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Le bilan d’Unai Emery au PSG

Le bilan d’Unai Emery au PSG

Ça y est, comme annoncé depuis de nombreuses semaines, Thomas Tuchel sera le nouvel entraîneur du PSG à partir de la saison prochaine. Après deux ans passés dans la capitale, et avant de disputer son dernier match sur le banc Parisien, c’est le moment de tirer les comptes et de faire un bilan du passage d’Unai Emery à Paris. Quel palmarès ? Quelles tactiques ? Retour sur ces deux années.

Par Théophile Rémon

Le coach Espagnol, arrivé en juin 2016 pour succéder à Laurent Blanc, aura connu des fortunes diverses avec le PSG. Recruté notamment pour son parcours impressionnant en Europa League avec le FC Séville, avec lequel il a remporté trois fois de suite la compétition, Emery aura payé ses deux éliminations successives en Ligue des Champions. Et surtout la fameuse remontada la saison passée.

Bilan technique

Le coach Espagnol a fait des choix forts pendant ses deux années. Lors de sa première saison, il instaure un turnover entre Trapp et Areola, entraînant une légère confusion pour savoir qui est le gardien numéro un (le portier Allemand jouera finalement quatre matches de plus qu’Areola toutes compétitions confondues). Il maintient sa confiance à Di Maria alors que celui-ci rencontre quelques difficultés, notamment dans la finition. Mais bien lui en a pris car l’Argentin est énorme lors du match aller en huitième de finale contre le Barça, et inscrit un doublé. Emery reste fidèle à ses positions et n’hésite pas à redessiner les contours de l’équipe pour sa deuxième saison, entraîné il est vrai par les arrivées conjointes de Neymar et Mbappé.

Conséquences : Lucas, qui était le joueur le plus utilisé par Emery pour sa première saison, est mis de côté, Dani Alves est recruté (pour appuyer la venue de Neymar) alors que Meunier avait réalisé une bonne saison, Ben Arfa est mis au placard, et Aurier est transféré à Tottenham. De plus, il n’hésite pas à repositionner Rabiot en sentinelle, alors que le joueur n’aime pas ce poste. Choix payant : le milieu Français y est excellent. Enfin, Emery recrute le Basque Yuri Berchiche, et le place devant Kurzawa dans la hiérarchie des arrières gauches, alors que Kurzawa était en grande forme en début de saison.

Bilan tactique

Il n’est pas chose aisée d’être l’entraîneur du PSG. Lui qui avait la réputation d’être un grand tacticien, n’a pas réussi à imposer sa patte. Un 4-2-3-1 qui faisait sa force à Séville, un jeu direct vers l’avant. Si le PSG du coach Basque développait un jeu plus vertical que celui de Laurent Blanc, basé lui sur une possession et une conservation de balle, Emery a finalement conservé le fameux 4-3-3 mis en place précédemment par l’entraîneur Français. À ses débuts sur le banc parisien, pendant les matches de préparation, l’entraîneur Espagnol avait tenté d’instaurer son 4-2-3-1, avec Maxwell et Meunier très offensifs, et Thiago Motta en sentinelle redescendant très bas pour soutenir sa défense.

C’était d’ailleurs le cas lors du premier match officiel du coach Espagnol. Le Trophée des Champions contre l’OL : système en 4-2-3-1, avec Pastore en 10 qui avait était énorme, pour une victoire 4-1 (Ben Arfa buteur en pointe en l’absence de Cavani). Tout avait pourtant bien commencé pour Emery. Mais, au fil des matches, les joueurs ayant quelques difficultés à s’adapter à ce nouveau système, avaient fait savoir à leur coach qu’ils souhaitaient revenir au traditionnel 4-3-3. Le coach Basque a donc dû se résoudre à les écouter, n’hésitant pas à faire placer certains joueurs à des postes inhabituels : Pastore sur un côté, Draxler en relayeur, Rabiot en sentinelle,… .

