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Parma : ombres et lumières

Parma : ombres et lumières

Jeudi 19 mars 2015, un véritable désastre s’abat sur Parma. La faillite est officielle. Son président passe par la case prison. Et de pensionnaire de Serie A, le club doit repartir en Serie D. Mai 2018, les Gialloblù sont à la lutte pour retrouver une place plus en adéquation avec son standing. A seulement trois matches du verdict, les Parmesans sont actuellement dauphin d’un Empoli déjà promu. Si tout se passe bien pour eux, ils concluraient l’exercice en cours par une nouvelle promotion. La troisième en trois ans. Un retour express dans le grand bain pour un club prestigieux, passé entre temps sous pavillon chinois. 

Par Nicolas Wagner– Twitter: @friulconnection

Trois coupes d’Italie, une supercoupe d’Italie, une coupe des coupes, deux coupes de l’UEFA et une supercoupe d’Europe, Parma est un poids lourd du foot transalpin. Avec une période faste dans les 90’s, Parme a longtemps essayé de concurrencer les mastodontes du foot italien. Peut-être trop. Après la faillite de Parmalat en 2003, principal soutien du club et propriété du président Tanzi, les Crociati ont connu une lente descente financière vers les abîmes de la Serie D. De retour au premier plan, les parmesans veulent retrouver leur lustre d’antan.

Un glorieux passé

Vous reprendrez bien une Coupe ? Avec huit trophées en tout genre dans les armoires du stade Ennio Tardini, Parme est une place forte du foot transalpin. Au début des années 80, comme dirait Akhénaton, le club d’Emilie-Romagne évolue en Serie C. Avec une seule participation à la Première Division en 1925/26, Parma a plus connu le deuxième et le troisième échelon nationale que l’élite.

Mais tout va changer sous l’impulsion de deux coaches novateurs. D’abord sous la houlette de Arrigo Sacchi. Puis avec Nevio Scala. Avant de connaître le succès avec le Grand Milan, Sacchi fait ses armes sur le banc des Ducali. Tout juste relégués, les parmesans remontent immédiatement en Serie B. Lors de la saison 1986/87, il tape dans l’oeil de Berlusconi. En effet lors des huitièmes de finale de la Coupe d’Italie, il élimine les Rossoneri en venant s’imposer au San Siro (0-1). Son jeu basé sur la défense en zone et un pressing agressif fait merveille. Après deux saisons, il rejoint donc le Milan.

Les années européennes

En 1989, Nevio Scala lui succède. Avant de rejoindre ses nouvelles couleurs, Scala vient de manquer de très peu la montée en Serie A avec la Reggina. Mais ce n’est que partie remise. Dès sa première année, il décroche la promotion en A. Ce n’est qu’un début. Pendant ses six ans de règne à la tête du club, Scala parvient à hisser Parma sur le toit de l’Italie grâce à sa victoire en Coupe d’Italie 1992 et européen grâce à sa victoire en Coupe des Coupes 1993, en Supercoupe d’Europe 1993 et en Coupe de l’UEFA 1995. Scala obtient également deux troisièmes places lors des éditions 1992/93 et 1994/95. La machine est lancée. Par la suite, le club ajoutera deux Coupes d’Italie (1998/99 et 2001/02), une Supercoupe d’Italie (1999/00) et une Coupe de l’UEFA (1999).

A l’époque, l’ambition des dirigeants du club est de placer Parme sur la carte d’Italie. Pour cela, ils veulent remporter le Scudetto. Et pour concrétiser ce souhait, de nombreux joueurs de renom vont porter le maillot parmesan. Voici une liste non exhaustive : Adriano, Matías Almeyda, Faustino Asprilla, Dino Baggio, Abel Balbo, Antonio Benarrivo, Alain Boghossian, Thomas Brolin, Gianluigi Buffon, Fabio Cannavaro, Enrico Chiesa, Fernando Couto, Hernán Crespo, Sébastien Frey, Diego Fuser, Filippo Inzaghi, Lorenzo Minotti, Néstor Sensini, Hristo Stoičkov, Claudio Taffarel, Lilian Thuram, Juan Sebastián Verón, Gianfranco Zola …

La faillite

C’est la folie des grandeurs. L’argent coule à flot pour rivaliser avec les cadors du championnat. La vache à lait se nomme Parmalat. Propriété des Tanzi, la firme industrielle spécialisée dans le lait et les produits laitiers fait faillite en 2003. C’est le début de la fin. En 2004, pour éviter une faillite du club, le Parma Football Club est créé. Cette restructuration permet de sortir du giron de Parmalat, criblée de dettes, de reprendre et de conserver tous les droits précédents afin d’éviter une rétrogradation chez les amateurs.

Malgré un passage furtif en B lors de la saison 2008/09, le  » nouveau  » club continue en Serie A pendant une décennie. Les résultats sont satisfaisants. Et lors de la saison 2013/14, ils accrochent même une qualification européenne. Néanmoins, l’UEFA exclut Parme de la compétition. Ces derniers n’ont pas réussi à obtenir la licence UEFA nécessaire pour y participer. A nouveau dans la tourmente financière, le club est déclaré en faillite le 19 mars 2015. Relégué en Serie B à l’issue de la saison 2014/15, la FIGC (Fédération Italienne) révoque son affiliation. L’incertitude gagne les tifosi. Leur équipe est dissoute.

La renaissance

Cependant, dès le 27 juillet 2015, la Società Sportiva Dilettantistica Parma Calcio 1913 reprend le flambeau. Un nouveau départ en Serie D. Avec deux montées consécutives, Parme est à présent de retour en Serie B. Actuellement second du classement, seuls Cesena, Bari et Spezia se dressent encore entre les Gialloblù et un retour en Serie A. Ce serait un retour express dans l’élite marqué par trois promotions successives.

Passé sous pavillon chinois (60% des parts du club) via le conglomérat chinois Desport et son nouveau président Jiang Lizhang, le Parma Calcio 1913 (nouvelle appellation depuis 2016) conserve un ancrage local. En effet, le consortium d’entrepreneurs locaux ayant acquis le club en 2015 après sa mise en faillite possède encore 30% des parts. Les 10% restants sont entre les mains de petits actionnaires : le Parma Partecipazioni Calcistiche.

Quel avenir ?

Le groupe Desport diversifie ses actions dans le monde du sport en général et du football en particulier. Ainsi en 2016, ils rachètent le club espagnol de Grenade (auparavant propriété de la famille Pozzo). Lizhang Jiang entre également dans le capital (5%) de la franchise NBA des Timberwolves de Minnesota. Mais aussi Desport acquiert les droits TV pour la Chine, et la période de 2018 à 2021, des compétitions UEFA contre un chèque de 400 M$. Cet accord inclut la couverture exclusive de la Ligue des Champions, de l’Europa League et de la Supercoupe d’Europe.

L’arrivée du groupe chinois permet de mettre un coup d’accélérateur au processus de redressement de Parme et de prétendre à de nouvelles ambitions. La présence d’un glorieux ancien dans l’organigramme, Hernán Crespo, aide les nouveaux investisseurs à conserver l’identité propre de cette équipe phare des années 90. Le retour des Crociati au premier plan ne peut être qu’une bonne nouvelle pour le football italien.