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Leonardo Bonucci : un retour sous le signe de l’émotion

Leonardo Bonucci : un retour sous le signe de l’émotion

Juillet 2017, au tout début de la période du mercato estival, un transfert va mettre en ébullition le monde du calcio. Quasiment à la surprise générale et après un septennat à Turin Leonardo Bonucci, défenseur international de 30 ans, pilier de la défense Juventina, opte pour le challenge milanais. Après avoir tant gagné avec la Vecchia Signora, Bonucci rejoint donc un Milan en pleine renaissance. Ce transfert, symbole de l’attractivité retrouvée et du renouveau financier, signe le retour au premier plan des Rossoneri. Si ce mouvement a surpris beaucoup de tifosi des deux camps, pourtant des signes avant-coureurs avaient émergé au fil de la saison dernière. Au Milan, Bonucci se voit confier le brassard et doit être le leader d’une équipe en pleine mutation. Cependant, les débuts ne sont pas très convaincants. L’équipe de Montella peine à trouver le bon rythme. Rino Gattuso est appelé à la rescousse d’un Milan loin de ses ambitions initiales. Le sanguin calabrais remet de l’ordre dans la Casa Milan. Et Bonucci retrouve de sa superbe. Ce retour en forme tombe bien avant d’aller rendre visite à son ancien club dans un match important pour les deux équipes et chargé émotionnellement pour Bonucci et ses ex-coéquipiers bianconeri. 

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Le départ

Pour bien comprendre le départ de Leo Bonucci au Milan lors de l’intersaison 2017/18, il faut faire un petit retour dans le temps. Un flashback de quelques mois en arrière. Nous voici en février 2017 au cours du match de Serie A opposant la Juventus à Palerme. La Juve mène 3-0 mais à la 70 ème minute, un incident intervient. Allegri décide de faire sortir Stefano Sturaro. Bonucci s’oppose à son coach. Il demande au banc de sortir plutôt Marchisio, très fatigué. Le technicien ignore son défenseur. Leo s’énerve. Le ton monte. Et Allegri lui hurle : « Mais tais-toi ! Tête de con ! Va te faire foutre ! » Quelques minutes plus tard, Allegri fait finalement sortir Marchisio, mais le mal est déjà fait. À la fin du match, Bonucci rentre aux vestiaires très contrarié et s’embrouille avec son entraîneur. Résultat, quatre jours plus tard, pour le huitième de finale aller de Ligue des champions face au FC Porto, Allegri envoie Bonucci en tribunes pour le punir. C’est le point de rupture de la relation entre les deux hommes. Pour le bien de l’équipe, l’intérêt général (re)prend le dessus sur les intérêts particuliers de chacun pour valider les objectifs du début de saison.

Nouveau flashback. Cette fois, nous repartons en juin 2017. La Juve est championne d’Italie pour la sixième fois consécutive, vainqueur de la Coppa Italia et peut s’offrir un triplé avec une nouvelle finale de Champion’s League, la deuxième en trois ans. Mais le Real Madrid étrille la Juve (4-1) après une seconde mi-temps catastrophique des turinois. Cette faillite collective a mis en tension un vestiaire jusque-là solidaire. Selon les échos de la presse italienne, de la Repubblica notamment, une violente dispute aurait éclaté à la mi-temps du match entre certains cadres. Bonucci serait encore impliqué. C’est le point de non retour. L’idée d’un nouveau challenge germe dans l’esprit de Leo. Mais les relations froides avec Allegri, de notoriété publique, seraient bien la raison numéro un de son départ. Maillon essentiel de la fameuse BBC, vainqueur de six Scudetti, trois Coupes d’Italie, trois Supercoupes d’Italie, et deux finales de Champion’s League, Bonucci clôture son aventure piémontaise longue de sept ans.

