Share
Venezia FC : Pippo Inzaghi à la relance

Venezia FC : Pippo Inzaghi à la relance

La Sérénissime, ville mondialement connue et capitale de l’ancienne richissime République de Venise, n’est pas réputée pour son club de football. Pourtant le projet du président, l’avocat américain Joe Tacopina, se veut ambitieux. Après avoir vécu une courte aventure à Bologne (voir notre précédent article sur ce club) Tacopina prend la tête du club en octobre 2015. Il nomme alors l’expérimenté Giorgio Perinetti comme DS. Puis quelques mois plus tard, Super Pippo sur le banc. Pour sa seconde expérience sur un banc en tant que coach principal, Filippo Inzaghi s’est refait la cerise après son échec milanais, loin de la surmédiatisation de l’AC Milan. Avec un retour en Serie B pour la première fois depuis douze ans, seulement deux ans après la faillite et une relégation en Serie D, l’équipe dirigée par l’ancien serial buteur est actuellement bien positionnée (6 ème, zone des playoffs) pour espérer attraper le dernier strapontin en direction de la Serie A. Ce serait une première depuis 16 ans. Et un retour par la grande porte pour un entraîneur, assez décrié lors de sa première saison en poste.  

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Son parcours 

Après la fin de son immense carrière de joueur (3 titres de champion d’Italie, 2 Champion’s League et 1 Coupe du Monde), Filippo Inzaghi décide de suivre les pas de son cadet : Simone, alors déjà retraité et jeune entraîneur des équipes de jeunes de la Lazio. Pour débuter, il prend lui aussi en charge les Allievi Nazionali (U17) du Milan pour la saison 2012/13. En parallèle, dès décembre 2012, il commence à Coverciano son cursus pour obtenir son diplôme d’entraîneur pro. Il parvient à atteindre les phases finales de la catégorie mais perd en demi-finale contre Empoli. La saison suivante (2013/14), il monte de catégorie en devenant le coach de la Primavera (U19). Il connait le succès en remportant le Tournoi de Viareggio.

Son parcours avec les catégories de jeunes lui vaut une nomination à la tête de l’équipe première du Milan. Il succède ainsi à un autre ancien du club : Clarence Seedorf. Le Batave est arrivé en janvier 2014 en remplacement de Massimiliano Allegri. Si son bilan comptable n’est pas mauvais, le meilleur entre 2013 et 2016, Seedorf échoue à se qualifier pour une place européenne (8 ème place). Pour la première fois depuis la saison 1998/99, le Milan ne jouera pas de Coupe d’Europe.

Pour sa première expérience pro, Inzaghi arrive donc avec la pression de ramener le Milan dans une compétition continentale. Le tout avec un investissement quasi nul sur le marché des transferts composé de joueurs en fin de contrat ou en prêt comme Alex, Pablo Armero, Diego LópezJérémy MenezFernando Torres ou encore Marco van Ginkel. Le seul véritable achat intervient le dernier jour du mercato avec l’arrivée de Giacomo Bonavertura en provenance de l’Atalanta pour 7M€. Tout se passe bien pour le néophyte jusqu’à la 15 ème journée de championnat. Ensuite intervient le premier trou d’air avec une série de cinq matches sans victoire. Alors qu’il se trouvait dans le top 6, cette période d’insuccès plonge le club dans la seconde partie de tableau. Puis vers la 30 ème journée malgré deux victoires consécutives, les Rossoneri font à nouveau du surplace (2N et 3D). Cette série plombe les derniers espoirs. Le Milan se classe finalement à la 10 ème place, loin des accessits européens. Inzaghi est licencié alors qu’il lui reste encore une année de contrat.

Aussitôt, Filippo Inzaghi rebondit et se relance en Lega Pro avec l’ambitieux promu vénitien de Joe Tacopina. Dans le groupe B, où se trouvent d’anciens pensionnaires de Serie A comme Ancona, Modena, PadovaParma ou la Reggiana, Inzaghi accroche immédiatement le bon wagon. A la tête d’un groupe composé de joueurs expérimentés comme Bentivoglio (32 ans, ex-Chievo), Domizzi (36 ans, ex-Udinese) ou Geijo (35 ans, ex-Udinese), Venezia est d’abord embusqué dans le groupe de tête. Puis l’équipe s’empare de la place de leader au soir de la 18 ème journée. Ils finissent ensuite par un cavalier seul jusqu’à la 38 ème journée et valident leur ticket pour la Serie B, après douze ans d’absence dans cette division. Ils remportent également la Coppa Italia Lega Pro, compétition réservée aux seuls clubs (60 participants) de cette division. Il s’agit du premier sacre pour Venezia dans cette coupe.

