Share
Manchester United-Tottenham Hotspur : Teddy Sheringham, le trait d’union.

Manchester United-Tottenham Hotspur : Teddy Sheringham, le trait d’union.

Si Dimitar Berbartov, Alan Brazil ou Michael Carrick ont tous portĂ© le maillot des Lillywhites et des Red Devils, seul Teddy Sheringham peut prĂ©tendre ĂŞtre un hĂ©ros au Lane et Ă  Old Trafford. A l’occasion de la deuxième journĂ©e de championnat opposant les deux Ă©quipes, la rĂ©daction de Zone Mixte vous propose un portrait de ce buteur atypique mais prolifique, Ă  la longĂ©vitĂ© rare et Ă  jamais associĂ© au sacre de Barcelone. 

Par Nicolas Wagner – Twitter @friulconnection

Tottenham Hotspur (part 1)

Quand Sheringham arrive dans le nord de Londres, il a dĂ©jĂ  bien bourlinguĂ©. Après des dĂ©buts prĂ©coces Ă  Millwall Ă  l’âge de 17 ans, il est prĂŞtĂ© successivement lors de la saison 1984/85 Ă  Aldershot puis Ă  DjurgĂĄrdens IF avant de revenir chez les Lions pour former un duo dĂ©tonnant avec Tony Cascarino. Pendant six saisons, ils terrorisent les dĂ©fenses du Royaume. Teddy marque des buts. Beaucoup de buts. SacrĂ© meilleur buteur du club Ă  quatre reprises (1987, 1988, 1989 et 1991), il est restĂ© le recordman des buts marquĂ©s par le club londonien jusqu’en 2009. Ses performances tapent dans l’Ĺ“il de Nottingham Forest. Auteur d’une bonne saison (39 m,13 b) avec le double champion d’Europe (1979, 1980), Tottenham craque et s’offre ses services contre un chèque de 2.1MÂŁ (record du club).

A 26 ans, et malgrĂ© une certaine inexpĂ©rience de l’Ă©lite, il s’engage dans un club prestigieux oĂą les attentes sont Ă©levĂ©es. Mais ce n’est pas un problème. Son adaptation est express. En dĂ©pit des 22 buts inscrits (21 avec les Spurs et 1 avec Forest), Tottenham se classe uniquement Ă  la huitième position. Lui, dĂ©croche le titre de meilleur buteur de la Ligue. Si sa saison suivante est tout autant prolifique (19 m, 13 b), de nombreuses blessures le handicapent.

Pour la saison 1994/95, les Spurs recrutent le champion du Monde allemand 1990 : JĂĽrgen Klinsmann. Une vraie complicitĂ© va s’installer entre les deux hommes, sur et en dehors du terrain. Les deux buteurs vont signer un exercice remarquable avec 21 et 18 buts chacun. Klinsmann dira plus tard que Seringham est le partenaire d’attaque le plus intelligent qu’il ait jamais eu.

« Harry me rappelle un peu JĂĽrgen Klinsmann pour ĂŞtre honnĂŞte. Quand JĂĽrgen est arrivĂ© au club, il Ă©tait plein d’enthousiasme et Harry en a en abondance. (…) » Teddy Sheringham, Sky Sports

Cependant, et même si son habileté devant le but le place haut dans la liste des attaquants les plus côtés de Premier League et dans les cœurs des fans londoniens, Teddy a déjà 31 ans. Son palmarès reste désespérément vide, même après près de quinze de carrière. Certains experts le considèrent comme dépassé et lui prédisent un avenir peu glorieux.

Manchester United 

A la surprise gĂ©nĂ©rale, il quitte Londres pour rejoindre Manchester United. Sir Alex Ferguson, himself, le choisit pour succĂ©der au King : Eric Cantona. Et comme le hasard fait souvent bien les choses, son premier match de PL se dĂ©roule Ă  … White Hart Lane. Le nĂ©o mancunien est chahutĂ© par son ancien public. Les fans lui reprochent d’avoir dĂ©clarer que Tottenham manquait d’ambition lors de son transfert. A la 60′, il manque un penalty mais United l’emporte finalement 2-0, dans le Fergie time.