Bilan mental

Alors si le passage d’Emery au PSG était une Histoire de mental ? Une pression mise par les dirigeants que n’aurait pas accepté le coach Basque. En revenant rapidement au 4-3-3, Emery n’a pas voulu prendre de risque et sortir les joueurs de leur zone de confort. Un coach doit pouvoir imposer ses décisions. On a souvent parlé également de son manque de charisme sur le banc. Comparé à Laurent Blanc qui avait un onze type, une machine bien huilée qui ravageait tout en France, mais connaissait des difficultés à la moindre absence, Emery a voulu l’effet inverse : concerner l’ensemble des joueurs, quitte à froisser l’ego de certains.

Mais le mental est le plus important. Et quand un joueur ne se sent pas en confiance, c’est toute l’équipe qui en pâtit. Les dirigeants ont-ils été trop impatients, ont-ils instauré le doute dans la tête d’un Unai Emery qui arrivait à Paris avec ses convictions de jeu, qu’il a dû mettre de côté ? Difficile de savoir.

Unai Emery meilleur avec Séville ?

Comment expliquer la réussite Européenne d’Unai Emery avec Séville, puis une double élimination précoce avec le PSG ? Les dirigeants Parisiens ont-ils été aveuglé par leur fixation sur la Ligue des Champions, au lieu de voir le projet du Basque comme une aventure à long terme ? Car Emery, avec Séville, « à part » ces trois gains en Europa League, n’a pas remporté d’autres trophées. En Liga, il a terminé deux fois cinquième et une fois septième de Liga. Il y a une marche énorme entre entraîner le FC Séville et le PSG. À Séville, Emery a eu le temps (resté 3 ans et demi, au lieu de 2 ans à Paris) de mettre en place son équipe.

De plus, Emery, bien que présent en Ligue Europa trois saisons de suite, n’avait quasiment aucune expérience en Ligue des Champions. Avec Valence, il est éliminé en huitième de finale en 2010/2011, puis dès la phase de groupe l’année suivante. Avec Séville, il ne passe pas les poules lors de la saison 2015/2016, terminant troisième derrière City et la Juve, avec six points. On ne peut pas dire qu’Unai Emery a moins réussi à Paris qu’à Séville. Les dirigeants Parisiens se sont montrés extrêmement naïfs de croire que des victoires en Europa League entraînerait une victoire en Ligue des Champions : ce sont deux compétitions bien différentes.

Points positifs

Alors qu’on se le dise, le tacticien Basque a quand même réalisé de bonnes choses avec le PSG. En Ligue 1, il détient un pourcentage de victoire supérieur à tous ses prédécesseurs de l’ère Qatari. 56 succès en 72 matches, soit 73,7% de victoire, contre 72,8% pour Laurent Blanc, ou 63,6% pour Carlo Ancelotti. Ces chiffres sont à prendre avec des pincettes car l’équipe du PSG devient plus forte de saison en saison. Sur le plan national, Emery a gagné sept titres possibles sur 8. Seul le championnat lui échappe l’année dernière malgré les 87 points du PSG. Mais la cadence de Monaco, qui termine à 95 points, étaient difficile à suivre. Avec 87 points cette saison, Paris serait Champion. Pour le reste : Trophée des Champions, Coupe de la Ligue, et Coupe de France, le PSG a tout raflé ces deux dernières saisons.

Au-delà des titres, le jeu du PSG a évolué sous l’ère Emery. Beaucoup plus direct, en demandant à ses joueurs de se projeter plus vite vers l’avant. Ce PSG est moins ronronnant, et a réalisé des victoires prolifiques. Comme un symbole, le club de la capitale a infligé un terrible 7-1 à Monaco il y a quelques semaines. Enfin, l’entraîneur Espagnol a toujours gardé la tête haute et n’a jamais fui ses responsabilités. Il n’a jamais dérapé dans sa communication, il s’est toujours forcé à s’exprimer en Français malgré quelques moqueries. À l’image de l’annonce de son départ, Emery aura été irréprochable sur son comportement.

