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Southampton : les Saints au purgatoire ?

Southampton : les Saints au purgatoire ?

Si la Premier League est le  » paradis « , les Saints de Southampton pourraient bien rejoindre  » l’enfer  » du Championship à la fin d’une saison particulièrement morose. Le club de la South Coast n’a enregistré que cinq succès en trente deux journées de championnat. L’effectif est de qualité avec la présence de bons joueurs dans chaque secteur de jeu. Mais Mauricio Pellegrino n’a jamais trouvé la bonne formule. L’Argentin est loin d’avoir connu la même réussite que son compatriote Mauricio Pochettino, passé sur le banc du St Mary’s Stadium entre janvier 2013 et mai 2014.

Par Nicolas Wagner– Twitter: @friulconnection

Face à l’incapacité de Pellegrino à redresser la barre, le chairman des Saints (Ralph Krueger) a appelé à la rescousse un ancien de la maison en la personne de Mark Hughes (1998/00). Pour l’instant, le changement d’entraîneur n’a pas eu d’impact sur les récents résultats. Mais le temps presse. Plus que six matches pour éviter aux Saints d’aller au purgatoire.

La mauvaise pioche

Après une saison 2016/17 mitigée (8 ème), le board de Southampton décide de se séparer du manager français Claude Puel, seulement un an après son arrivée dans le Sud de l’Angleterre. Pour lui succéder, les dirigeants optent pour Mauricio Pellegrino. En misant sur l’argentin, peut-être espèrent-ils rééditer le même succès connu par son prédécesseur et compatriote Mauricio Pochettino ? Le natif de Leones arrive avec un vrai projet de jeu. Fort de son expérience en Argentine et en Espagne, ses équipes sont solides en défense. Elles laissent peu d’espaces pour les formations adverses. Pragmatique, il se base sur une projection très rapide vers l’avant, souvent lors de contre-attaque. Il mise sur l’explosivité et l’intensité de ses joueurs. Ainsi lors de la conférence de presse à son arrivée, l’ancien joueur de Valencia déclare :

 » Je pense que ma philosophie et la culture du club vont bien fonctionner ensemble. Nous devons être une équipe sur et hors du terrain. Je veux rendre les supporters fiers des joueurs et faire partie du jeu chaque semaine. « 

Néanmoins, l’aventure anglaise de Pellegrino ne connait pas le même retentissement que celle du coach des Spurs. Première ombre au tableau, l’élimination précoce à domicile en Carabao Cup contre les Wolves, pensionnaires de Championship (0-2). Deuxième ombre au tableau, l’incapacité chronique à obtenir des résultats. Mis à part contre Palace (0-1), WBA (1-0) ou Everton (4-1, à l’époque complètement dépassés par la situation), Southampton n’a pas réussi à remporter le moindre succès. Pire, l’équipe enchaîne un long passage à vide de deux mois ponctué par sept nuls et cinq défaites.

Avec 50 buts encaissés pour seulement 31 inscrits, soit un total d’un but et demi encaissés et un peu moins d’un but par match, la balance est négative. Les Saints ont encaissé plus de buts que lors des quatre précédents exercices et également réalisé le moins de clean sheets (6). Seuls Stoke et Palace ont fait pire. La saga VVD et son départ inéluctable à Liverpool, l’adaptation compliquée de Hoedt à la PL et la baisse de niveau de certains cadres expliquent facilement ces errances défensives. Autres stats intéressantes pour illustrer les problèmes offensifs, Southampton se classe :

  •  7 ème avec 302 chances créées
  • 10 ème avec 388 tirs aux buts
  • 13 ème avec 31 buts
  • 18 ème avec un taux de conversion de 8%

Tous ces chiffres illustrent bien les difficultés rencontrées aussi bien défensivement qu’offensivement.

Troisième ombre au tableau, le spectacle footballistique proposé par l’équipe est mauvais, pour ne pas dire absent.

Un effectif talentueux

Pourtant, l’effectif est composé de bons joueurs. En défense nous pouvons citer la tour de contrôle néerlandaise Wesley Hoedt (1M92), le latéral droit portugais Cédric Soares champion d’Europe 2016 avec la Selecção, Ryan Bertrand latéral gauche expérimenté et formé à Chelsea. Au milieu nous trouvons des éléments tels que le vétéran Steven Davis, le talentueux James Ward-Prowse ou encore l’insaisissable Sofiane Boufal. Et en attaque, l’ailier serbe Dušan Tadić, le finisseur Charlie Austin ou encore l’élégant Manolo Gabbiadini sont chargés de faire trembler les filets adverses.

Malheureusement malgré cette addition de talents, pour l’instant, ni Pellegrino ni Hughes n’ont trouvé la formule. A la décharge des deux coaches, l’effectif a connu un nombre élevé de blessés depuis la reprise de la saison 2017/18. Ainsi Austin (cuisse), Bertrand (coup), Cédric (cheville), Davis (cuisse), Lemina (cheville), Long (lésion musculaire), Pied (coup) et Yoshida (genou) ont tous garni les rangs de l’infirmerie. Mark Hughes devra composer au mieux pour les six derniers matches de la saison afin de conserver leur place parmi l’élite.

