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Bordeaux : prochain club Français dans la cour des grands ?

Bordeaux : prochain club Français dans la cour des grands ?

Le PSG, Monaco, Marseille, Nice, ou encore Lille, les clubs Français plaisent de plus en plus aux investisseurs étrangers ces dernières années. Avec des aboutissements plus ou moins positifs, le rachat d’un club n’est pas gage de résultats immédiats. Alors doit-on se réjouir à l’idée que les Girondins de Bordeaux se fassent racheter par un Américain ? Le club a t-il les moyens de passer dans une autre dimension ? Décryptage.

Par Théophile Rémon

Un club historique du championnat de France, un stade flambant neuf, des supporters actifs, Bordeaux semble être un club prêt à accueillir un projet de rachat dans les meilleurs conditions. Réussite immédiate comme à Paris ou Monaco, sur le long terme comme à Marseille ou Nice ou échec avec le cas Lillois ? Tour d’horizon de tous les aspects à prendre en compte.

Club historique

Bordeaux est un club ancré dans le paysage footballistique Français depuis de nombreuses années. Crée en 1881, c’est un des clubs les plus anciens de France. Cette équipe a connu des fortunes diverses. Très réguliers au haut niveau, les Girondins n’ont plus connu la seconde division depuis la saison 1991/1992. Le club est notamment la troisième équipe Française de première division toutes saisons confondues, et la deuxième en terme de matches disputés en Coupe d’Europe.

Il a vu passé de grands noms : Alain Giresse, Eric Cantona, Deschamps, Papin, Zidane, Pauleta, Gourcuff,… et tutoyé de près les sommets européens (quart de finaliste en Ligue des Champions en 2010 et demi-finaliste en 1985, finaliste de la Coupe de l’UEFA en 1996,…). Bordeaux, malgré des saisons plus ou moins réussies, reste une identité forte du paysage footballistique Français. De par son Histoire, il reste un club connu et reconnu, notamment sur la scène européenne. Ajouté à ça la notoriété internationale de la ville, notamment avec le rayonnement de la région grâce au vin, Bordeaux semble disposer d’avantages certains.

Des résultats mitigés

Mais il est vrai que ces dernières saisons, le club a eu du mal à s’inviter à la table des clubs Français présents en Coupe d’Europe. On pense notamment à l’élimination prématurée au troisième tour préliminaire de l’Europa League cet été contre la modeste équipe Hongroise de Videoton. Alors que manque-t-il aux Girondins pour retrouver leur allant passé ? De l’ambition ? Des moyens financiers ? Un centre de formation performant ? Difficile à dire, mais sûrement un ensemble de tous ces éléments. Actuellement, Bordeaux occupe la onzième place de Ligue 1, avec 37 points. Ce classement est à l’image du club, qui alterne entre le bon et le moins bon, et qui peine à se montrer régulier. À huit points de Rennes, cinquième, mais aussi à huit points de Troyes, 18ème et barragiste.

Les Marines et Blancs sont capables du meilleur, avec des victoires retentissantes comme celle survenue contre Lyon fin janvier, comme du pire, avec une terrible série de six défaites consécutives en décembre 2017, ponctuée par une élimination début janvier en 32èmes de finale de la Coupe de France par Granville, club Normand de National 2. Il reste huit matches aux Bordelais pour tenter de grappiller des points en cette fin de saison. Quatre matches contre des équipes de bas de tableau (Guingamp, Lille, Toulouse et Metz), trois contre des équipes de niveau semblable (Dijon, Saint-Etienne et Montpellier) où il y aura un bon coup à jouer, et enfin un match plus compliqué contre le PSG. À Bordeaux de se faire violence pour aller chercher une place européenne.

Des joueurs de qualité

Pourtant l’effectif de Bordeaux n’a rien à envier aux équipes comme Marseille ou Lyon. Notamment sur le plan offensif. Avec de jeunes joueurs, le club se place sur l’avenir, mais il faut être patient, et ne pas céder aux tentations des transferts. On pense notamment aux deux joueurs de 21 ans : l’ailier droit Brésilien Malcom, qui a montré de grandes choses cette saison, ou encore Kamano, son penchant côté gauche. Une équipe se construit avec le temps. Les Girondins se montrent également habiles en terme de recrutement. De Préville, Costil, Otávio, Sabaly, Paul Baysse, ces joueurs de qualité pourraient incarner le futur du club, et souligner ses ambitions.

De plus, les arrivées en prêts cet hiver de Braithwaite (valeur sure en Ligue 1), et de Meité (jeune talent Monégasque), prouvent que le club reste attractif. Avec une moyenne d’age de 24,8 ans sur les dix joueurs les plus utilisés cette saison (en minutes), le club est bien équilibré entre expérience (Costil, Sankharé,…) et jeunesse (Malcom, Kamanao, Otávio,…). De plus, depuis l’arrivée du nouveau coach, Gustavo Poyet, Bordeaux a un bilan plutôt positif avec quatre victoires, deux nuls et trois défaites. Les Girondins ont donc des arguments à faire valoir.