Sa première annĂ©e Ă  Old Trafford est difficile. C’est une saison blanche pour les Red Devils. Et Sheringham peine Ă  combler les attentes placĂ©es en lui. Lors de l’intersaison suivante, les spĂ©culations sur son avenir au club s’intensifient quand Dwight Yorke dĂ©barque en provenance de Aston Villa. Le Trinidadien forme un superbe duo avec Andy Cole. Teddy voit son temps de jeu rĂ©duire considĂ©rablement. Cependant, cette fin de saison 1998/99 va ĂŞtre marquĂ© par l’empreinte du buteur de 33 ans.

« Ferguson m’a dit: « Vas-y et donne-nous un but » et c’Ă©tait Ă  un point oĂą le temps Ă©tait comptĂ©. J’ai fait ce qu’on m’a dit. C’Ă©tait incroyable de faire partie de cette Ă©quipe. Le cadre Ă©tait tellement appropriĂ© … le terrain, le stade et l’atmosphère Ă©taient incomparables. » Teddy Sheringham

Une semaine après avoir remportĂ© son premier titre majeur (champion d’Angleterre), Sheringham rĂ©cidive avec la FA Cup. Dès la 9′, il remplace prĂ©cocement Roy Keane. Moins de deux minutes plus tard, il ouvre le score (11′) et place United sur les bons rails contre les Magpies de Newcastle (2-0 FT). Quatre jours plus tard, son entrĂ©e au Camp Nou va permettre aux Anglais de faire un come back mĂ©morable. Au terme d’une rencontre au scĂ©nario hitchcockien, ils dĂ©crochent la Coupe d’Europe des Clubs Champions (31 ans après leur première couronne) contre le Bayern Munich. MenĂ©s 1-0 (Mario Basler) depuis la 6′, Sir Alex lance toutes ses forces dans la bataille. Sorti du banc des remplaçants, Sheringham Ă©galise en renard des surfaces Ă  la 90+1 sur une action confuse après un corner mal dĂ©gagĂ© par la dĂ©fense bavaroise. Peu de temps après, Beckham frappe un nouveau corner exactement du mĂŞme cĂ´tĂ© que le prĂ©cĂ©dent. Cette fois, Sheringham s’Ă©lève, dĂ©vie le ballon qui est repris victorieusement par Ole Gunnar  » Baby face Killer  » Solskjær. En l’espace de quinze jours, son palmarès s’est garni d’une C1, d’un titre de champion d’Angleterre et d’une FA Cup.

MĂŞme si son temps de jeu reste limitĂ©, il participe aux deux campagnes domestiques victorieuses (2000 et 2001). D’ailleurs, lors de sa dernière saison Ă  Manchester, il termine meilleur buteur du club et rĂ©alise l’une des saisons les plus accomplies de sa carrière. En consĂ©quence, il remporte le titre honorifique de PFA Players’ Player of the Year (Joueur de l’annĂ©e). Il a alors 35 ans.

« Quitter United Ă©tait ma dĂ©cision la plus difficile. C’Ă©tait difficile parce que quand vous quittez United, vous savez que vous allez descendre, mais je ne le regrette pas. » Teddy Sheringham

Tottenham Hotspur (part 2) 

Après quatre ans de loyaux services Ă  Manchester, Sheringham refuse une prolongation de contrat (1 an) pour retourner Ă  … Londres. MalgrĂ© son statut de vĂ©tĂ©ran, il produit deux saisons très honorables. En 80 matches, il claque 26 buts. Il Ă©choue en finale de League Cup contre Blackburn. En 2008, il intègre le Hall of fame du club en compagnie de Clive Allen.

« Tottenham ne m’a pas servi de tremplin, je voulais y vivre ce que Harry vit aujourd’hui. (…) Il n’a besoin d’aller nulle part ailleurs. Pourquoi irait-il à Manchester, Barcelone ou le Real quand il a tout à portée de main ici ? Pas besoin de partir pour gagner des trophées parce que Tottenham progresse. » Teddy Sheringham

Sheringham Ă©tait un attaquant polyvalent, aussi bien capable de marquer que de faire marquer. Sa longĂ©vitĂ©, sa lecture du jeu et ses remises (de la tĂŞte ou en une touche) font de lui un joueur plus complet qu’un simple finisseur. Ses capacitĂ©s techniques et son jeu dos Ă  but lui permettaient de conserver la possession de la balle pour faire remonter son bloc Ă©quipe ou pour combiner avec ses partenaires. Buteur hors pair, son opportunisme dans la boĂ®te, son intelligence et son habiletĂ© dans les airs ont fait de lui l’un des meilleurs attaquants de sa gĂ©nĂ©ration. Pour le plus grand bonheur des fans des Spurs et de United.