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Juventus : trop forte pour la concurrence ?

Juventus : trop forte pour la concurrence ?

Depuis 2012, la Vecchia Signora impose son hégémonie sur la péninsule italienne. Avant le coup d’envoi de la saison 2018/19, les Turinois font encore figure d’épouvantail pour la course au Scudetto notamment avec l’arrivée de la méga star du foot mondial : Cristiano Ronaldo. Ce transfert s’inscrit dans une politique sportive plus globale amorcée par le président Andrea Agnelli afin de pouvoir lutter avec les ogres européens (Barça, Bayern, Man City, Man United, Real …). Et même si la concurrence s’est également renforcée, la tâche s’annonce ardue pour empêcher l’obtention d’une huitième couronne consécutive. 

Par Nicolas Wagner – Twitter @friulconnection

Le phénomène CR7

L’intersaison estivale turinoise a été agitée en coulisses. Après deux finales de Champion’s League en 2015 et 2017, perdues, les dirigeants turinois ont vite compris la nécessité de recruter un élément hors norme pour les aider à conquérir l’Europe. Et qui de mieux qu’un joueur possédant cinq CL à son palmarès ? Sans parler de l’apport de notoriété mondiale pour conquérir de nouveaux marchés, notamment en Asie. En plus, la conjoncture était favorable pour la Juventus. En effet, après neuf saisons au Bernabeu, Cristiano Ronaldo voulait un nouveau challenge sportif et … un meilleur salaire.

« Je n’ai jamais vu un joueur comme ça. C’est impossible de suivre Cristiano à l’entraînement. Quand nous arrivons, il est déjà en train de s’entraîner. Quand nous partons, il s’entraîne toujours. Je n’ai jamais vu un joueur comme ça. » Douglas Costa, 9SportPro

Les récents déboires de la star lusitanienne avec le fisc espagnol ont peut-être également pesé dans la balance. En effet, comme le souligne Thierry Cros, depuis la loi de finances 2017, si quelqu’un travaille en Italie sans y avoir résidé 9 des 10 dernières années, alors la personne paie des impôts sur ses revenus produits à l’étranger avec un plafond maximum de 100.000 €. Une aubaine pour CR7 dont les revenus extra-football sont astronomiques. A titre d’exemple, d’après le site HopperHQ, chaque publication du portugais sur Instagram lui rapporte 750.000 $.

 

Un mercato XXL

Cependant, le mercato des septuples champions d’Italie en titre ne se résume pas à l’arrivée de CR7. Suite au départ de la Légende Gigi Buffon (fin de contrat), le choix de la Juventus s’est porté sur Mattia Perin (Genoa). Si l’ex grand espoir italien (25 ans) au poste de gardien vient dans un rôle de doublure de Szczęsny, Allegri aura plutôt un N°1 bis dans son effectif.

Dans la lignée des récents bons coups (Dani Alves, Khedira) réalisés par les Bianconeri, Emre Can (Liverpool) arrive libre. Le milieu de terrain allemand de 24 ans veut gagner des titres.

« J’ai reçu beaucoup d’offres de bonnes équipes, mais j’ai choisi la Juventus car elle a un grand projet d’avenir dont je veux faire partie. C’est un grand club qui a la même volonté de gagner que moi. Je suis venu ici pour gagner des titres. »

Après un très bon prêt d’un an à l’Inter, João Cancelo (24 ans) arrive en provenance de Valence. Il compense le départ de Stephan Lichtsteiner (34 ans) vers Arsenal.

