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Three Lions : la menace fantĂ´me

Three Lions : la menace fantĂ´me

Comme lors du Mondial russe, l’utilisation de la VAR (Video Assistance Referee) et de la GLT (Goal Line Technology) aurait certainement permis d’élucider le mystère entourant encore le  » ghost goal  » de Geoff Hurst Ă  la 101 ème minute de la finale 1966 opposant l’Angleterre de Bobby Moore Ă  la RFA de Uwe Seeler. Personne ne sait avec certitude si le ballon du buteur de West Ham a entièrement franchi la ligne. Pourtant l’arbitre valide le but, l’Angleterre remporte son seul et unique titre mondial. Mais depuis ce sacre Ă  domicile, la Three Lions ne parvient plus Ă  briller lors des tournois internationaux. Simple coĂŻncidence ou malĂ©diction ?

 Par Nicolas Wagner– Twitter: @friulconnection

Depuis 1966, douze Ă©ditions se sont dĂ©roulĂ©es. Et, mis Ă  part en 1990, l’Angleterre n’a plus jamais atteint le dernier carrĂ© de la Coupe du Monde. Parfois absente, parfois rapidement Ă©liminĂ©e, la sĂ©lection britannique connaĂ®t Ă©galement des difficultĂ©s dans l’exercice des tirs au but. Mais le pire est atteint en 2010, au Free State Stadium de Bloemfontein, quand l’histoire bĂ©gaie. Mais le rĂ©sultat est totalement diffĂ©rent. Retour sur les malheurs anglais en Coupe du Monde.

Back in 1966

Pour la huitième Ă©dition, l’Angleterre organise le tournoi. La sĂ©lection Ă©volue Ă  Wembley lors de tous les matches. Et durant le Mondial, l’arbitrage est assez clĂ©ment envers l’Ă©quipe locale. Après avoir terminĂ©e en tĂŞte de son groupe composĂ© de la France (dernière), du Mexique et de l’Uruguay, l’Angleterre efface l’Argentine (1/4). Le Portugal de EusĂ©bio (meilleur buteur du tournoi avec 9 buts) se dresse devant les Anglais (1/2). En dĂ©pit du danger permanent reprĂ©sentĂ© par l’attaquant lusitanien, la Three Lions parvient Ă  se hisser jusqu’en finale (2-1).

La RFA de Beckenbauer est l’adversaire Ă  battre dans un Wembley archi-comble : 96 924 spectateurs. Pourtant les allemands ouvrent la marque (12′). Stupeur gĂ©nĂ©rale. Pas le temps de tergiverser. Hurst Ă©galise peu de temps après (18′). Le milieu offensif de West Ham, Martin Peters donne l’avantage aux siens (78′). La victoire se dessine. Mais Wolfgang Weber refroidit l’assistance en Ă©galisant pour la RFA (90′).

Finalement, tout se joue lors des prolongations. La dĂ©livrance intervient Ă  la 101′ grâce Ă  Geoff Hurst. Sa frappe heurte le dessous de la barre transversale, retombe au sol (devant, sur ou derrière la ligne ?). AussitĂ´t, elle est dĂ©gagĂ©e par un dĂ©fenseur germanique. Après quelques instants de palabres avec son juge de touche, l’arbitre valide le but. Le  » Ghost Goal  » scelle le sort du match. Hurst inscrit mĂŞme un triplĂ© (120′) mettant l’Angleterre a l’abri d’un retour.

La joie anglaise est totale. La dĂ©ception allemande Ă©norme. L’Ă©quipe dirigĂ©e par Alf Ramsey et composĂ©e de Alan Ball, Gordon Banks, Bobby Charlton ou Roger Hunt entre dans la postĂ©ritĂ©.

Pas qualifiée

Absente des Ă©ditions 1974, 1978 et 1994, la sĂ©lection anglaise n’est pas parvenue Ă  dĂ©crocher le prĂ©cieux sĂ©same pour disputer les Ă©ditions en Allemagne, en Argentine et aux USA.

L’aventure s’arrĂŞte … en phase de poules

Le format de la Coupe du Monde 1982, en Espagne, propose deux phases de groupe aux formations qualifiĂ©es. L’Angleterre termine en tĂŞte de sa poule avec trois victoires dont une contre la France de Platini. OpposĂ©e Ă  la RFA et Ă  l’Espagne lors du second groupe, les britanniques sortent de la compĂ©tition après deux rĂ©sultats nuls (0-0).

