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Crystal Palace : piège de cristal ?

Crystal Palace : piège de cristal ?

Pour leur 112 ème année d’existence, le club du sud de Londres connait une saison assez compliquée. Après avoir vu se succéder sur le banc Alan Pardew puis Sam Allardyce lors de la saison précédente, le board a voulu changer de politique en confiant les clés à un manager plus jeune. Le choix s’est porté sur Frank de Boer. Malgré une belle expérience avec l’Ajax Amsterdam, le coach Batave a réédité son fiasco milanais dans la capitale britannique. Avec quatre défaites consécutives sans inscrire le moindre but, le début d’exercice de Palace n’a pas démarré sous les meilleurs auspices. Exit de Boer. Et après avoir sorti Big Sam de son placard, le chairman Steve Parish a réagi en enlevant Roy Hodgson des jobs centers anglais. L’ancien sélectionneur de la Three Lions, éliminée par l’Islande, a repris le flambeau d’une équipe en fin de classement. Si pendant un temps Palace a redressé la barre, le spectre de la relégation est plus que jamais d’actualité. 

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Une saison plombée par un début raté

Quatorzième lors du précédent exercice, les Eagles ont très mal débuté la saison 2017/18. Lors de la journée inaugurale de Premier League, le technicien avait mis en place un ambitieux schéma tactique en 3-4-2-1 animé par Ruben Loftus-Cheek et Wilfried Zaha en soutien de Christian Benteke. Malgré une possession supérieure, un plus grand nombres de passes (391/303) et de tirs (14/8), Palace a subi un premier revers surprise (0-3) au Selhurst Park contre le promu Huddersfield. Mis à part lors de la deuxième journée avec un déplacement périlleux à Anfield (1-0), Palace commence par des équipes abordables.

Et malheureusement, les futurs coéquipiers de Mamadou Sakho (arrivé lors du deadline day) enchaînent les défaites (vs Swansea 0-2, vs Burnley 1-0). L’éclaircie offerte par la qualification en seizièmes de finale de Carabao Cup contre Ipswich (2-1) n’a pas d’impact sur la décision irrémédiable du board de remplacer l’ancien défenseur international des Pays-Bas par l’ancien sélectionneur anglais dès la mi-septembre. L’effet Roy Hodgson n’est pas suffisant pour inverser la spirale négative dans laquelle les Glaziers se trouvent.

Le calendrier n’est également pas un allié de circonstance. La double confrontation contre les clubs mancuniens se conclut par deux lourdes défaites (5-0/4-0). Cependant un match va enfin lancer la saison de Palace. Alors qu’une nouvelle défaite se profile à l’horizon avec la réception du champion en titre : Chelsea, les joueurs d’Hodgson produisent une prestation de qualité. Ils ouvrent enfin leur compteur en championnat (2-1). Et même si tout ne s’est pas amélioré dans le jeu, Crystal Palace trouve de la cohérence. Cela se traduit par une série vertueuse entre fin octobre et début février. Lors de cette période, l’équipe remonte la pente grâce à cinq victoires, neufs nuls et seulement trois défaites. D’ailleurs, les chiffres parlent d’eux mêmes : avec 19 buts encaissés dont 4 cleansheets pour 22 buts inscrits, Palace montre un autre visage. A titre de comparaison, lors des neufs premières journées ils avaient concédés 17 buts pour seulement 2 petits buts marqués. Néanmoins, une nouvelle série de quatre défaites consécutives replonge le club vers la zone de relégation. La réception de Liverpool s’annonce à haut risque. Une nouvelle défaite propulserait un peu plus les Eagles vers le tourbillon du Championship.

Un rayon de soleil nommé Zaha

Au milieu de cette saison assez difficile pour Palace, un joueur ressort du lot dans l’effectif actuel : Wilfried Zaha. Élément important, l’Ivoirien est un des maillons forts du club. Le bilan comptable de l’équipe avec Zaha dans le XI est de 7 victoires, 9 nuls et 6 défaites, avec 4 buts et 3 passes décisives pour l’ailier. Par contre, lorsque ce dernier est absent (blessures répétitives au genou) toutes les rencontres disputées ont été perdues. Le constat est sans appel. L’équipe n’est pas la même avec ou sans leur percutant dribbleur.

Cette situation est parfaitement analysée par son coéquipier Andros Townsend aux médias britanniques :

«C’est un joueur incroyable pour nous. Nous avons tous vu les statistiques sur ce qui se passe quand il n’est pas dans l’équipe. Nous devons le garder en forme si nous voulons rester en vie en Championnat»

Les bonnes stats de Zaha s’explique facilement. Le jeune homme de 25 ans évolue dans un environnement propice à son épanouissement. Il connait parfaitement le club. En effet, après être arrivé avec ses parents en Grande Bretagne à l’âge de quatre ans, il intègre le centre de formation de Palace dès ses 10 ans. Étiqueté grand espoir national dès son plus jeune âge, Wilfried est rapidement dans les radars des clubs du Big 4. Sa carrière connait une ascension irrésistible.

  • avril 2010 : premier contrat pro
  • mars 2012 : jeune joueur de l’année
  • novembre 2012 : première sélection avec l’équipe nationale anglaise
  • janvier 2013 : transfert à Manchester United

Il termine son année avec Palace et ne rejoint United qu’à la fin de la saison 2012/13. Mais, alors âgé de 21 ans, Zaha ne parvient pas à s’imposer dans l’effectif mancunien. Il bégaye son football. C’est le premier coup d’arrêt dans sa carrière. Très rapidement, un prêt à Cardiff intervient pour le relancer. A l’issue de son expérience galloise, les Red Devils l’envoient se refaire la cerise au bercail. Zaha retourne à Londres. Il ne le sait pas encore mais il ne reportera plus jamais la fameuse tunique rouge. Le bilan est famélique : deux petites apparitions en championnat, une en League Cup et une au Community Shield. Avec beaucoup moins de pression sur les épaules et dans un environnement familier, Zaha redore son blason. Il retrouve ses qualités de technique, de dribbles, de percution balle au pied. Il enchaîne les bonnes saisons. Il joue beaucoup (122 matches en 3 ans et demi). Après avoir porté le maillot de la Three Lions, il opte finalement pour celui des Éléphants de la Côte d’Ivoire, lui le natif d’Abidjan. L’avenir en Premier League de Crystal Palace dépendra, en grande partie, de la bonne forme de leur ailier formé au club.

Aux portes de la relégation, les Eagles ont sept matches pour inverser la tendance d’une saison mal débutée et mal embarquée. Pour cela, le club fondé par les ouvriers du Crystal Palace, ce grand palais d’expositions construit pour abriter l’expo universelle de 1851 puis démonté et reconstruit dans le quartier actuel abritant les Glaziers, devra s’appuyer sur ses valeurs fortes comme Wilfried Zaha. Et après le fiasco de l’Euro 2016, Roy Hodgson aura aussi à cœur d’éviter de porter sur ses épaules un nouveau revers d’envergure.