Points négatifs

Le problème au PSG c’est qu’on est en train de normaliser les victoires nationales. Les dirigeants veulent à tout prix remporter cette fameuse Ligue des Champions. Ou aller de plus en plus loin dans cette compétition. Avec Emery, il s’est produit l’effet inverse, avec deux éliminations successives en huitièmes de finale. Barça puis Real. Certes deux adversaires de renom. Mais l’année dernière, le parcours du PSG en poule est mitigé. Les Franciliens concèdent deux matches nuls à domicile (Arsenal 1-1 et Ludogorets 2-2). Ils gagnent de justesse 1-2 à Bâle sur une magnifique volée de Meunier à la 90ème, ou encore font 2-2 à l’Emirates en faisant preuve de beaucoup de fébrilité.

Résultat, le PSG termine deuxième derrière les Gunners, et tombe sur le Barça. Le match aller est extraordinaire avec cette victoire 4-0, mais le retour est historique. La remontada fera le tour du monde. Emery en prend l’entière responsabilité. « Tu joues contre le Barça et après avoir gagné 4-0, les circonstances là-bas te font perdre. Mais ce n’est pas normal ! Si tu rejoues le match dix fois, tu ne perds plus. Parce qu’à la fin, même si nous avons commis beaucoup d’erreurs, nous avons fait beaucoup de bonnes choses et un penalty aurait dû être sifflé pour nous à la 75ème alors que le score était de 3-1. Ça aurait fait 3-2, après un 4-0 et tout le monde dirait que le PSG est une merveille ».

Cette année, les poules ont été réussies. Une victoire au Parc contre le Bayern 3-0, mais, manque de chance, le PSG a tiré le double tenant du titre. Et s’est logiquement fait éliminer. Les choix de coaching d’Emery n’ont pas plaidé en sa faveur. Titulariser Lo Celso en sentinelle, ou encore sortir Cavani pour Meunier. Enfin, on peut ajouter les erreurs de casting, surtout lors de sa première saison : Krychowiak, Jésé, Ben Arfa. Trois joueurs qui n’auront jamais réussi à s’imposer dans le groupe Parisien.

Bilan personnel

Mais que pense Unai Emery de son bilan au PSG ? Le coach Espagnol expliquait : « je suis très content de l’opportunité que j’ai eu d’entraîner ici. Pour moi, c’est une grande expérience, je crois que j’ai progressé comme coach. Après les premiers six mois de la première saison, c’était difficile après le départ d’Ibrahimović et l’adaptation de l’équipe à moi. C’était difficile. Et après, je crois que l’équipe a toujours progressé. Nous avons fait du chemin. L’élimination de la Ligue des Champions la saison passée face au Barça fut difficile ».

« Le match aller était peut-être notre meilleur match à domicile. Perdre là-bas, c’était dur, mais c’était aussi une question d’arbitrage. Nous avons fait cette saison une bonne saison. C’est vrai aussi que l’élimination face au Real Madrid, c’était une défaite importante. Mais c’est peut-être l’équipe la plus forte en Europe. C’est pour ça que j’ai beaucoup parlé avec le Président et Antero, de cette patience, de ce chemin en Ligue des Champions, du processus et que petit à petit, les joueurs sont mieux préparés ».

Alors, quand Emery reçoit le trophée du meilleur entraîneur de Ligue 1 cette saison, il s’exprime. « Pour moi, c’était une très bonne expérience de connaître le foot français, connaître différents coaches en France, avec différentes idées. Je suis ici pour le PSG, et le remerciement le plus grand va au Président, Nasser, et à toutes les personnes qui travaillent à ce projet du PSG, qui l’aident à grandir, et à mon staff, aux personnes qui travaillent avec moi et au PSG, et aussi les joueurs. Ce trophée est pour le travail fait ensemble ».

On souhaite un bon vent à Unai Emery. La pression est maintenant sur les épaules de Thomas Tuchel.