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Calcio : grandeur et décadence

Calcio : grandeur et décadence

Si la Roma est en demi-finale de Champion’s League, si le Napoli produit un football offensif et enthousiasmant, si la Juve est la locomotive du renouveau du Calcio, le reste du foot italien est en grande difficulté. Des difficultés apparues aux yeux du grand public avec la non qualification de la Nazionale pour le Mondial 2018 puis avec l’incapacité à réformer des institutions obsolètes, placées sous tutelle du CONI (Comité Olympique National Italien). Mais le mal est plus profond. L’instabilité économique engendre une véritable hécatombe parmi les clubs des divisions inférieures. Descentes, faillites, oublis et renaissances à la sauce italienne. 

Par Nicolas Wagner– Twitter: @friulconnection

Depuis 2011, pas moins de 53 clubs professionnels ont fait faillite. Et cela, uniquement en Lega Pro. La dernière victime en date se nomme Modena. Retour sur les fortunes diverses de 15 clubs de A à Z passés en Serie A qui cherchent à remonter la pente et à retrouver leur lustre d’antan.

A comme Avellino

Avellino a connu son heure de gloire à la fin des 70’s en atteignant l’élite. Pendant une décennie, les Irpini squattent le milieu de tableau. Les sudistes s’offrent même quelques victoires de prestige en battant des équipes de calibre supérieur comme la Juventus, l’Inter et le Milan. Les tifosi voient passer des joueurs tels que Andrea Carnevale, Ramón Díaz, le capitaine historique Adriano Lombardi ou encore Walter Schachner sous le maillot Biancoverde.

Mais, en 2009, le club alors en Serie B fait faillite. L’Avellino Calcio12 Società Sportiva Dilettantistica est créée et repart en Serie D. En seulement quatre ans, l’Associazione Sportiva Avellino 1912 (nouvelle dénomination depuis 2010) retrouve la Serie B, où ils évoluent encore cette saison.

C comme Catania

Après huit saisons parmi l’élite entre 2006 et 2014 ponctuées par les buts de Giuseppe Mascara et Alejandro « Papu » Gómez, les insulaires ont par la suite subi deux relégations successives. La première sportive, la seconde judiciaire. En effet, fin juin 2015, sept dirigeants dont le Président, le Directeur Général et l’ancien Directeur Sportif se font arrêter.

Accusés d’avoir acheté certains matches d’un championnat à peine conclu pour éviter la relégation, la sanction se confirme suite aux aveux complets de Antonino Pulvirenti (président). Le club est envoyé en Lega Pro avec 9 points de pénalité transformés en 10 à cause d’irrégularités administratives. Cette saison, Catania lutte pour la montée en Serie B.

C comme Cremonese

Après avoir connu une traversée du désert de 54 ans, la Cremonese retrouve la Serie A en 1984. Après avoir perdu son jeune buteur (Ginalucca Vialli) parti à la Samp, l’équipe avec Attilio Lombardo coachée par le récemment disparu Emiliano Mondonico redescend immédiatement. La suite est un éternel recommencement symbolisé par des montées en A mais également par des relégations immédiates en B. Pourtant, en février 1992, un but va entrer dans l’Histoire du championnat.

En effet, sur un coup franc, le portier Michelangelo Rampulla marque de la tête et devient le premier gardien à inscrire un but sur une action en Serie A. La suite est moins glorieuse. La Cremonese connait une descente vertigineuse passant de la Serie A à la Serie C en deux ans. Après 18 ans en troisième division entrecoupés par des passages furtifs en B, les Grigiorossi rejoignent durablement l’antichambre de l’élite jusqu’à ce jour.

F comme Foggia

Foggia est principalement connu grâce à Zdeněk Zeman. Au début des 90’s, le technicien tchèque met en place un 4-3-3 hyper offensif composé d’un trio historique : Signori, Rambaudi et Baiano. Après une montée en 1991, Foggia se classe au tableau d’honneur avec deux 9 ème places et une 11 ème place. L’Italie est charmée.

C’est la Zemanlandia. Mais le Bohème part pour rejoindre la Lazio. Le club descend. Pour le moment, sans jamais remonter. Victime d’une double faillite en 2004 et 2012, Foggia redémarre au plus bas. Ils stagnent en Serie C. Absent de la Serie B depuis 1998, le club retrouve enfin ce niveau cette année. Ils sont même aux portes des Play-Offs d’accession pour la A.

L comme Lecce

Située à l’extrême sud, dans le talon de la Botte, cette petite équipe des Pouilles connait son heure de gloire lors de la saison 1985/86. Après 77 ans d’existence, les sudistes atteignent enfin l’élite. C’est un one shot mais alors que l’équipe est déjà assurée d’évoluer en Serie B, ils privent l’AS Roma du Scudetto en battant la Magica à l’Olimpico (2-3). Cette victoire offre le titre à la Juve de Platini. Le monde du calcio connait désormais Lecce. Les Giallorossi font régulièrement l’ascenseur entre promotion en Serie A et rétrogradation en Serie B.

