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Fulham-QPR : en immersion à Craven Cottage

Fulham-QPR : en immersion à Craven Cottage

Cette semaine, l’équipe de la rédaction ZoneMixte vous propose une immersion en Championship. La Premier League vampirise beaucoup l’attention des médias. Cependant, la seconde division anglaise attire également les foules. Nous vous emmenons donc dans un stade mythique en Angleterre : Craven Cottage. L’antre de Fulham, situé en bord de la Thames est très original. Enceinte british par excellence avec ses tribunes toutes proches du terrain, nous y retrouvons une ambiance d’un autre temps avec ses tourniquets trop étroits, sa fameuse façade victorienne en briques rouges, son pignon triangulaire historique au sommet de la Johnny Haynes Stand (l’un des rares existant sur les terres britanniques) avec ses fameux sièges en bois mais également un petit bâtiment atypique appelé Cottage Pavilion. En ce samedi midi, coup d’envoi à 12h30, Craven Cottage s’est rempli (23347) pour un derby du West London entre le club local et les Queens Park Rangers, rival et voisin basé à Shepherd’s Bush dans le quartier d’Hammersmith et … Fulham. Un vrai derby disputé sous la neige et dans un froid polaire. Et malgré les conditions météos difficiles, nous avons assisté à un bon match entre une équipe bien placée pour la montée et une autre dans le ventre mou mais animée d’une réelle volonté d’offrir ce match à ses nombreux supporters. 

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Craven Cottage

Situé dans le quartier assez huppé de Hammersmith et Fulham, le stade est un monument classé enclavé entre le Parc Bishop et la Thames. Avant de devenir l’enceinte sportive du club de Fulham en 1896, l’endroit est d’abord pour avoir été un Cottage construit en 1780 par William Craven, 6 ème Baron Craven. Détruit par le feu en 1888, ce pavillon de campagne est habité par Edward Bulwer-Lytton auteur des Derniers Jours de Pompéi. Selon des rumeurs des fans de Fulham, le Cottage aurait abrité de nombreuses personnalités comme Sir Arthur Conan Doyle ou même la Reine Victoria mais aucune preuve ne peut étayer cela. Avant de s’installer définitivement à Craven Cottage, Fulham va connaitre pas moins de douze terrains successifs dont un passage à Loftus Road, stade de QPR.

 

 

 

 

 

Pour y parvenir, nous suivons la foule. Nous traversons les rues où sont alignées les maisons chics au style traditionnel britannique avec bow-window, petit jardinet et Range Rover garés devant. Après quelques minutes de marche, nous arrivons enfin dans la Stevenage Road. La foule est dense. Les supporters arrivent par petit groupe en scandant des chants d’encouragements. L’ambiance est déjà assez prenante. Nous sommes pourtant à quelques minutes du coup d’envoi. La superbe façade victorienne en brique rouge se dresse face à nous. Cette façade ressemble à un bâtiment classique. Si nous ne savions pas qu’il y a un stade derrière, nous pourrions croire à une ancienne manufacture. L’illusion est parfaite. Plus loin se dresse la statue de Johnny Haynes, gloire locale et détenteur du plus grand de matches (657) et de buts (201) du club. Son nom est d’ailleurs celui de la tribune.

 

 

 

 

 

Nous entrons dans le stade en utilisant les tourniquets traditionnels des anciens stades anglais. Très (trop) étroits, il faut vraiment se contorsionner pour accéder enfin à l’intérieur. Vestiges d’un autre temps, ces petits passages sont pourtant équipés de lecteurs numériques modernes. Nous passons devant le Cottage Pavilion. Ce petit bâtiment, coincé entre la Johnny Hayes Stand et Putney End, date de 1905. C’est un rajout du concepteur du stade : l’architecte Archibald Leitch. En effet, ce dernier avait oublié d’inclure des vestiaires dans ses plans originaux. L’erreur est réparée avec ce Cottage. Orné de petites tribunes, il accueille les familles des joueurs.

