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Chelsea a le Blues

Chelsea a le Blues

Comme lors de l’exercice 2015/16, le Chelsea version 2017/18 n’a pas réussi à enchaîner après un nouveau sacre national. Antonio Conte, à l’instar de Mourinho en son temps, n’est pas parvenu à conserver les ingrédients de la réussite passée. A la décharge du technicien italien, son bilan est moins catastrophique que celui du portugais. Virtuellement qualifiés pour l’Europa League, les Blues ont encore un infime espoir de doubler leur voisin de Tottenham pour le dernier ticket qualificatif directement pour la Champion’s League. Et le club peut encore s’approprier sa huitième FA Cup contre le Manchester United de … José Mourinho. L’occasion pour Conte de clôturer son aventure anglaise sur une note moins amère. 

Par Nicolas Wagner– Twitter: @friulconnection

Antonio Conte va très certainement partir à la fin de la saison. Un retour en Italie est plus que probable. Mais avant de regouter à la Dolce Vita en Serie A, le technicien des Pouilles va tenter de partir avec le sentiment du devoir accompli. Il est toujours difficile de conserver sa couronne. Mais la saison des Blues n’est vraiment pas une franche réussite. Distancés en championnat, éliminés dès les huitièmes de finale de la Champion’s League, battus en demi-finale de la Carabao Cup par Arsenal, les londoniens vont concentrer leurs efforts sur la FA Cup. Retour sur l’exercice en cours et décryptage sur les possibles orientations futures.

Un mercato agité

Auréolé du titre de champion d’Angleterre 2017, produisant un football chatoyant alliant solidité défensive et folie offensive, Chelsea débute ce nouvel épisode de Premier League avec quelques certitudes. Des certitudes vite ébranlées par deux accrocs consécutifs lors du Community Shield contre Arsenal (1-1, 4-1 tab) et lors de la journée inaugurale de championnat contre Burnley (2-3). Pour rappel, les Clarets menaient 0-3 à la mi-temps.

Très vite, Antonio Conte laisse apparaître son mécontentement au sujet des renforts estivaux. Il insiste pour avoir plus de renforts. Pourtant, Chelsea a déjà déboursé 127M£ avec les achats de Rüdiger, Bakayoko et Morata. Mais surtout le transalpin regrette de ne pas avoir son mot à dire sur les cibles choisies et les départs.

 » Concernant les transferts, le club décide de tous les joueurs qui viennent ici. (…) Cette situation a été la même depuis l’été, pas seulement maintenant. (…) Mais malheureusement, je n’ai pas un grand impact sur le marché des transferts.  » Antonio Conte, propos relayés par frenchblues.fr

Voici deux exemples concrets illustrant bien sa frustration sur ce sujet. Conte voulait un buteur  » target man  » pour remplacer Diego Costa. Romelu Lukaku est le choix n°1. Malheureusement, après plusieurs semaines de négociations, le belge s’engage pour MU. L’autre cas concerne le milieu serbe Nemanja Matić. Joueur de l’ombre mais essentiel dans son dispositif, il est vendu à … Manchester United contre la volonté de Conte. Ces tergiversations au sommet du club amèneront au départ de Michael Emenalo, remplacé par Guy Laurence. Mais la véritable boss du sportif est Marina Granovskaia, conseillère de Abramovich et directrice générale du club.

Chelsea redresse la tête en s’imposant à Wembley contre les Spurs (contre le cours du jeu) en inscrivant deux buts sur leurs deux seuls tirs cadrés de l’après-midi. Pour satisfaire Conte et éteindre le début d’incendie, le board s’active. Et lors de la deadline day, Drinkwater et Zappacosta rejoignent le groupe. L’équipe reste invaincue jusqu’à la réception de City. Le champion en titre perd (0-1) contre le futur champion. Cette défaite fait mal aux coéquipiers de Eden Hazard. Pour preuve, lors de la journée suivante, ils se déplacent à Selhurst Park pour y affronter Crystal Palace. Les Eagles n’ont alors pas remporté le moindre match de championnat. Et pourtant, contre toute attente, ils s’imposent 2-1.

Le syndrome de la deuxième saison

Chelsea continue à faire illusion en championnat avec un bon run (11V, 4N et 1D) incluant la victoire contre le MU de Mourinho (1-0). Néanmoins, ils sont bougés par l’AS Roma lors de la double confrontation en phase de groupes de Champion’s League(3-3/3-0). D’ailleurs, ils ne terminent que deuxième de leur groupe. Un groupe très relevé avec également la présence de l’Atletico de Madrid. Hormis une défaite contre les Hammers au London Stadium (1-0), les Blues réussissent à se maintenir dans le wagon de tête de Premier League.

