Share
Arsenal : An I après AW

Arsenal : An I après AW

Pour la première fois depuis 22 ans, Arsène Wenger n’était pas à la tête des Gunners. Un autre technicien s’est donc assis sur le banc de l’Emirates pour le début de la saison de Premier League face au City de Guardiola (0-2).  Le basque Unai Emery a la lourde tâche de succéder au manager alsacien. Une nouvelle ère s’ouvre donc dans le Nord de Londres. Déjà dès la saison dernière, le club avait commencé sa transformation en restructurant son staff pour se tourner vers un nouveau modèle plus moderne.  Alors saison de transition ou Arsenal peut il espérer mieux ? Analyse. 

Par Nicolas Wagner – Twitter @friulconnection

Nouvelle ère

22 septembre 1996-06 mai 2018, 22 ans, 3 titres de PL, 7 FA Cup et 7 Community Shield. De Highbury à l’Emirates, voici un (rapide) résumé du passage de Arsène Wenger sous les couleurs des Gunners. Même si ces dernières années, le manager français n’était plus autant plébiscité que lors de ses débuts, son héritage est indéniable pour l’histoire du club. C’est donc une nouvelle page qui s’ouvre pour Arsenal. Et les dirigeants ont choisi de confier la succession de AW à l’ancien coach du PSG : Unai Emery.

« La meilleure recrue pour moi, c’est Unai Emery, le manager. Bien sûr, je crois aux joueurs, et surtout aux nouveaux joueurs. Il a gagné en Espagne. Il a gagné en France. Il a beaucoup d’expérience et j’espère pour lui et Arsenal qu’il connaîtra de nouveau le succès avec le club. » Robert Pirès, Sky Sports

Si vous suivez le championnat de France, et notamment les commentaires de certains consultants et/ou journalistes, ce choix peut paraître surprenant. Cependant, l’espagnol a montré de réelles qualités. Au niveau national, Emery a remporté toutes les compétitions nationales possibles. Le PSG a produit un football plaisant, offensif inscrivant 108 buts en 38 journées de championnat (L1 2017/18). Néanmoins, deux problèmes se posent. Le parcours européen du club francilien et la faible concurrence du championnat de France par rapport à la Premier League. 

Unai Emery avait portant de sérieuses références européennes suite à son passage en Andalousie (3 Europa League avec le FC Sevilla). Malheureusement pour lui, et malgré une superbe prestation au match aller (4-0), il restera associé à la  » remontada  » historique du Barça (6-1) en seizièmes de finale de Champion’s League 2016/17. Si cette saison, les londoniens disputeront l’Europa League, sa mission sera de ramener Arsenal dans le top 4 national afin de disputer la plus prestigieuse compétition continentale.

Même si Monaco, Lyon et Marseille ont lutté pour enrayer la domination parisienne, en vain, la différence (de -13 à -16) est trop importante pour espérer mieux que les places d’honneur. Le nouveau tacticien des Gunners devra affronter une concurrence plus féroce dans le championnat anglais. Et ce n’est pas le match contre Man City qui va nous contredire.

 

 

Nouveau staff, nouvelle direction

Depuis son intronisation en 1996, Wenger occupait les fonctions de manager. Le club n’avait pas de directeur sportif. Ce modèle n’était plus dans l’ère du temps. En effet, les principaux clubs rivaux possèdent une structure différente avec un directeur sportif. Les dirigeants de Arsenal n’ont donc pas attendu le départ de leur mythique entraîneur pour repenser entièrement le staff de l’équipe première. Ainsi dès juin 2017, Darren Burgess rejoignait le club en tant que directeur de la haute performance pour améliorer un secteur défaillant avec des responsabilités en matière d’analyse médicale, psychologique et de performance. Puis en novembre 2017, le club annonçait les arrivées de Sven Mislintat et de Raul Sanllehi. Mislintat débarque en tant que responsable de la cellule de recrutement et Sanllehi en tant que directeur des affaires sportives. Des arrivées bouclées par le directeur général du club : Ivan Gazidis.

« Je suis extrêmement enthousiasmé par ce nouveau projet dans ma vie. Je suis très heureux d’être au club, l’un des meilleurs clubs d’Europe. Un club que tout le monde regarde. C’était une idée très facile à prendre et très reconnaissant pour cette opportunité. Quelqu’un m’a demandé: Pourquoi ai-je rejoint Arsenal ? J’ai dit: Qui ne le ferait pas ! » Raul Sanllehi

Jusqu’alors Mislintat sévissait à Dortmund. Et avec le BvB, le recruteur allemand a déniché bon nombre de talents tels que Ousmane Dembélé, Matthias Ginter, Ilkay Gündogan, Henrikh Mkhitaryan, Marco Reus ou encore Julian Weigl. Et pour cette intersaison, les arrivées à Colney sont intéressantes : Bernd Leno, Stephan Lichtsteiner, Sokratis Papastathopoulos et Lucas Torreira. Quant à lui, Raul Sanllehi, après 14 saisons passées en Catalogne (FC Barcelone), rejoint l’Angleterre. Lors de ses années catalanes, nous le retrouvons impliqué (entre autres) dans les dossiers Neymar et Alexis Sanchez. Cependant, les premières tensions sont apparues entre ce nouveau trio. Notamment pour le choix du successeur de Wenger. Mislintat voulait confier le poste à Željko Buvač, ancien adjoint de Jürgen Klopp à Liverpool. Une option écartée au profit de Emery.

