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West Ham United : faux départ

West Ham United : faux départ

Après une saison 2017/18 très décevante marquée en mars dernier par l’envahissement du London Stadium, l’intersaison a été agitée à Chadwell Heath. Le fantasque duo de propriétaire a sorti le grand jeu pour (re)séduire les fans. Au menu, un technicien renommé connu pour son beau jeu et une pléiade de joueurs réputés. Pourtant, les Hammers repartent sur les mêmes bases. Une défense poreuse, une attaque timide et une dernière place au classement. Alors retard à l’allumage ou saison galère en perspective. Focus. 

Par Nicolas Wagner – Twitter @friulconnection

La cassure

London Stadium, 10 mars 2018. West Ham reçoit Burnley. Mal engagés au classement, les londoniens restent sur deux défaites consécutives (4-1). Les fans attendent une réaction d’orgueil de leurs protégés. Mais non. Le bateau coule, s’enfonce un peu plus dans les abîmes. Burnley corrige les hôtes (0-3). Une poignée de  » fans « , excédée par la tournure des évènements, décide d’envahir le terrain. Le capitaine Mark Noble en repousse un au sol. L’anarchie est totale.

Plus tard dans le match, une centaine de spectateurs se tourne vers le box des dirigeants pour demander le départ des propriétaires, accusés de « détruire le club ». Entre le déménagement de Upton Park vers le London Stadium, la crise durable de résultat et le football pratiqué, le mécontentement est profond chez les fans. David Gold et David Sullivan sentent le vent de la révolte. Par mesure de sécurité, ils préfèrent quitter le stade. Mais le message est clair. Limpide. Et il est entendu par les deux hommes.

 

Opération séduction

A la fin de la saison, exit David Moyes. L’écossais, venu faire le pompier de service, a accompli sa mission. Non sans mal. Il cède son banc à Manuel Pellegrini. El Ingeniero est précédé d’une solide réputation. Reconnu pour son jeu offensif et léché, son arrivée montre la volonté des dirigeants de construire une équipe compétitive. Et de renouer avec un football plus offensif et qualitatif.

« Les fans de West Ham aiment un football offensif. C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles les propriétaires m’ont fait venir. On ne pense pas à la place à laquelle on finira. Il faut qu’on essaie de jouer match après match, d’améliorer ce que le club a fait la saison dernière. Chaque club en Angleterre a l’argent nécessaire pour faire venir de bons joueurs. Il y a six ou sept clubs très forts. On ne pense pas à la fin de la saison. » Manuel Pellegrini, conférence de presse

Accusés également par les fans de faire n’importe quoi sur le marché des transferts en empilant les joueurs, en multipliant les contrats ou en cédant aux fameux panic buy de fin de mercato, David Gold et Sullivan ont décidé de remédier à cela. En juin dernier, ils nomment Mario Husillos comme nouveau directeur du football de West Ham. Ainsi le duo de proprios va moins s’impliquer dans le recrutement. Le choix de Husillos n’est pas anodin. L’argentin avait déjà travaillé avec Manuel Pellegrini à Malaga. Ensemble, leur duo (DS/entraîneur) avait mené le club en quart de finale de Ligue des Champions en 2012-2013.

« Je connais bien l’entraîneur et je sais qu’il veut installer un projet de jeu offensif attrayant. Mon travail sera de lui apporter tous les outils nécessaires pour le faire » Mario Husillos

Pour composer son équipe, Pellegrini souhaitait quatre ou cinq recrues. Ses dirigeants lui en ont offert dix. Et parmi eux, du beau monde. Felipe Anderson, Lucas Pérez, Jack Wilshere et Andriy Yarmolenko ont rejoint Chadwell Heath. Plus mauvaise défense de Premier League avec Stoke City (68 buts concédés), le secteur défensif a également été renforcé grâce aux arrivées de Fabián Balbuena, Issa Diop, Łukasz Fabiański, Ryan Fredericks et Carlos Sánchez.

Avec plus de 100M€ investis, West Ham a réalisé un mercato ambitieux et séduisant sur le papier. Et avec des joueurs déjà présents comme Arnautović, Chicharito ou Lanzini, l’effectif est de qualité. Malheureusement, les premières rencontres de championnat n’ont pas encore permis de voir une amélioration entre cette saison et la précédente.

Des débuts ratés

Pas gâté par le calendrier, West Ham a hérité de deux déplacements périlleux lors des trois premières journées. Liverpool et Arsenal étaient au planning des hommes de Pellegrini, entrecoupés par la réception de Bournemouth. Et comme la saison précédente, les Hammers ont connu les mêmes déboires défensifs. Avec déjà 9 buts encaissés en trois matches, la moyenne est de 3 buts par rencontre. A ce rythme là, on pourrait atteindre des records fin mai prochain.

L’association Balbuena-Ogbonna, reconduite pour le deuxième match, n’a pas donné satisfaction au technicien chilien. Le but égalisateur de Bournemouth en est la parfaite illustration. West Ham est en phase offensive. Noble tente une ouverture pour son attaquant. Mais le ballon est intercepté par la défense des Cherries. Une seule passe suffit pour casser les lignes, Wilson est trouvé dans l’axe à hauteur du rond central. Ensuite, il enchaîne une course de 50 mètres, percute seul et élimine la défense. Balbuena intervient trop mollement. Wilson a le contre favorable et s’en va tromper tranquillement Fabiański d’une frappe croisée du gauche. Comme dans du beurre. Pour sa première titularisation en PL, Issa Diop a succédé à l’italien dans le XI face aux Gunners. Sans plus de réussite. L’ancien toulousain a même eu la malchance de marquer un but contre son camp. Au moment, où l’équipe poussait pour prendre l’avantage.

« Ce n’est pas le meilleur début de saison, mais je pense que l’équipe fait du bon travail et je pense que nous serons en mesure d’atteindre les résultats et les objectifs que nous nous étions fixés en début de saison. C’est compliqué mais je pense que nous sommes sur la bonne voie » Carlos Sanchez

Pour l’instant, Pellegrini tâtonne tactiquement. Il n’a pas encore réussi à trouver son schéma préférentiel. Ainsi contre Liverpool (4-0), il aligne un attrayant 4-3-3 mais peut-être un peu trop face aux flèches offensives des Reds. Contre les Cherries (1-2), il choisit un 4-4-2 avec deux pointes. Si ce système a bien fonctionné avec l’ouverture du score de Arnautović (sur penalty), après une action initiée par Felipe Anderson et une possession intéressante (61%), l’équipe s’est fait rejoindre puis dépassée par l’équipe de Eddie Howe. Enfin, contre Arsenal (3-1), un 4-4-1-1 est testé. Encore une fois, West Ham montre de belles choses. Partiellement. Notamment sur le nouveau but de Arnautović (sorti sur blessure), bien décalé par l’ancien laziale Felipe Anderson, auteur d’une bonne prestation. Mais ensuite, la défense est à nouveau au supplice.

Déjà sur le grill, à en croire la presse anglaise, Manuel Pellegrini va devoir rapidement trouver la bonne formule. Et le chemin du succès. Le programme des Hammers en septembre s’annonce chargé avec des rencontres contre les Wolves, Everton, Chelsea et Manchester United. En cas de mauvais résultats, attention aux coups de marteau.