La rançon de la gloire

Face aux bonnes prestations produites par le club lors des récentes saisons passées, Southampton a connu une vague d’exil assez forte. Grâce à une excellente politique sportive de recrutement, Soton mise sur des joueurs à fort potentiel avant de les revendre à prix d’or aux ténors de la ligue. Ainsi depuis la saison 2014/15, pas moins de treize joueurs majeurs de l’effectif sont partis rejoindre des formations plus huppées de Premier League. Soit l’équivalent d’un XI titulaire plus deux remplaçants. Composée de Calum Chambers, Nathaniel Clyne, José Fonte, Adam Lallana, Rickie Lambert, Dejan Lovren, Sadio Mané, Graziano Pellè, Jay Rodriguez, Luke Shaw, Morgan Schneiderlin, Virgil Van Dijk et Victor Wanyama, cette équipe aurait fière allure.

Tous ces mouvements ont (très) bien rempli les caisses du club. En effet, les différentes ventes ont rapporté la bagatelle de 350M€. Liverpool n’a pas hésité à débourser 205M€ pour récupérer plusieurs éléments dont Clyne (17.5 M€), Lallana (31 M€), Mané (41 M€), Lovren (25 M€) ou VVD (84.5 M€). Manchester United a aussi contribué à enrichir Soton avec Shaw (37.5 M€) et Schneiderlin (35 M€). Nous pouvons également noter les excellentes plus-values réalisées par le club comme pour Van Dijk ou et Mané, respectivement recrutés pour 15,5 M€ en 2015 et 23 M€ en 2014.

Cependant, malgré ses recettes faramineuses liées aux transferts auxquelles s’ajoutent des revenus importants issus des droits TV de la Premier League, Southampton ne s’est jamais enflammé sur le marché des transferts. Ainsi lors de ces deux dernières années, le board préfère investir raisonnablement sur plusieurs éléments. On pense à Mario Lemina (17 M€), Wesley Hoedt (16 M€) ou Sofiane Boufal (18,5 M€). Mais également à Manolo Gabbiadini (17 M€), Nathan Redmond (13,5 M€) ou encore Pierre-Emile Höjbjerg (15 M€).

L’Academy, institution des Saints

Si Southampton est réputé outre-Manche, il le doit beaucoup à son performant système de formation. A l’instar d’autres clubs anglais connus (Chelsea, Manchester United ou West Ham) pour la qualité de leur travail avec les jeunes, les Saints ont vu éclore plusieurs grands footballeurs sur les bords de la Manche. Ainsi par le passé, et avant la création de l’Academy, la formation de Southampton a produit de futurs internationaux anglais. C’est le cas de Mick Channon (meilleur buteur du club : 227 buts), Matthew Le Tissier. Ou encore de Terry Paine (recordman de capes avec 809 matches) et Alan Shearer.

Ensuite le développement de l’Academy a permis au club de mieux encadrer les jeunes. Actuellement, les joueurs sont pris en charge par des familles d’accueil de la région. Ces familles sont organisées et surveillées par l’agent de liaison familiale Ian Herding et son assistante. Dirigée par Matt Hale, le but est de former des joueurs pouvant évoluer en Premier League. Actuellement considérée comme l’une des meilleures du pays, l’Academy atteint régulièrement les dernières étapes de la FA Youth Cup. Elle joue les premiers rôles du championnat de la FA Premier Academy League.

Grâce au travail fourni par l’Academy, des joueurs prestigieux ont été récemment formés au club. C’est le cas de Wayne Bridge, Calum Chambers, Adam Lallana, Alex Oxlade-Chamberlain, Luke Shaw, Theo Walcott, James Ward-Prowse . Mais le plus prestigieux est sans conteste la star galloise du Real Madrid : Gareth Bale. Et voici les déclarations de Rod Ruddick (recruteur des Saints depuis 1985) recueillies par le magazine SoFoot :

« La première fois que j’ai vu Gareth Bale jouer, il devait avoir quelque chose comme huit ans. Je l’ai vu lors d’un tournoi de six contre six, au mois d’août, à Newport, dans la banlieue de Cardiff. Ce genre de tournoi, je peux y aller cent fois et ne rien trouver. Mais là, je vois ce garçon, rapide et gaucher. Gareth m’a comme sauté aux yeux. Il a toujours été bon techniquement, rapide. C’était un jeune homme très réservé. Je n’ai pas été surpris quand il a été élu meilleur joueur de Premier League en 2011. J’étais très heureux pour lui. À mon sens, il avait tout pour devenir un grand joueur au très haut niveau. »

Malgré sa mauvaise position en championnat (18 ème), les Saints sont encore en lice en FA Cup. Ils devront se frotter aux Blues de Chelsea pour décrocher leur ticket pour la finale à Wembley. Et en cas de succès, ce serait une première depuis 1976. Mais la priorité de Southampton reste le maintien. Samedi, ils entament leur mission sauvetage à domicile contre un Chelsea mal en point. Six matches pour sortir du Bottom 3, six matches pour conserver sa place en PL.