Finalement, Chelsea perd le rythme avec la nouvelle année avec des défaites contre des équipes modestes de la ligue (Bournemouth, Watford) mais également contre des concurrents directs aux places européennes (Manchester United, City et Tottenham). L’équipe retrouve le chemin du succès. Mais ce sont des victoires étriquées au scoresheet (2-3, 2-1, 0-1). Plusieurs éléments montrent bien les lacunes des Blues : pire attaque du Top 6 avec 60 buts, plus grand nombre de défaites du Top 5 (9), un meilleur buteur à 12 buts (Hazard), des recrues au rendement insuffisant. Autant de motifs d’insatisfactions pour le coach italien. Mais surtout la qualité de jeu offerte la saison dernière s’est envolée pour revenir irrégulièrement. Seulement par séquences, bien trop fugaces.

Avec le probable départ de Antonio Conte, Abramovich va se mettre en quête de son successeur. Ces derniers temps, le nom de Julian Nagelsmann revient avec insistance dans les médias. L’actuel coach de Hoffenheim, entraîneur de Budesliga de l’année 2017 à seulement 29 ans, a un profil atypique. Gravement blessé au genou à l’âge de 20 ans, il renonce à une carrière professionnelle. Très vite, il devient éducateur. En parallèle, il étudie à l’université. Après un cursus de quelques semestres en administration des affaires, il bifurque vers les Sciences du Sport.

Une consommation excessive d’entraîneurs

Son parcours est express. Après des débuts avec les équipes de jeunes de Augsbourg puis d’Hoffenheim, il prend en charge l’équipe première dès février 2016 suite aux problèmes de santé de Huub Stevens. Surnommé  » Mini-Mourinho  » par Tim Wiese (ancien gardien reconverti en catcheur), Nagelsmann parvient à terminer à la quatrième place du classement général de Bundesliga pour sa première saison complète sur le banc de la Rhein-Neckar-Arena. Qualifiés pour le tour préliminaire de Champion’s League, une première dans l’histoire du club, les Kraichgauer échouent face à Liverpool. Actuellement quatrième de la saison en cours, Nagelsmann pourrait rééditer l’exploit. Mais cette fois, ce serait un ticket direct pour les phases de poules.

Cependant, rien n’est bouclé. Et d’ailleurs si le jeune entraîneur germanique débarque à Londres, il lui faut savoir que la durée de vie d’un coach sur le banc de Chelsea est réduite, voire éphémère dans certains cas. Depuis sa prise de contrôle du club, le magnat russe a utilisé la bagatelle de onze entraîneurs en quinze ans de règne. Des noms célèbres se sont succédés comme (par ordre d’apparition) Claudio Ranieri (un an), José Mourinho (six ans en cumulé), Avram Grant (un an), Guus Hiddink (un an en cumulé), Luiz Felipe Scolari (huit mois), Carlo Ancelotti (deux ans), André Villas-Boas (neuf mois),Roberto Di Matteo (huit mois), Rafa Benitez (sept mois) et Antonio Conte (deux ans ?). Le voilà prévenu.

Fin de cycle, l’occasion d’intégrer les jeunes ?

Chelsea se confronte à un choix épineux. Certains membres de l’effectif vont quitter le club. La fin d’un cycle amorcée l’été dernier avec le départ de John Terry. A Londres depuis 2012, Eden Hazard devrait l’imiter. Le board possède plusieurs options. D’ailleurs, le choix de l’entraîneur découlera (en principe) de l’option choisie.

Parmi l’une des options, le profil d’un coach capable d’intégrer à l’effectif les jeunes de l’Acamédie de Chelsea pourrait être la bonne. Si peu de jeunes issus de la formation (Andreas Christensen et Ethan Ampadu) sont dans l’effectif actuel, cela devrait changer. Les récents succès des U19 en UEFA Youth League (l’équivalent de la Champion’s League pour les jeunes), FA Youth Cup et l’émergence de jeunes talents sont susceptibles de modifier la donne. De plus, certains joueurs prêtés comme Tammy Abraham, Ruben Loftus-Cheek, Mason Mount ou Kasey Palmer ont démontré avoir leur place dans l’effectif.

Le Chelsea de Conte a subi les affres du syndrome de la deuxième année. Un mercato agité, rendement en baisse, manque d’efficacité offensive ont été autant d’obstacles à la bonne saison des londoniens. Sur le départ, Antonio Conte pourra néanmoins soigner sa sortie en remportant la FA Cup contre son  » ami  » José Mourinho. L’occasion de laisser une bonne image au club avant la future mise en place d’un nouveau cycle ?