Mais l’autre gros coup de ce mercato, c’est le retour de Leonardo Bonucci associé au double départ de Mattia Caldara et Gonzalo Higuain vers le Milan. Une opération improbable. Surtout après le départ de Bonucci vers le Diavolo la saison passée. Le premier match de Bonucci à l’Allianz Stadium devrait être tumultueux. Conscient du mécontentement de certains fans, Bonucci déclare :

« J’accepte les sifflets des fans. Quand ils viennent de mes fans, ce sera à moi de transformer ces sifflets en applaudissements. Ma réponse viendra sur le terrain parce que je suis un professionnel. »

Une stratégie mondiale

Depuis le retour du club en Serie A (2007), la stratégie sportive et économique est de placer le club dans le gotha du football européen et mondial. Pour réussir à bien ce projet, plusieurs étapes ont été échafaudées. Tout d’abord, la reconquête sportive nationale. Après un an de purgatoire en Serie B, la Juve doit attendre 2012 pour remporter son premier Scudetto post rétrogradation et mettre fin à la domination milanaise (Inter 2006, 2007, 2008, 2009 et 2010 puis AC Milan 2011). Depuis 2012, la Juve domine l’Italie. Ce renouveau s’explique grâce au travail ingénieux de l’équipe dirigeante, notamment Giuseppe Marotta (Directeur Sportif). En effet, bien souvent, les Bianconeri assèchent la concurrence en leur chipant des éléments clés comme Gonzalo Higuaín (Napoli), Miralem Pjanić (Roma) ou en recrutant les meilleurs espoirs du pays (Bernardeschi, Dybala, Rugani, Spinazzola).

Ensuite, la Juve a compris l’importance économique de posséder son stade. Dès 2008, le conseil d’administration valide le projet. Le Juventus Stadium, enceinte ultra moderne à l’anglaise de 41507 places, remplace le vétuste Stadio Delle Alpi (69295) et sa piste d’athlétisme. Inauguré en 2011, l’intégralité des revenus générés lors des rencontres du club vient remplir les caisses. Sans parler du naming. En effet, un contrat d’exclusivité du nom du stade conclu entre le club et Sportfive Italia jusqu’en 2023 lui assure 7M€ par an.

Les bons résultats nationaux conjuguées aux deux finales européennes ont permis de placer la Juventus dans les tops teams du Vieux Continent en dépit du marasme touchant le football transalpin. Agnelli a donc décidé d’accélérer la mutation du club. En janvier 2017, à Milan, le président dévoile le nouveau logo de l’équipe. Il s’agit d’un J stylisé, symbolisant les deux lignes blanches et noires. Ce choix a été mal perçu par les tifosi. Cependant, ce blason simplifié doit permettre de s’identifier le club aux quatre coins de la planète. Et ainsi conquérir de nouveaux marchés économiques.

« Pour grandir, nous devons continuer à gagner et faire évoluer notre message pour atteindre une nouvelle cible. Notre nouveau logo définit un sens d’appartenance et un style qui nous permet de communiquer notre manière d’être » Andrea Agnelli

Nouvelle étape dans cette stratégie, comme évoqué ci-dessus, l’arrivée de Cristiano Ronaldo doit permettre au club de franchir un nouveau palier. Non seulement d’un point de vue sportif avec la quête de la Champion’s League mais également d’un point de vue économique.

La concurrence

  • Napoli : Longtemps leader du championnat (22 j sur 38), les Partenopei version Sarri ont été le plus rude adversaire de la Juve pour le Scudetto 2018. L’arrivée de Carlo Ancelotti sur le banc du San Paolo s’accompagne de celles de Simone Verdi (Bologne), de Fabián Ruiz (Betis Séville) et de Alex Meret (Udinese). Néanmoins, ces renforts apparaissent trop légers aux yeux d’une tifoseria mécontente par rapport aux mouvements réalisés par la concurrence. Pour son retour au pays, Carlo Ancelotti (19 titres en tant que coach) porte tous les espoirs du peuple napolitain toujours dans l’attente du titre depuis 1990.