Les débuts

Bonucci arrive dans un Milan en pleine reconstruction. Les nouveaux propriétaires chinois sont ambitieux. Ils mettent des moyens pharaoniques pour renforcer l’équipe. Le mercato estival agite le club. Pas moins de dix renforts et plus de 200M€ sont investis (bonus compris) pour retrouver un Scudetto absent depuis 2011. Vincenzo Montella met en place un schéma tactique avec une défense à 3. Bonucci reprend son rôle de leader de la défense, de première rampe de lancement de son équipe comme avec la Juve ou la Nazionale. Mais le Milan peine à trouver son rythme. Et Bonucci est en difficulté. A l’instar de l’équipe, ses prestations sont en demi-teinte. Les mauvais résultats condamnent Montella. Gattuso est appelé pour mettre fin à la bérézina. Le club est alors 7 ème du classement. Loin, très loin des ambitions d’Europe et de titre des nouveaux patrons.

Si Gattuso poursuit un temps avec la défense à 3, il change rapidement de système pour mettre en place une défense à 4 avec un binôme Bonucci-Romagnoli. Un mix entre expérience et jeunesse. Et paradoxalement, alors que Bonucci a bâti sa réputation en évoluant au sein de la fameuse BBC, il retrouve ses sensations dans cette charnière à deux. Actuellement, le Milan reste sur une très bonne série d’invincibilité de 10 matches en championnat, qualifié pour la finale de la Coppa Italia où ils retrouveront la … Juventus.

Son retour

Mais avant de disputer ce trophée à ses anciens coéquipiers, Bonucci doit les retrouver sur leur pelouse dans le cadre de la 30 ème journée de championnat. Une rencontre forcément particulière pour lui, dans un club où il a grandi, où il a rencontré le succès et où il a laissé tant d’amis comme il le déclare dans la presse :

« Après sept années passées à la Juve, où j’ai gagné tant de trophées mais également personnellement, ça ne pourra qu’être un match différent des autres que j’ai joué ou que je jouerai. Ces années resteront toujours dans mon cœur et dans ma tête, elles m’ont permis de devenir celui que je suis maintenant. Je verrai tant de personnes qui m’apprécient. Ce sera particulier émotionnellement ».

Quand nous évoquons le passage de Bonucci à la Juve, il est presque impossible de ne pas penser à la BBC. Considérée comme la meilleure défense du Monde par certains spécialistes, ce trio composé de Barzagli, Bonucci et Chiellini sans oublier Gigi Buffon dans les buts a écœuré bon nombre d’attaquants de Serie A, d’Europe et même du monde avec la Nazionale.

Chaque joueur avait son rôle. Barzagli et Chiellini étaient plus dans le duel physique, Bonucci était en couverture et premier relanceur de l’équipe avec ses ouvertures ciselées en direction de l’attaque. La BBC dégageait une impression d’osmose, une certaine forme de chorégraphie défensive où les trois membres coulissaient pour bloquer le moindre espace. Pendant un septennat, la BBC a imposé sa loi sur le calcio.

La Nazionale

Avec la retraite internationale de Barzagli suite au fiasco suédois, Chiellini et Bonucci sont les deux derniers membres de la BBC encore en activité à endosser la tunique azzurra. Avec ses 33 ans, Chiellini ne représente plus l’avenir de la Nazionale. Seul rescapé du trio à avoir encore un avenir international Bonucci, capitaine à Wembley en l’absence de Buffon, va devoir assumer la transition générationnelle sur les ruines de la BBC. Déjà associé en club avec Romagnoli (23 ans), le natif de Viterbe a également côtoyé un autre jeune défenseur d’avenir : Daniele Rugani. Son ancien coéquipier à la Juve fait aussi parti des joueurs susceptibles de reprendre le flambeau, à l’instar de Mattia Caldara (futur juventino). En pleine reconstruction, le futur nouveau sélectionneur italien s’appuiera sans doute sur le trentenaire du Milan pour encadrer cette nouvelle génération prometteuse mais encore en phase d’apprentissage.

Leonardo Bonucci va donc retrouver l’Allianz Stadium quelques mois après avoir quitter la Juve pour le Milan. Ce match sera forcément intense en émotion pour l’ancien quaterback de la défense turinoise mais également pour ses anciens coéquipiers avec lesquels tant de succès ont été partagé. Un septennat ne s’efface pas comme cela. Si le Milan n’est pas dans la course au Scudetto, une qualification en Champion’s League est toujours (mathématiquement) possible. Est-ce que nous allons assister au fameux Gol del ex ? Réponse samedi en clôture de cette 30 ème journée avant le weekend pascal.