En 2014, la sĂ©lection se retrouve dans un groupe relevĂ© avec deux autres champions du Monde : l’Italie et l’Uruguay. Le Costa Rica est le dernier adversaire. EmmenĂ©e par Steven Gerrard et Wayne Rooney, l’Angleterre perd ses deux premiers matches sur le mĂŞme score (2-1). La campagne brĂ©silienne s’achève piteusement sur un nul (0-0) contre le Petit Poucet d’AmĂ©rique Centrale.

L’aventure s’arrĂŞte … en 1/8

En France, après un accroc en phase de poule contre la Roumanie avec le but vainqueur inscrit par Dan Petrescu Ă  la dernière minute (2-1), l’Angleterre affronte l’Argentine. Son meilleur ennemi depuis 1986 et la  » main de Dieu « . Après une première mi-temps au rythme intense conclue par 4 buts (2-2), David Beckham tombe dans le piège tendu par Diego Simeone. Après un geste d’humeur, le Spice Boy est exclu. Plus rien ne bouge jusqu’Ă  la sĂ©ance de tirs au but. Ince et Batty ratent. Le Mondial 1998 s’arrĂŞte Ă  Geoffroy-Guichard pour les anglais.

Pour la première Ă©dition africaine de l’histoire, le remake de la finale de 1966 est Ă  l’affiche de ce huitième de finale au Free State Stadium de Bloemfontein. Mais le destin va jouer un bien mauvais tour aux hĂ©ritiers de Bobby Charlton et cie. MenĂ©e 2-1 après des buts de Klose, Podolski et Upson, l’Angleterre pense Ă©galiser par Lampard. Sa frappe lointaine trompe Neuer. Elle retombe un demi-mètre dans la cage allemande. NĂ©anmoins, l’arbitre ne valide pas le but. La Mannschaft en profite pour s’envoler vers les quarts de finale (4-1). Et mĂŞme si nous sommes en 2010, la technologie n’a toujours pas fait son apparition. Le Bild, cĂ©lèbre tabloĂŻd allemand, parle de « vengeance » du but litigieux de la finale 1966. Le karma.

L’aventure s’arrĂŞte … en 1/4

AurĂ©olĂ©s de leur titre de Champion du Monde, les britanniques s’envolent pour le Mexique. Ils tombent dans le groupe du BrĂ©sil de GĂ©rson, Jairzinho, PelĂ©, Rivelino et TostĂŁo. Battus par les Auriverde (1-0), les anglais hĂ©ritent de la RFA en quart. Quatre ans après Wembley (1970), les coĂ©quipiers de Franz Beckenbauer ne manquent pas l’occasion de prendre leur revanche. Pourtant, la Three Lions a bien dĂ©butĂ© ce match (2-0). Mais la RFA retourne la situation (2-2).  En prolongation, Gerd MĂĽller (10 buts dans le tournoi) crucifie la sĂ©lection anglaise (2-3). Le tenant du titre doit cĂ©der sa couronne au BrĂ©sil du Roi PelĂ©.

Seize ans plus tard (1986), la Coupe du Monde et l’Angleterre retrouvent le Mexique. Après deux premiers matches ratĂ©s contre le Portugal (0-1) et le Maroc (0-0), la sĂ©lection obtient sa qualification grâce Ă  un Gary Lineker enfin dĂ©cisif. Auteur d’un hat-trick contre la Pologne (3-0) et d’un doublĂ© contre le Paraguay (3-0), il permet Ă  son Ă©quipe de dĂ©fier l’Argentine en quart de finale. Au Stade Aztèque de Mexico City, la dramaturgie est Ă  son comble. La Guerre des Malouines opposant les deux nations est encore dans toutes les mĂ©moires.

L’Argentine est en mission. Maradona marque le premier but du match de la main, la main de Dieu. Les Anglais protestent. En vain. AnesthĂ©siĂ©s par la chaleur et par ce coup du sort, trois minutes plus tard, ils encaissent un second but du mĂŞme Maradona. Mais lĂ , c’est le gĂ©nie qui parle. Un slalom de 70 mètres entre des anglais impuissants. Un but d’anthologie. Un des plus beaux inscrits lors d’une Coupe du Monde.Gary Lineker rĂ©duit l’écart mais l’Angleterre est Ă©liminĂ©e (2-1).