Cette saison

L’équipe, à nouveau promue, s’est encore renforcée d’éléments expérimentés comme Siniša Anđelković (ex-Palermo), Cristiano Del Grosso (ex-Atalanta) ou de Gianmarco Zigoni (ex-SPAL) mais aussi de jeunes joueurs en quête de temps de jeu comme Emil Audero (prêté par la Juventus). Comme la saison dernière, l’équipe perd peu et elle est solide à domicile. Dans son vieux stade Pier Luigi Penzo, faisant face au Lido, elle n’a concédé que deux revers. Elle ne cède que peu de buts (26) à ses adversaires, soit la seconde meilleure défense du championnat. Mais contrairement à l’exercice précédent, l’attaque semble éprouver quelques difficultés à faire trembler les filets (35).

Après un début correct, l’équipe a connu une longue période sans victoire concédant cinq nuls et deux défaites entre la mi-novembre et le début de l’année 2018. Depuis la nouvelle année, la dynamique s’est inversée avec quatre victoires pour deux nuls et aucun revers. L’équipe s’est replacée dans la zone de playoffs, à seulement cinq points de leur voisin de Cittadella actuellement 3 ème du classement. Demain, ils reçoivent le mal classé Ascoli. L’occasion de prendre des points nécessaires pour entretenir l’espoir d’une possible troisième montée consécutive, à l’instar d’un Benevento.

Historique

La grande époque du club se situe dans les 40’s avec l’émergence d’une génération dorée incarnée par Ezio Loik et Valentino Mazzola, capitaine et symbole du Grande Torino, géniteur du génial Sandro Mazzola et tous deux membres de la Nazionale. Lors de cette période, Venezia remporte la Coupe d’Italie en 1941 et réussit à se classer sur le podium (3ème) de la Serie A (groupe unique), meilleur classement jamais atteint par l’équipe.

Le club a passé la majeure partie de son histoire en Serie B (40 participations) puis s’est partagé également entre les montées en Serie A (23 participations) et les descentes en Lega Pro (23). L’une des autres bonnes périodes du club se situe à la fin des années 90. A cette époque le club évolue en Serie A, l’entraîneur se nomme Walter Novellino et peut compter sur un duo prolifique pour guider son attaque : Filippo Maniero et Álvaro Recoba.

Les deux arrivent de Milan. Le premier arrive de l’AC Milan et le second de l’Inter. Ensemble, ils vont réussir à sauver le club d’une relégation certaine en signant au total 23 buts (11 pour l’Uruguayen en 19 rencontres et 12 pour l’Italien). Recoba ne reste que six mois à Venise. Il passera une décennie sous le maillot nerazzurro marquant de merveilleux buts de sa patte gauche soyeuse. Malheureusement pour lui, entre concurrence et blessures à répétition, il ne peut montrer l’étendue de son talent qu’avec parcimonie. Maniero fera un bail de trois saisons avec les Arancio avant de poursuivre sa carrière à Palermo. Le temps pour lui de se classer à la seconde place (54 buts) des meilleurs buteurs du club derrière Francesco Pernigo (70), autre star de la fameuse équipe des années 40.

Super Pippo travaille dans la sérénité de la Sérénissime, loin du tumulte milanais de sa première saison en tant que coach. Il fait ses armes, son propre chemin. A son rythme. Bien placé pour disputer les playoffs, cependant ce ne serait pas un drame si Venezia ne parvenait pas à prendre l’ascenseur pour l’élite. Le club vient d’être promu. Il y a seulement deux saisons, il venait de faire faillite et repartait à zéro en Serie D. En attendant, Inzaghi apprend son nouveau métier. Nul doute qu’il aura une autre chance de démontrer ses capacités parmi l’élite. Avec Venezia ou ailleurs.