 

Adossé au parc Bishop, Putney End possède la spécificité de voir une partie de sa tribune réservée aux supporters neutres dénommée affectueusement Little Switzerland. Autorisée par la FA, cette partie de la tribune est unique en Angleterre. Nous prenons donc place dans cette partie de Putney End. Nous sommes très bien placés, seulement à quelques mètres du terrain. De l’autre côté, sont massés en nombre les fans de QPR. Et ils sont vraiment en forme, entonnant chants sur chants. A 12H30, le match débute.

Fulham-QPR

Avant le début du match, les deux équipes restent sur une bonne dynamique. Fulham lutte pour se rapprocher de la seconde place afin d’obtenir le ticket direct pour la Premier League. Les Rangers, eux, sont englués dans le ventre mou de la ligue (15 ème/24) sans plus aucun espoir d’accrocher les Playoffs ni sans aucune peur de relégation.

Les locaux prennent rapidement la direction des opérations. Mieux entrés dans le match, ils imposent une attaque/défense aux visiteurs. Les occasions sur le but de Smithies se succèdent. Les Whites ont le monopole du ballon. La possession de balle atteint 72/28 à la fin de la première période. L’écossais Cairney débloque le score en signant un très beau but d’une frappe du gauche placée dans le petit filet aux abords de la surface à la suite d’une belle action individuelle (1-0). Puis sur une des rares occasions des visiteurs, le milieu polonais Pawel Wszolek réchauffe Bettinelli obligeant le portier londonien à une parade après une frappe cadrée lointaine mais pas assez appuyée pour inquiéter le gardien. Sur un débordement de Fredericks, bien lancé par Johansen, le centre en retrait (l’arme absolue) du latéral droit arrive jusqu’à Sessegnon dans la boite après un contrôle raté de Mitrović. L’international anglais U21 pivote et glisse en retrait pour Lucas Piazon. Le Brésilien prêté par Chelsea convertit l’offrande d’une frappe centrale (2-0). Mais, même malgré deux buts de retard, QPR ne s’avoue pas vaincu. Deux minutes après le second but de Fulham, suite à un coup franc axial mais lointain, le milieu australien Massimo Luongo marque un joli but (de l’espoir) d’une frappe du gauche en pivot après une remise aérienne de Smith. L’arbitre renvoie tout le monde aux vestiaires. La première période est remportée par les locaux mais le but concédé dans le temps additionnel nuit à la bonne performance des Whites.

 

Malheureusement pour Fulham, la seconde période ne ressemble plus du tout à la précédente. Les joueurs de Jokanovic n’arrive plus à ressortir le ballon de leur camp. A l’opposé, QPR parait transformé. Les occasions se multiplient devant leurs supporters. Ces derniers, atones à 2-0, ont repris des couleurs poussant de plus en plus leurs favoris à recoller au score. A la suite d’une ouverture en profondeur mal contrôlée par Manning, le ballon arrive sur Smith. Le buteur est bizarrement laissé seul par la charnière centrale mais bute sur le gardien bien venu à sa rencontre, après un contrôle de trop (?). Sur un centre en retrait de Smyth, le ballon repris par Washington est miraculeusement contré par Odoi. Puis Smyth place une tête sans puissance directement dans les bras du gardien. Nous commençons à penser que QPR va regretter les occasions manquées. Mais une énorme boulette du défenseur central belge Odoi va relancer les Hoops.  Sur une action anodine, et alors qu’il est seul à 40 mètres de son but, Odoi tergiverse, glisse. Wszolek en profite pour lui piquer le ballon et égalise de près en ajustant Bettinelli. La partie de Putney End réservée aux fans de QPR exulte. Plus rien ne sera marqué. Finalement chaque équipe a eu sa mi-temps. Le résultat nul est donc totalement logique.

Avec ce nul, Fulham perd une bonne occasion de mettre la pression sur Cardiff (2 nd) mais signe une série de seize matches invaincus en championnat (12V et 4N, un record pour les Cottagers. QPR prive leurs rivaux d’un succès précieux après une première mi-temps difficile. Ce match a été l’occasion d’assister à un beau derby londonien, de voir en action un jeune joueur prometteur et destiné à une superbe carrière (Ryan Sessegnon) et plonger dans l’atmosphère vintage du Craven Cottage. Preuve qu’il y a aussi autre chose que l’omnipotente Premier League en Angleterre.