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Un Toro de combat

Un Toro de combat

Si le président Urbano Cairo n’a pas voulu fixer d’objectif précis pour cette saison, l’investissement conséquent lors du mercato estival place l’autre club de Turin comme un sérieux outsider pour les places d’honneur au classement final. Avec un recrutement intelligent, un effectif de qualité et un jeu agréable à regarder, Walter Mazzarri a toutes les cartes en main pour faire une belle saison. Analyse.

Par Nicolas Wagner – Twitter @friulconnection

Un recrutement malin

Arrivé en janvier dernier, en remplacement de Siniša Mihajlović limogé suite aux mauvais résultats du club, Walter Mazzarri a terminé la saison dernière (9ème) avec une équipe héritée de son prédécesseur. La déception a été grande. L’équipe semblait en mesure de prétendre à une place européenne. Mais le coach serbe n’a pas réussi à trouver la bonne formule. Donc pour compléter son effectif, l’ex-technicien du Napoli a demandé (et obtenu) de ses dirigeants de recruter plusieurs joueurs ciblés de longue date. Ainsi sont arrivés au Filadelfia des éléments comme Ola Aina, le jeune brésilien Bremer, Koffi Djidji et Armando Izzo. Le milieu français Soualiho Meïté arrive dans le cadre du départ de Antonio Barreca vers la Principauté. Et pour finir, la cerise sur le gâteau avec les arrivées des internationaux italiens : Soriano et Zaza.

Avec plus de 60M€ investis lors de cette intersaison, le Torino est le club ayant le plus dépensé lors du mercato estival italien en dehors du Top 5 de Serie A (AS Roma, Inter, Juve, Milan AC et Naples).

« C’est le Toro de Walter Mazzarri. Maintenant, oui, c’est l’équipe que l’entraîneur a voulu. Nous avons apporté beaucoup de changements et nous avons donné à l’entraîneur le bon nombre de joueurs » Urbano Cairo, Radio Deejay

Cependant, le club a dû se séparer (temporairement) de joueurs offensifs tels que Mbaye Niang (Stade Rennais) et Adem Ljajić (Beşiktaş). Le Président en explique les raisons au micro de la radio italienne Deejay :

« Il n’y avait pas de place pour tout le monde. Pour Ljajić, il était difficile d’accepter le banc et il a décidé de partir. La Turquie a présenté une offre économique importante. »

La bonne adaptation du milieu de terrain français Soualiho Meïté est l’illustration de ce recrutement malin. Parfaitement à l’aise dans le 3-5-2 proposé par le technicien toscan, l’ancien bordelais a même déjà inscrit deux buts dont l’un au Giuseppe Meazza et une magnifique frappe du gauche lors du déplacement à Udine (1-1).

Des retours au pays

Mais les deux gros coups du mercato sont les arrivées de Roberto Soriano et Simone Zaza. Après des expériences diverses en Espagne, ils ont décidé de rentre au pays. Si Zaza s’est parfaitement relancé à Valence après son départ de la Juve et un passage calamiteux en Angleterre (West Ham), Soriano a connu une expérience mitigée à Villarreal avec une deuxième année plus compliquée sur la Costa Dorada.

« Il m’a fallu une heure pour décider quand ils m’ont proposé le transfert. Je suis heureux d’être ici, maintenant mon objectif est de trouver la meilleure condition. En été, j’ai joué un peu en amical, mais maintenant je suis presque au top. Je pense que ce Toro, s’il est en bonne condition physique, peut déranger tout adversaire » Roberto Soriano, Gazzetta dello Sport

International italien à huit reprises, cet  » oriundo  » de 27 ans, né et formé en Allemagne a d’abord évolué à la Sampdoria (2009/16) et à Empoli (2010/11) avant de rejoindre Villarreal en 2016. Après une première saison réussie et ponctuée de 10 buts en 33 apparitions, son temps de jeu faiblit nettement lors de l’exercice suivant. Avec seulement 11 titularisations, plusieurs blessures au genou et un bilan personnel comptable très décevant : aucune passe décisive, zéro but au compteur, l’option du Torino arrive au bon moment pour se relancer.

Simone Zaza, classe 91 également, a su parfaitement rebondir en Espagne. Après un été 2016 catastrophique, marqué par son échec lors de la séance de tir aux buts en demi-finale de l’Euro contre l’Allemagne et un transfert raté en Angleterre, où il n’a pas réussi à s’imposer à West Ham, Zaza rejoint Valence en janvier 2017. Muet en Premier League, il retrouve les chemins des filets dès février. Prêté avec obligation d’achat, il s’engage définitivement avec le club  » Che  » à l’été 2017. Auteur de 13 buts en 33 matchs de Liga dont 23 comme titulaire, Zaza possède un bon bilan. Cependant, et comme beaucoup de buteur, il a néanmoins connu quelques moments difficiles entre décembre et mars 2018. Suivi par de nombreux clubs européens, Simone Zaza opte finalement pour un retour à Turin. Mais cette fois, sous les couleurs grenats du Torino.

« J’ai joué avec Rodrigo à Valence et j’ai marqué 14 buts. A Sassuolo, il y a quelques années, ça s’est très bien passé avec un partenaire d’attaque : cela semble être un faux problème. Et en équipe nationale, je joue en duo avec Immobile. » Simone Zaza, La Stampa

Mazzarri en première ligne

L’investissement sur le marché des transferts de la part de sa direction oblige désormais Mazzarri à obtenir des résultats. Et si Urbano Cairo n’a pas voulu fixer d’objectif précis afin de ne pas trop mettre son groupe sous pression, il va sans dire qu’une place dans le ventre mou du classement de la Serie ne serait pas vue d’un bon œil par le président des Granata. D’ailleurs, comme vous l’avez vu plus Urbano Cairo a clairement annoncé la couleur en déclarant que le coach avait obtenu satisfaction tant en qualité qu’en quantité.

Depuis le début de la saison, Walter Mazzarri s’appuie donc sur un 3-5-2 ambitieux. Arrivé à cours de forme, Soriano devrait vite jouer un rôle primordial dans ce dispositif. Polyvalent, il peut occuper plusieurs postes. Mezzala, milieu relayeur ou encore trequartista comme lors de son époque génoise, le natif de Darmstadt possède les qualités techniques et créatives pour animer le jeu offensif de son équipe. Mais également des qualités dans la récupération du ballon. Un vrai plus pour l’effectif turinois. Mazzarri va pouvoir faire jouer la concurrence avec cinq milieux pour trois postes de titulaires et varier son jeu en fonction des adversaires.

L’arrivée de Zaza apporte une alternative tactique supplémentaire aux plans de Mazzari. Si son association avec Belotti contre l’Udinese n’a pas vraiment bien fonctionné, leur duo pourrait être redoutable à l’avenir. Pour le moment, les deux joueurs manquent d’automatismes et ont eu tendance à se marcher dessus. Pas une réussite pour une première. Iago Falqué, titulaire lors des quatre premiers matches, en a fait les frais. Cependant, l’espagnol possède un registre différent. Il pourrait tirer son épingle du jeu en cas de mésentente entre les deux bombers transalpins.

Avec un début de saison plutôt réussi au niveau du jeu, même si comptablement ce n’est pas fabuleux, le Toro de Mazzarri avance tranquillement dans son coin. Sans pression. Pour l’instant. L’investissement important de la part des dirigeants implique nécessairement de réussir la saison. Si aucun objectif n’a été fixé pour le moment, il ne serait pas surprenant de voir le président Cairo demander de se rapprocher au minimum du top 8 et pourquoi pas accrocher une qualification européenne.