverpuldien Alisson Becker.

« Tout d’abord, Maurizio est une personne formidable. Il est génial en tant qu’être humain. Je crois en sa philosophie. Ensuite, c’est un grand entraîneur. Il veut jouer avec la possession ballon, il veut jouer avec l’intensité, il travaille sur les détails et il nous donner toutes les informations possibles sur le prochain match ainsi que sur l’adversaire. Chaque semaine, il essaie de faire le meilleur plan possible pour le match et c’est génial, car il travaille de la meilleure façon pour l’équipe, pour le collectif. » David Luiz, Chelsea Magazine

Du coup, l’ossature du groupe dont a hérité Sarri a très peu changé par rapport à la saison dernière. Certains joueurs sont même présents au club depuis 2012 comme César Azpilicueta, Gary Cahill ou Eden Hazard. L’effectif, un peu vieillissant, semblait en fin de cycle. Pourtant, la moyenne d’âge de l’effectif n’est que de 26,5 ans. D’ailleurs, Sarri pourra s’appuyer sur la présence d’éléments issus de l’Academy comme Andreas Christensen, Callum Hudson-Odoi ou Ruben Loftus-Cheek.

Ce n’est donc pas si étonnant de voir les Blues en haut du classement. Avec quinze points sur quinze, Sarri a déjà apporté sa patte au style de jeu des londoniens. Avec une possession du ballon tournant en moyenne autour de 73% sur les cinq premières rencontres, Chelsea met le pied dessus et empêche son adversaire de développer son jeu. Pour construire ses offensives, le technicien transalpin mise sur Jorginho en position axial de meneur reculé. Le regista en Italie. Avec son excellente qualité de passe, il est très important lors des premières relances. Il dicte le tempo de son équipe. Et avec 89% de passes réussies, le talentueux milieu de terrain de 26 ans est l’un des relais préférentiels de Sarri. L’arrivée de Jorginho va également permettre à N’golo Kanté de jouer plus haut sur le terrain. Le champion du monde français va pouvoir plus se projeter vers l’avant. L’association Jorginho-Kanté-Kovačić, dans un milieu à trois, va très certainement être une des attractions de la saison anglaise.

Un avenir incertain

Avec une Academy performante aussi bien dans la formation de jeunes joueurs que dans les résultats notamment en Youth League (l’équivalent de Champion’s League chez les U19), une équipe première bien installée dans le Big 5 du championnat, de nombreux titres sur les étagères, un projet d’agrandissement du Bridge dans les cartons pour multiplier par deux son chiffre d’affaires opérationnel et une septième place des clubs les plus riches du monde avec une valorisation estimée à 1,54 milliard de livres sterling dans le dernier classement établi par Forbes en 2018, l’avenir s’annonçait radieux pour le club de l’ouest londonien.

Pourtant, tout pourrait bien être remis en question suite aux tensions diplomatiques entre la Grande-Bretagne et la Russie, sur fond d’affaires d’espionnage et d’empoisonnement. Mais vous allez dire : en quoi l’affaire Skripal, du nom de l’ex-officier russe et agent double britannique, retrouvé mort au Royaume-Uni suite à une ingérence d’un agent neurotoxique innervant, vient-elle rejaillir sur le futur de Chelsea ?

La réponse se trouve dans la demande de renouvellement du visa britannique de Roman Abramovich. Le propriétaire du club s’est vu refuser cette demande par les autorités de Sa Majesté. Et si ce refus n’est peut-être pas lié à la crise entre les deux états, peu après Chelsea annonçait la suspension des travaux de son nouveau stade, en raison d’un climat d’investissement défavorable.

« Le club n’est pas à vendre. Le propriétaire n’y pense pas. » Porte-parole de Roman Abramovich

Pire. Récemment, des rumeurs de vente du club ont émergé dans la presse. Abramovich, nouvellement citoyen israélien pour pouvoir continuer à séjourner au Royaume-Uni, aurait demandé à une banque d’affaires (The Raine Group) de trouver un acquéreur. Prix fixé à deux milliards d’euros. Information démentie par son entourage. Mais l’incertitude économique lié au Brexit pèserait également dans la balance. Néanmoins, selon la presse anglaise, le milliardaire russe aurait déjà refusé une offre, proche du prix demandé, formulée par Jim Ratcliffe, patron du groupe chimique britannique Ineos et propriétaire du club suisse de Lausanne-Sport. Mais aussi une offre de participation minoritaire du groupe américain Silver Lake Partners. Affaire à suivre.

En attendant un éventuel changement de proprio, Sarri et ses joueurs sont partis sur de bonnes bases. Si la lutte pour le titre semble quelque peu inaccessible, Chelsea devrait être une opposition difficile pour ses adversaires. Et pourquoi pas refaire le coup de Conte en 2017 ?