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Premier League : mais où sont passés les coachs anglais ?

Premier League : mais où sont passés les coachs anglais ?

L’Angleterre a souvent suscité la convoitise au cours des siècles passés. De nombreux conquérants ont voulu l’envahir. Et hormis Guillaume le Conquérant, tous ont échoué. De César en passant par Napoléon, la Perfide Albion a toujours su repousser l’envahisseur. Mais à l’heure du Brexit, il existe pourtant un domaine où les étrangers font la loi en Angleterre. Vous l’aurez facilement deviné, il s’agit du football. Mais pas question de se focaliser sur les joueurs pourtant massivement présents en Premier League, nous voulons plutôt montrer l’omniprésence des techniciens étrangers grâce à une statistique complètement dingue. Depuis la création de la nouvelle formule du championnat d’Angleterre fin mai 1992, aucun entraîneur anglais n’a remporté le titre de champion. Le dernier coach a avoir porté son équipe (Leeds United) sur la plus haute marche du podium se nomme Howard Wilkinson (photo). C’était il y a 26 ans. Une éternité. Pire. Au fil des années, la présence des techniciens étrangers s’est accrue pour atteindre 75% cette saison. Un tsunami pas prêt de s’interrompre puisque les rares anglais à exercer occupent des postes ne leur permettant pas de mettre un terme à cette longue spirale. Explications.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Le Dernier des Mohicans

Avant d’entamer sa métamorphose pour devenir l’un des championnats majeurs européens, la Premier League se dénommait First Division. En son sein évoluait en majorité des entraîneurs anglais et du Royaume-Uni. Ainsi en 1991/92, lors de la dernière saison avant la refondation du championnat, avec le jeu des changements d’entraîneurs en cours d’année 20 anglais, 3 écossais, 2 gallois et 1 irlandais se sont succédés sur les différents bancs de vingt-deux clubs de  la ligue. Aucun coach en provenance du continent n’avait franchi le Channel.

Il ne le sait pas encore mais Howard Wilkinson, manager des Peacocks et futur champion d’Angleterre 1992, sera le dernier coach anglais à décrocher le titre. D’ailleurs ce sera son bâton de Maréchal. Lors de cette saison, la timbale est remportée par Leeds United. Il s’agit du troisième titre pour le club du Yorkshire. Le premier depuis près de vingt ans (1973/74). Quatrième lors de la saison précédente, Leeds s’adjuge le titre et devance son éternel rival : Manchester United. Avec seulement quatre défaites au compteur et aucune à Elland Road, la saison est quasi parfaite. L’équipe est alors composée de joueurs expérimentés comme Lee Chapman, Gary McAllister ou encore Gordon Strachan mais également de jeunes joueurs en devenir comme David Batty, Gary Kelly ou Gary Speed.

L’effectif est complété en février par un joueur français fantasque, avec une réputation de Bad Boy et débarquant en Angleterre suite à une lourde suspension en France. D’ailleurs dans un premier temps, ce joueur décide de mettre un terme à sa carrière à l’âge de 25 ans avant de revenir sur sa décision et de choisir l’exil sportif. Après un essai non fructueux d’une semaine à Sheffield Wednesday, lassé par les tergiversations des dirigeants des Owls, il s’engage avec Leeds. Vous l’avez déjà tous reconnu, il s’agit bien sûr d’Eric Cantona. Le français ne tarde pas à démontrer toutes ses qualités. Même si Canto ne trouve le chemin des filets qu’à trois reprises, il joue un rôle primordial dans l’obtention du titre en alimentant régulièrement Lee Chapman

Une arrivée massive 

Comme dans les pubs pour Weight Watchers, il y a un avant et un après. Vous l’aurez compris, l’avant est la période incluant le titre de 1992. L’après est la période post-arrêt Bosman. Pour bien comprendre, voici un résumé de cette décision judiciaire bouleversant le football (et le sport professionnel) en Europe. Été 1990, Jean-Marc Bosman (milieu offensif belge) évolue au RFC de Liège. Refusant une baisse de salaire de 75%, il ne prolonge pas son contrat avec son club. Libre, il opte pour l’US Dunkerque (Ligue 2). Cependant, le club belge bloque son départ réclamant une indemnité de transfert aux français. S’estimant lésé, le joueur entame donc une procédure judiciaire à l’encontre du RFC de Liège. Après cinq années d’attente (pendant lesquelles le joueur est devenu un paria), la Cour de justice des Communautés européennes lui donne raison, estimant les règlements de l’UEFA contraire à l’article 48 du traité de Rome, sur la libre circulation des travailleurs entre États membres. Dorénavant, les joueurs sont libres en fin de contrat et les clubs peuvent engager autant de joueurs ressortissants de l’Union Européenne qu’ils veulent.

Les premiers managers étrangers affluent donc à partir de la saison 1996/97. Les pionniers se nomment Arsène Wenger et Ruud Gullit. L’Alsacien prend en charge Arsenal en provenance de Nagoya Grampus Eight. La Tulipe Noire est nommée entraîneur-joueur de Chelsea, devenant le premier Néerlandais à entraîner en Premier League. L’arrivée et la présence de managers étrangers (hors îles Britanniques) au sein de la ligue ont eu pour conséquence de donner une connotation continentale au jeu des équipes anglaises avec également un travail tactique plus important, délaissant le traditionnel (et basique) kick and rush. L’intensité, le rythme et l’engagement physique sont restés des éléments incontournables des matches de Premier League.