 

  • AS Roma : Comme la saison dernière, Monchi (Directeur Sportif) s’est rapidement mis au travail pour améliorer l’effectif à disposition de Eusebio Di Francesco. Ainsi, dès le 28 mai, soit à peine une semaine après la fin du championnat, le jeune espoir croate (21 ans) Ante Ćorić arrivait sur les bords du Tibre. Avant début juillet, Iván Marcano (Porto), Justin Kluivert (Ajax), Antonio Mirante (Bologne), Javier Pastore (PSG), Davide Santon, Nicolò Zaniolo (Inter) et William Bianda (Lens) avaient tous signé pour les Giallorossi. Robin Olsen (Copenhague) a compensé le départ vers Liverpool de Alisson Becker. Et après quatre saisons et demi dans la capitale, une page se tourne pour Radja Nainggolan parti rejoindre son ex-coach à Milan (Inter). Hormis la volte-face de Malcom, ce mercato est très réussi pour le demi-finaliste de la Champion’s League 2018. Un milieu défensif (Steven N’Zonzi est annoncé en provenance de Séville) et un attaquant gaucher coté droit devraient arriver d’ici la fin du mercato (17 Août).

 

  • Inter : De retour en Champion’s League pour la première fois depuis la saison 2011/12, l’Inter a frappé fort sur le marché estival. Comme nous venons de le voir, Nainggolan est arrivé. Mais ce n’est pas tout. Matteo Politano (Sassuolo), Stefan De Vrij (Lazio), Kwadwo Asamoah (Juve), Lautaro Martínez (Racing) et Šime Vrsaljko (Atletico) ont tous rejoint la capitale lombarde. Spalletti va pouvoir composer une équipe talentueuse pour se frotter aux meilleures équipes du pays. Et pour le 110 ème anniversaire du club, l’espoir de reconquérir le Scudetto est grand. Ce serait le 19 ème.

 

  • Lazio : Auteurs d’une belle saison, les Laziale ont perdu Felipe Anderson (West Ham) et Stefan De Vrij (fin de contrat). Cependant, et jusqu’alors, le club a réussi à conserver Sergej Milinković-Savić. De plus, Igli Tare (Directeur Sportif) a attiré dans ses filets des joueurs aux profils intéressants comme Riza Durmisi (Betis Séville), Valon Berisha (Red Bull Salzbourg), Francesco Acerbi (Sassuolo), Joaquín Correa (FC Séville) et malgré de nombreux prétendants Milan Badelj (fin de contrat). Sous la houlette de Inzaginho, cette Lazio semble armée pour améliorer son rang et s’immiscer dans le top 4.

 

  • AC Milan : L’intersaison a été mouvementée en Lombardie. Initialement qualifiés pour l’Europa League (6ème), les Rossoneri subissent les foudres de l’UEFA suite aux violations du Fair-Play Financier. Exclus puis réintégrés suite à leur appel auprès du Tribunal Arbitral du Sport, le Milan participera bien à la compétition européenne. Incapable de trouver les 32M€ manquants afin de refinancer la dette de 303M€ auprès du fond Elliott, Li Yonghong est contraint de leur céder le club. En conséquence, tous les anciens administrateurs sont démis de leur fonction et Paolo Scaroni succède à Li Yonghong en tant que Président. Leonardo et Paolo Maldini reviennent aux affaires et intègrent l’organigramme en tant que Directeur Sportif et Directeur du développement stratégique du secteur sportif. Un temps sur le départ suite au changement de direction, Rino Gattuso conserve son poste. Il pourra compter sur les apports de Ivan Strinić, Pepe Reina (Napoli), Alen Halilović (Hambourg), Mattia Caldara et Gonzalo Higuaín (Juve).

Imbattables depuis sept ans, la Juventus a provoqué un mini-séisme en bouclant l’arrivée du phénomène médiatique mondial et accessoirement bon joueur de football : Cristiano Ronaldo. Son association avec Dybala nous met déjà l’eau à la bouche. Le portugais va apporter son expérience européenne mais également sa notoriété mondiale à Turin. Bref, la Vecchia Signora est plus jamais candidate à sa propre succession même si ses rivaux n’ont pas été avares en effort pour enrayer cette belle mécanique de victoires.