Des joueurs connus vont y passer comme Antonio Conte, Mazinho (champion du Monde 94, père de Thiago Alcántara et Rafinha), Valeri Bojinov, Ernesto Chevantón, David Di Michele ou encore Mirko Vučinić. A l’issue de la saison 2011/12, le club descend en Serie B mais est relégué ultérieurement en Lega Pro suite à l’affaire du Calcioscommesse. Depuis, le club devient la propriété de la famille Tesoro avec pour objectif de retourner en B. Bien installés en tête de son groupe, les Salentini peuvent atteindre cet objectif à la fin de la saison.

L comme Livorno

Réputée pour son port, la cité toscane l’est aussi pour sa tifoseria classée très à gauche. Fondé en 1915, le club alterne les passages de A en B jusqu’en C. Mais en 1991, Livorno rencontre de graves problèmes économiques. C’est la faillite. Le club se restructure. Les Amaranti grimpent les différents échelons pour atteindre l’élite et même l’Europe. Le trident offensif Cristiano Lucarelli, Tavano et Diamanti est le fer de lance de l’équipe.

Un autre joueur offensif a porté les couleurs pourpres. Il s’agit de Igor Protti. Buteur prolifique, son N°10 a été retiré de la liste des maillots. Cependant le joueur, lui même, a préféré le remettre dans le circuit pour permettre à des nouveaux talents de l’endosser. Finalement, le club retire définitivement le numéro 25. Maintenant en Lega Pro, et leader de son groupe, le club est bien parti pour retrouver la Serie B.

M comme Messina

L’histoire de Messina est jalonnée de divers problèmes financiers. En effet, à travers les décennies, les Siciliens ont subi plusieurs faillites et recréation du club. A chaque fois, Messina doit repartir de bas. Très bas. La dernière en date est vraiment récente. En effet, en 2017, suite à un défaut de caution, le club se fait exclure de la compétition (Lega Pro).

Après un énième changement de nom en Associazione Calcio Rilancio Messina Società Sportiva Dilettantistica, l’équipe recommence tout en Serie D. Déjà en 1941, 1993 et 2008, Messina avait connu les mêmes mésaventures. Leur dernier passage en Serie A date de 2004 à 2007. La première saison (2004/05), ils se classent même à la 7 ème place du classement. L’équipe se compose de Marco Storari, Salvatore Aronica, Gaetano D’Agostino, Nicola Amoruso ou Arturo Di Napoli. Une époque actuellement bien lointaine.

M comme Modena

Dernière victime en date de l’instabilité financière touchant le calcio, Modena se fait exclure du groupe B de la Serie C le 15 décembre dernier suite à la révocation de son affiliation à la FIGC. L’association sportive venait d’être déclarée en faillite peu avant. Pour le moment, le club romagnol fondé en 1912 attend une reprise par un groupe d’entrepreneurs locaux.

Avec 28 saisons passées en Serie A, dont une troisième place en 1946/47, les Canarini avaient connu une ultime expérience lors de la saison 2003/04. Le club formateur de l’attaquant italien Luca Toni (champion du Monde 2006) était devenu un pensionnaire régulier de la Serie B, avant sa relégation en Lega Pro en 2015/16. Leur avenir est encore très incertain.

P comme Parma

Avec un palmarès regroupant trois coupes d’Italie, une supercoupe d’Italie, une coupe des coupes, deux coupes de l’UEFA et une supercoupe d’Europe, Parma est un poids lourd du foot transalpin. Les Crociati connaissent leur essor à la fin des 80’s sous l’impulsion de plusieurs coaches novateurs comme Arrigo Sacchi ou Nevio Scala. C’est la folie des grandeurs. L’argent coule à flot pour rivaliser avec les cadors du championnat et décrocher le Scudetto. La vache à lait se nomme Parmalat. Propriété des Tanzi, la firme industrielle spécialisée dans le lait et les produits laitiers fait faillite en 2003.

C’est le début de la fin. Brillamment qualifié en Europe, Parme se fait exclure de l’Europa League 2014/15 pour ne pas avoir obtenu la licence UEFA. Puis en juillet 2015, le club est relégué en Serie B mais non enregistré pour la prochaine édition. L’association se déclare finalement en faillite le 19 mars. Création de la Società Sportiva Dilettantistica Parma Calcio 1913. Nouveau club, nouveau départ. En Serie D. Après deux montées consécutives, Parme est actuellement second du classement de Serie B et pourrait retrouver la Serie A. Passé sous pavillon chinois (60% des parts du club), le Parma Calcio 1913 (nouvelle appellation depuis 2016) semble en mesure de renouer avec son glorieux passé.

P comme Perugia

Ce club atypique a connu son âge d’or à la fin des années 90 avec plusieurs qualifications à la coupe Intertoto. Principalement connu pour ses recrutements exotiques, Perugia c’est le premier club européen de la star nippone : Hidetoshi Nakata ou … celui du fils Khadafi. Perugia, c’est aussi des personnages hors du commun comme Serse Cosmi ou Luciano Gaucci. Le fantasque président italien licencie son joueur Ahn Jung-hwan pour avoir marqué le golden goal éliminant l’Italie au Mondial 2002.