Au fil des saisons se sont succéder sur les bancs anglais (liste non exhaustive) : Gianluca Vialli (Chelsea), Christian Gross (Tottenham), Gérard Houiller (Liverpool/Aston Villa), Ruud Gullit (Newcastle), Claudio Ranieri (Chelsea/Leicester), Jean Tigana (Fulham), José Mourinho (Chelsea/Man United), Rafa Benitez (Liverpool/Chelsea/Newcastle), Jacques Santini (Tottenham), Alain Perrin (Portsmouth), Martin Jol (Tottenham/Fulham), Sven-Göran Eriksson (Man City), Juande Ramos (Tottenham), Guus Hiddink (Chelsea), Gianfranco Zola (West Ham), Carlo Ancelotti (Chelsea), Roberto Mancini (Man City), Avram Grant (Portsmouth/Chelsea/West Ham), Roberto Martínez (Wigan/Everton), Roberto Di Matteo (Chelsea), Mauricio Pochettino (Southampton/Tottenham), Paolo Di Canio (Sunderland), Michael Laudrup (Swansea), André Villas-Boas (Tottenham/Chelsea), Ole Gunnar Solskjær (Cardiff), Felix Magath (Fulham), Manuel Pellegrini (Man City), Gus Poyet (Sunderland), Pepe Mel (WBA), René Meulensteen (Fulham), Louis van Gaal (Man United), Ronald Koeman (Southampton/Everton), Dick Advocaat (Sunderland), Rémi Garde (Aston Villa), Jürgen Klopp (Liverpool), Francesco Guidolin (Swansea), Quique Sánchez Flores (Watford), Slaven Bilić (West Ham), Antonio Conte (Chelsea), Marco Silva (Hull), Pep Guardiola (Man City), Claude Puel (Southampton/Leicester), Walter Mazzari (Watford), David Wagner (Huddersfield), Carlos Carvalhal (Swansea) et Javi Gracia (Watford).

La saison dernière, le meilleur coach anglais fut Eddie Howe, arrivé à la 9ème place de la Premier League avec Bournemouth. Depuis 1992, seuls Ron Atkinson en 1993 avec Aston Villa et Kevin Keegan en 1996 avec Newcastle ont réussi à terminer à la 2ème place (on exclut Brian Kidd qui n’officia que deux matches sur le banc de Manchester City , 2ème en 2013). Pire encore, la dernière fois qu’un coach anglais a terminé dans le top four, ce fut Harry Redknapp en 2012 avec Tottenham. Et ce n’est pas cette saison que cela va changer puisqu’actuellement le « meilleur » club entraîné par un coach anglais (Sean Dyche) est Burnley, qui pointe à la 7ème place.

La Three Lions impactée

Mais si les conséquences sont favorables pour certains clubs avec des succès tant nationaux que continentaux, elles le sont moins pour la sélection. Après plusieurs échecs avec des managers du cru (Glenn Hoddle 1996/99, Kevin Keegan 1999/00 puis plus tard Steve McClaren 2006/07) la FA a également cédé à la tendance. Dès janvier 2001, le suédois Sven-Göran Eriksson devient le premier sélectionneur étranger à diriger l’équipe nationale anglaise. Si son bilan comptable lui est favorable avec 40 victoires contre 10 défaites en 67 matches lors de ses cinq années de règne, il échoue à trois reprises à parvenir dans le dernier carré lors des compétitions internationales en 2002, 2004 et 2006.

Fabio Capello, malgré un palmarès XXL et une solide expérience managériale, ne parvient pas à briser le mauvais sort s’acharnant sur la Three Lions depuis leur sacre de 1966. En dépit d’une superbe campagne de qualification pour la Coupe du Monde 2010, l’Angleterre sort de la compétition Sud-Africaine dès les huitièmes de finale s’inclinant lourdement (4-1) face à l’Allemagne, match marqué par le Ghost Goal de Franck Lampard but non accordé par le trio arbitral (pas de Goal Line Technology à l’époque). Finalement, Capello démissionne suite à la non qualification de l’Angleterre à l’Euro 2012.

Suite à ces deux expériences malheureuses, la FA a décidé de redonner les clés de la sélection à des techniciens locaux. Sans plus de succès. Si Roy Hodgson parvient à se qualifier pour la Coupe du Monde 2014 et l’Euro 2016, ces deux compétitions sont un cuisant échec. D’ailleurs, il reste associé à la défaite surprise contre … la modeste Islande. En 2016, Gareth Southgate succède au très éphémère Sam Alladyce. Il aura la lourde tâche d’être compétitif à la prochaine édition internationale en Russie. Une présence dans le dernier carré serait déjà considérée une victoire.

La présence de managers étrangers sur tous les bancs des clubs du Big Four (Guardiola, Mourinho, Klopp et Conte pour reprendre le classement actuel) n’incite pas à l’optimisme de voir un coach anglais inscrire son nom palmarès et succéder ainsi à Wilkinson. Que ce soit Allardyce, Dyche, Hodgson, Howe ou Pardew (pour différentes raisons), aucun ne semble en mesure d’inverser cette suprématie venue d’outre-Manche. Et cela pourrait durer encore quelques années.