Autre nouveauté au sein de l’organigramme des Gunners, Stan Kroenke a désormais les pleins pouvoirs économiques. En effet, il a racheté les parts de Alisher Ousmanov (30 %) détenant dorénavant 97% des parts du club. Guère apprécié par les fans pour sa propension à penser uniquement au financier plutôt qu’au sportif; ce dernier a dorénavant un contrôle total sur l’institution londonienne. Ainsi, il peut changer le lieu du siège social, gonfler ses dividendes … sans en référer à quiconque. Kroenke voudrait même réduire au silence la dernière force d’opposition possible en supprimant l’Arsenal Supporters Trust, association d’actionnaires minoritaires ayant encore un contrôle sur les finances des Gunners. Son fils Josh est fortement pressenti pour succéder à Gazidis. Kroenke aurait alors la main mise sur Arsenal.

Quelle place ?

« Être compétitif, c’est s’adapter à la réalité de l’adversaire » Unai Emery, The Tacticall Room

Unai Emery arrive dans un club en pleine reconstruction. Si l’effectif n’a pas subi de profondes transformations en conservant des joueurs cadres tels que Aubameyang, Cech, Koscielny ou Özil, des joueurs présents au club depuis de nombreuses années ont migré vers d’autres horizons. Ainsi Per Mertesacker (7 ans) a mis un terme à sa carrière pour prendre en charge l’Academy. Santi Cazorla (6 ans) a retrouvé Villarreal après une longue indisponibilité suite à sa blessure au tendon d’Achille. Enfin, Jack Wilshere (formé au club) est resté à Londres. Mais il a rejoint les Hammers bouclant une décennie, entrecoupée de deux prêts à Bolton et Bournemouth, avec Arsenal.

Comme nous l’avons vu ci-dessus, Emery peut compter sur des renforts de qualité. Et le basque travaille pour faire appliquer au mieux ses principes de jeu : verticalité en transition, jeu court en possession et depuis l’arrière, grosse possession de balle, pressing haut et intense dès la perte de balle, repositionnement rapide sur les phases arrêtées. Cela n’a pas très bien fonctionné contre City et son pressing tout terrain. D’ailleurs, cela lui a valu bon nombres de critiques de la part de Tony Adams ou encore de Sam Allardyce :

« Je ne sais pas ce qu’il a foutu depuis cinq ou six semaines. Enfin, si, je le sais. Il a fait tourner tous ses joueurs et donné un match à chacun. Dès le début, j’aurais choisi mon gardien, ma défense et mes deux sentinelles pour créer une base solide qui a manqué au club lors des dix dernières années, durant lesquelles on a trop subi de buts. On n’a presque pas gagné un match à l’extérieur la saison dernière et cela montrait un manque de caractère et de capacité de résistance. Tu as eu six semaines de préparation… fais ce qu’il faut pour changer ça ! Tous les fans d’Arsenal veulent voir les Gunners en lice pour le titre mais à l’heure actuelle, si on veut être réaliste, nous en sommes très loin. Je n’arrive pas à l’imaginer. » Tony Adams, talkSPORT

 

« C’est la faute de l’entraîneur. Ne demandez pas de faire contre Manchester City ce qu’il ne faut pas faire. Il ne faut pas jouer depuis l’arrière comme ça contre Manchester City. Qu’est-ce qu’ils font ? Ils pressent, pressent, pressent, donc pourquoi essayer de jouer quand ils pressent, pressent, pressent ? Même le public a applaudi quand Cech a envoyé un long ballon dans le camp adverse. On devient obsédé avec cette stupidité de:  » Relançons depuis l’arrière, écartons les défenseurs centraux de chaque côté de la surface, et jouons à partir de là.  » C’est pourri de jouer comme ça tout le temps. » Sam Allardyce, talkSPORT

 

Néanmoins les intentions de jeu sont là, et même si cela demande encore quelques perfectionnements, l’organisation londonienne consistant à écarter le jeu sur les ailes, à rapidement chercher dans la profondeur Aubameyang (et/ou Lacazette) et à presser collectivement mais également individuellement avec Aubameyang, Ramsey et Mkhitaryan en déclencheurs pourrait faire des étincelles dans les prochaines semaines. Pour également atténuer les déceptions liées au résultat de dimanche dernier, Arsenal ne va pas jouer tous les week-ends contre City.

Si la lutte pour la course au titre semble une bataille trop grande pour une équipe en phase de construction, il apparait évident de voir Arsenal se mêler dans celle pour une place dans le Top 5 de la ligue. Un retour en Champion’s League passe par une place en championnat ou par une victoire en Europa League, à l’instar de Manchester United en 2017. Prochain test au Bridge face au Chelsea de Sarri où l’opposition de style entre les deux formations au style similaire devrait être intéressante à suivre.