L’aventure s’arrĂŞte … en 1/4 (bis)

Pour la coupe du monde en CorĂ©e du Sud et au Japon, l’Angleterre de Sven-Göran Eriksson commence la compĂ©tition en mode diesel. Après un nul contre la Suède (1-1), un penalty de Beckham contre l’Argentine suffit pour l’emporter (1-0). Le dernier match face aux Super Eagles du NigĂ©ria se conclut par un nul stĂ©rile (0-0). L’Ă©quipe monte en puissance lors de l’affrontement en huitième de finale. Le Danemark est balayĂ© (3-0). Le BrĂ©sil et son armada offensive brĂ©silienne sont le prochain adversaire. MalgrĂ© l’ouverture du score de Michael Owen, le Ballon d’Or 1999 Rivaldo et le futur Ballon d’Or 2005 Ronaldinho marquent et sortent les coĂ©quipiers de Gareth Southgate du tournoi.

Pour cette 18ème Ă©dition, le tournoi rejoint Ă  nouveau l’Europe. Et plus prĂ©cisĂ©ment l’Allemagne. Avec de très nombreux bons joueurs comme Ashley et Joe Cole, David Beckham, Rio Ferdinand, Steven Gerrard, Franck Lampard, Michael Owen et Wayne Rooney, la Three Lions impressionne. En tĂŞte de son groupe, l’Angleterre hĂ©rite de l’Equateur (1-0). La suite de la compĂ©tition assigne comme adversaire le Portugal de Cristiano Ronaldo. Le match est fermĂ©. Peu d’occasions Ă  se mettre sous la dent. Mais la rencontre bascule suite Ă  l’expulsion de Rooney, auteur d’une faute sur Ricardo Carvalho. La dĂ©fense tient bon. Mais la sĂ©ance de tirs au but est fatal aux britanniques avec un Ricardo en Ă©tat de grâce (0-0/1-3).

L’aventure s’arrĂŞte … en 1/2

Quatre ans après la  » main de Dieu « , l’Angleterre participe au Mondiale italien. Forte d’une gĂ©nĂ©ration dorĂ©e composĂ©e de Peter Beardsley, Paul Gascoigne, Gary Lineker, David Platt, Trevor Steven et Chris Waddle, les hommes de Bobby Robson veulent faire bonne impression. Pourtant ils connaissent un dĂ©part moyen ponctuĂ© par deux nuls (1-1 / 0-0) et une courte victoire (1-0). La suite est Ă©galement poussive. Par deux fois, la Three Lions doit passer par les prolongations pour Ă©liminer la Belgique (1-0) et le Cameroun de Roger Milla (3-2). Pour la première fois depuis 1966, les britanniques sont dans le dernier carrĂ© de la compĂ©tition.

Et sur leur chemin, ils retrouvent … la RFA. La partie n’est pas un festival offensif (1-1). Encore une fois, les deux Ă©quipes continuent au delĂ  du temps rĂ©glementaire. Plus rien ne change. Les joueurs doivent se dĂ©partager avec la sĂ©ance de tirs au but. Les Allemands rĂ©alise un sans faute. Malheureusement, Pearce puis Waddle ratent. L’Angleterre ne retrouvera pas l’Argentine de Maradona en finale. OpposĂ©s au pays organisateur, les anglais ratent le podium (1-2).

Si vous ĂŞtes superstitieux, vous aurez sĂ»rement choisi l’option  » malĂ©diction ». Si non, le destin ou les coĂŻncidences semblent s’acharner sur l’Ă©quipe nationale anglaise. EngagĂ©s dans le Mondial russe, la Three Lions a rĂ©ussi Ă  l’emporter sur le fil contre la Tunisie. Peut-ĂŞtre la fin des nuages au-dessus de la tĂŞte des troupes du Prince Harry. La suite des Ă©vĂ©nements nous donnera la rĂ©ponse. En attendant, et depuis 1966, la menace fantĂ´me plane toujours sur l’Angleterre. To be continued.

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