Ouvert aux discussions de rachat

Il est clair que la place de onzième en Ligue 1, ainsi que l’absence de trophées ces dernières années (Coupe de France en 2013) ne correspond pas au statut d’un club comme Bordeaux. Certes bien structuré et aux finances saines, le FCGB ne peut suivre la cadence de la concurrence du PSG, de Monaco ou de l’OM, notamment sur le plan financier. Alors oui, Bordeaux ne le cache plus, le club a bien été approché par plusieurs investisseurs, notamment Américains, intéressés par un éventuel rachat du club, ainsi que du du stade Matmut Atlantique (propriété de la ville). Nicolas de Tavernost, Président du directoire de M6, et propriétaire du FCGB depuis 19 ans s’est exprimé.

« Je ne vous cache pas qu’il y a des discussions comme il y en a eu les années précédentes. On regarde ça très sereinement. Il y a des gens qui s’intéressent à Bordeaux et c’est une bonne chose. Mais la première chose qu’on va regarder c’est la sécurité et l’avenir du club. Beaucoup de clubs français ont été repris, et il y a eu une grande déception de la reprise. On ne lâchera pas l’affaire pour n’importe qui. Est-ce que les gens qui s’intéressent à Bordeaux s’intéressent à l’avenir durable du club pour le faire progresser ? C’est sur quoi porte l’essentiel de nos discussions. Si c’est le cas, l’affaire pourra se faire. Si ce n’est pas le cas, nous resterons à 100 % propriétaires des Girondins ».

Pour céder son club, l’actionnaire majoritaire des Girondins réclamerait pas moins de 70 millions d’euros. Le nouveau propriétaire devra également assumer jusqu’en 2045 le loyer annuel du stade de 3,85 millions d’euros. A moins d’acheter le stade.

Qui sont ces potentiels acheteurs ?

Joseph DaGrosa

Le premier profil à être intéressé par le rachat est un homme d’affaires Américain de 53 ans. Il se nomme Joseph DaGrosa, et dirige la société intitulée 1848 Capital Partners. Fonds d’investissement de Miami, l’entreprise s’était notamment développée (via la création d’une franchise intitulée Heartland Food Corp) en rachetant des Burger King en situation de dépôt de bilan. Avec plus de 240 acquisitions en trois ans, la franchise, devenue la deuxième plus grosse des Etats-Unis, fut vendue à GSO Capital Partners. Aujourd’hui, 1848 Capital Partners évolue dans de multiples secteurs (télécommunications, laboratoires, aéronautique,…).

Elle dirige 41 sociétés, dont deux dans le foot, créées l’été dernier (GACP Soccer Holding et GACP Premier Soccer Partners). Joseph DaGrosa a donc déjà réfléchi à la question de l’investissement dans le foot. Cela pourrait être une porte d’entrée pour se développer en France, dans d’autres secteurs. L’homme d’affaires a été aperçu aux côtés du Président Bordelais au Matmut Atlantique le 25 février dernier lors de Bordeaux-Nice. L’achat de l’enceinte sportive (estimée à 210 millions d’euros), propriété de la ville, peut se montrer déterminant dans les négociations.

Philip Anschutz

Le second investisseur n’est autre que l’actuel propriétaire des Los Angeles Galaxy, et des Lakers, la fameuse équipe de NBA. L’homme d’affaires, âgé de 78 ans, est la 31ème fortune des Etats-Unis. Il a notamment prospéré dans les chemins de fer et le pétrole. Via sa société Anschutz Entertainment Group, il possède également des parts dans d’autres structures sportives. Le club de foot Suédois d’Hammarby, le club de hockey des Kings de Los Angeles et aussi en Major League (championnat de base-ball). C’est un très gros investisseur, qui a montré par le passé son sérieux et sa connaissance du milieu sportif.

Deux opportunités comme celles-ci, qui arrivent en même temps sur le bureau de Nicolas de Tavernost, hasard ou stratégie commerciale ? Quoiqu’il en soit, le Président va peser le pour et le contre, mais ces deux projets semblent être sérieux. L’affaire n’est pas nouvelle et aurait même commencée dès le début de l’année. A tel point que plusieurs éléments des discussions seraient déjà à l’étude. Les négociations sont en cours et pourraient aboutir pour la deuxième quinzaine d’avril, voire début mai.

L’adjoint au maire de Bordeaux s’est exprimé sur ce sujet. « Les Girondins de Bordeaux, c’est le patrimoine de la ville, du département et même de la région. Nous sommes forcément attentifs à ce qui peut se passer dans la cession du club et du stade. Mais on fait confiance à Nicolas de Tavernost pour mener ça à bien ». On attend avec impatience le dénouement de ce feuilleton.