Perugia a également lancé dans le grand bain des jeunes italiens comme Marco Materazzi ou Fabio Grosso. Mais Perugia fait faillite début 2000, puis à nouveau en 2010. Reparti sur de bonnes bases, le club a retrouvé cette saison la Serie B après 9 ans d’absence. Dans le top 8 (6 ème), Perugia conserve encore une chance de connaitre une promotion en Serie A via les Play-Offs.

P comme Piacenza

Quel est le point commun entre les frères Inzaghi, Gilardino ou Dario Hübner ? Tous ces buteurs ont porté la tunique Biancorossa. Le vétéran frioulan Dario Hübner s’offre même le luxe de décrocher le titre de capocannoniere (ex æquo avec Trezegol) avec 24 buts … à l’âge de 35 ans. Déjà consacré en Serie B et C1, il est l’unique joueur (avec Igor Protti) à avoir remporté ce titre dans les trois divisions majeures italiennes. Pendant quelques années, Piacenza alterne les passages en Serie A et Serie B. Puis après un long passage dans l’antichambre de l’élite (8 saisons), les Lupi connaissent une faillite en 2012. Piacenza repart en Excellence (5 ème division). L’équipe se redresse petit à petit pour aujourd’hui évoluer en Lega Pro.

P comme Pro Vercelli

Ce club piémontais ne vous dit sans doute rien. Et c’est bien normal. Mais avec sept titres glanés entre 1908 et 1922, Pro Vercelli se classe au cinquième rang national à égalité avec Bologna et Torino et largement devant la Roma, le Napoli ou la Lazio. A votre décharge, le club est depuis très longtemps rentré dans le rang. En 2010, le club est même en quatrième division et suite à des problèmes financiers, fusionne avec la Pro Belvedere Vercelli pour former le Football Club Pro Vercelli 1892. Un choix payant. Après 64 ans d’absence, Vercelli retrouve la Serie B pour la première fois depuis … 1947. Malheureusement, bon dernier de la division, Vercelli va très certainement retrouver la Lega Pro l’année prochaine.

R comme Reggiana

Après un long intermède sans Serie A entre la fin des années 20 et le début des années 90, la société romagnole retrouve l’élite en 1993. Et pour ce come back, l’équipe s’appuie sur le portier brésilien Cláudio Taffarel (futur champion du Monde 94), sur Luigi Sartor, sur Massimiliano Esposito, sur le fuoriclasse portugais Paulo Futre et sur Michele Padovano. Deux ans plus tard, la Reggiana est en Serie B et vise une remontée immédiate. Pour cela, elle offre sa première expérience à un jeune entraîneur plein d’avenir, au passé doré de joueur, un certain … Carlo Ancelotti.

Objectif atteint avec une troisième position synonyme de Serie A. Ancelotti parti à Parma, le roumain Mircea Lucescu le remplace. Mais la Regia subit deux relégations successives. Puis en 2005, des irrégularités budgétaires plombent un peu plus l’horizon. En 2016, à l’instar d’autres clubs italiens passés sous pavillon étranger, Mike Piazza (ex star de la MLB, championnat US de baseball) prend la tête des Granata. Ils évoluent actuellement en Lega Pro (3 ème de son groupe).

R comme Reggina

Fondé en 1914, les Calabrais doivent patienter 85 ans avant de connaitre les joies de la Serie A. Après tant d’attente, les Amaranti s’éclatent pendant près d’une décennie. Avec Mazzarri sur le banc, des buteurs comme Nicola Amoruso, Rolando Bianchi, Emiliano Bonazzoli, Marco Borriello ou encore David Di Michele et des futures stars en devenir comme Andrea Pirlo (saison 1999/00), la Reggina réalise même l’exploit de se sauver lors de la saison 2006/07 malgré 11 points de pénalité dans l’affaire du Calciopoli. Finalement, les calabrais retrouvent la Serie B. Sur le fil du rasoir depuis des années, la justice déclare la faillite du club en 2016. Direction la Serie D puis la Lega Pro où l’équipe évolue cette saison. Actuellement 15 ème de son groupe, une relégation n’est pas encore totalement exclue.

V comme Vicenza

Dauphin de la Juve en 1977/78 avec Paolo Rossi (futur champion du Monde et Ballon d’Or 1982) comme fer de lance, Vicenza connait alors son apogée. Entré dans un anonymat de 20 ans, le club retrouve la lumière grâce à une épopée européenne en coupe des coupes avec Francesco Guidolin sur le banc. Finalement, ils s’inclinent en demi-finale contre les futurs vainqueurs de l’épreuve : les londoniens de Chelsea.

Vicenza est réputée pour avoir vu débuter un autre Ballon d’Or : Roberto Baggio. Avant de rejoindre la Fiorentina, Baggio se distingue avec une superbe saison 1984/85. Depuis 2001, le Lane a quitté l’élite. En un peu plus de 15 ans, l’équipe a connu une faillite, trois repêchages (en 2005, en 2012 et en 2014) et enfin une relégation en Lega Pro l’été dernier. Bon dernier du groupe B, une nouvelle descente est loin d’être irréaliste.