Share
Everton-Liverpool: friendly derby

Everton-Liverpool: friendly derby

Samedi à 13h30, un nouveau chapitre entre Everton et Liverpool va s’écrire sur la pelouse du Goodison Park. Appelé Merseyside Derby, par rapport à la fameuse rivière (Mersey) séparant la cité portuaire du nord ouest du pays, cette opposition est également surnommée malicieusement le Friendly Derby. En effet, si une vieille rivalité sépare les deux clubs de Liverpool, ce derby n’a pas la même dimension que l’affrontement entre Liverpool et Manchester United.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Les deux clubs coexistent, éloignés de seulement quelques centaines de mètres. Lors de ce Derby, il n’y a pas d’aspect religieux comme lors du Old Firm entre le Celtic et les Rangers, pas de suprématie sportive tant Liverpool a un palmarès plus conséquent que les Blues, pas de haine ni de violence entre supporters. Bref, pour ce 231 ème épisode (toutes compétitions confondues), les deux clubs de la ville vont s’affronter pour déterminer de quelle couleur sera Liverpool jusqu’au prochain derby. Juste pour le sport.

Les origines

L’histoire est connue par bon nombre de supporters des deux clubs. Cependant, nous allons faire une petite session de rattrapage pour bien replacer le contexte de ce Merseyside Derby. Fondé en 1878 sous l’appellation de St. Domingo Football Club, du nom de la paroisse située Breckfield Road North dans le quartier d’Everton, le futur club de football du même nom est d’abord uniquement ouvert aux membres de cette chapelle. En 1879, le nom évolue en Everton FC avec la participation des habitants du quartier n’appartenant pas à la congrégation aux activités du club.

A cette époque, Everton évolue à … Anfield.  En effet, une décision prise en 1882 oblige le club à jouer leurs matches sur un terrain clos. Plusieurs parties se sont disputées au Stanley Park, grand jardin public du quartier. Dans un premier temps, Everton atterrit au Priory Road. Mais que très brièvement. Finalement, le proprio leur demande de partir trouver un terrain ailleurs. Le choix se porte donc sur Anfield. Et ainsi le premier match de football dans cette enceinte mythique se déroule en septembre 1884 entre Everton et Earlestown (5-0).

Une histoire de stade

A Anfield, des tribunes sont érigées. L’affluence atteint 8 000 par match. Everton devient alors un membre fondateur de la Ligue de football en 1888. Cependant, un homme commence à agacer au club. Il s’agit de John Houlding. Ce businessman, futur maire de la ville en 1897, est conseiller municipal de Liverpool représentant le quartier Everton. Membre du board, il est également propriétaire du terrain d’Anfield. Et face aux succès, il décide d’augmenter le loyer du stade. Beaucoup de membres du club accusent Houlding d’essayer de faire de juteux profits aux dépens du club. En mars 1892, les 279 membres du club décident de quitter Anfield pour un nouveau terrain. Leur choix s’arrête sur le Goodison Park, de l’autre côté du parc Stanley.

Anfield se retrouve alors sans club résident. Houlding décide de fonder un nouveau club de football pour remplir son stade. Ainsi, l’Everton Athletic est créé. Mais la Football Association n’autorise pas cette dénomination, trop proche de celle de son voisin. En juin 1892, le club est donc rebaptisé Liverpool F.C.  Et en septembre 1892, le premier match des futurs Reds est une rencontre amicale contre Rotherham Town. La légende est lancée.

L’évolution

Malgré ce conflit amenant la naissance du Liverpool FC, les deux clubs de la ville ne sont pas dans l’opposition. De 1902 à 1932, ils partagent même le même programme de match. Cependant, pendant un certain laps de temps et malgré le fait qu’il n’y ait pas de clivages géographiques, politiques, sociaux ou religieux évidents comme dans d’autres derbies, un fossé s’est creusé en ville. Personne ne sait vraiment trop pourquoi, ni comment. Des études récentes semblent démontrer une probable corrélation avec l’allégeance politique.

Au cours des années 1950 et 1960, la politique de recrutement des deux rivaux divergent laissant penser à une influence religieuse. Ainsi Everton est étiqueté catholique. Notamment suite aux arrivées de joueurs irlandais renommés comme Tommy Eglington, Peter Farrell et Jimmy O’Neill mais également avec un nouveau manager Johnny Carey. Alors que Liverpool est plutôt considéré comme protestant. Le club ne recrute aucun catholique irlandais avant 1979 et la signature de Ronnie Whelan. Néanmoins, cet aspect religieux n’a jamais été considéré comme un facteur décisif pour soutenir tel ou tel club comme avec le Celtic et les Rangers. En fait, les deux équipes possèdent un fort soutien parmi plusieurs communautés religieuses diverses. Plus important encore, les clubs n’ont rien fait pour renforcer les éventuelles divisions sectaires. Cela vient sûrement du fait des origines partagées par les deux clubs.

Une proximité gênante

Contrairement à d’autres derbies locaux tels que ceux de Bristol, Birmingham et Stoke, où les clubs sont séparés par de longues distances à travers leurs villes, à Liverpool la violence entre Evertonians et Liverpudlians est rare. Cependant, suite à la catastrophe du Heysel, les relations entre supporters se sont tendues. Les fans d’Everton blâment les hooligans de Liverpool de donner une mauvaise image de la ville. Finalement, le désastre de Hillsborough va rapprocher les deux groupes de supporters. Rassemblés au Stanley Park situé entre les deux stades, les fans entrelacent leurs écharpes pour répondre à la Une nauséabonde du Sun, tabloid trash anglais mettant en cause (à tort) les supporters de Liverpool.

Plus récemment, en 2007, les deux clubs ont su s’unir après un fait divers (meurtre avec arme à feu) touchant un jeune supporter d’Everton âgé de 11 ans, Rhys Jones. Le Liverpool Football Club décide d’inviter les parents de la victime et son grand frère à Anfield pour un match de Ligue des Champions. Pour la première fois à Anfield résonne la musique sur laquelle les joueurs d’Everton entrent sur le terrain. La famille de la victime se tient sur le terrain avec des maillots et des foulards Blues. Une standing ovation a lieu avant que « You’ll Never Walk Alone » ne débute.

La réconciliation

En août 2012, les conclusions définitives de la catastrophe de Hillsborough blanchissent définitivement les fans de Liverpool. Lors de la réception de Newcastle United au Goodison Park, deux enfants portant des tuniques d’Everton et Liverpool floqué des numéros 9 et 6 sortent du tunnel avec les deux équipes. Le speaker lit les noms des 96 victimes, et l’on entend « He Ain’t Heavy, He’s My Brother » des The Hollies, avant une nouvelle standing ovation.

Voilà dans quel contexte les deux équipes de Liverpool vont s’affronter pour la 198 ème fois au sein de l’élite. Nous sommes bien devant un derby. Au sens le plus traditionnel du terme par la proximité géographique entre les deux clubs. Ici, point de rivalité territoriale exacerbée, point de déchirure religieuse ou politique. Il n’est d’ailleurs pas rare de voir les membres d’une même famille soutenir les deux équipes. Voilà pourquoi ce Merseyside Derby est un vrai Friendly Derby.