Share
Napoli : All in sur le championnat

Napoli : All in sur le championnat

Jeudi soir, malgré une belle victoire 0-2 sur le terrain du RB Leipzig dans l’est de l’Allemagne, le Napoli avec une équipe remaniée est sorti de l’Europa League dès les seizièmes de finale. Les Partenopei avaient hypothéqué la qualification lors du match aller concédant une défaite 1-3 au San Paolo. Lors de ces rencontres, et même si le technicien n’avait pas caché son manque d’intérêt pour la compétition européenne, les choix de Sarri ont surpris quelques observateurs avec les absences de Allan, Insigne, Jorginho, Mertens et Rui (aller) puis de Callejon, Hysaj, Jorginho et Koulibaly (retour) dans son XI titulaire. Un turn-over inhabituel pour le technicien campagnol. En effet, Sarri est plutôt du genre conservateur en Serie A. Il s’appuie sur un groupe de treize, quatorze joueurs pour établir ses compositions. L’objectif de cette saison est clairement de tout miser sur le championnat pour enfin remporter le Scudetto attendu par toute une ville depuis 1990. Mais ce manque de rotation est-il un choix délibéré ou une nécessité imposée par un effectif plus limité que celui de son principal concurrent pour le titre : la Juventus ? 

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

La quête du Graal

L’objectif prioritaire de Sarri, et par conséquent du Napoli, est de ramener le Scudetto au pied du Vésuve. Dans un premier temps, pour remporter un titre qui leur échappe depuis près de trois décennies. Et dans un second, qui serait la cerise sur le gâteau, pour mettre un terme à l’hégémonie bianconera, sextuple vainqueur (série en cours) et qui rentrerait encore plus dans l’Histoire du calcio en obtenant un septième titre consécutif. Ce nouveau record serait alors vraiment très dur à battre.

Pour mettre à bien ce projet, Maurizio Sarri semble avoir décidé de jeter toutes les forces vives de son effectif dans le mano a mano engagée avec la Juve. D’abord, plusieurs équipes ont tenu le rythme effréné engagé par les deux clubs puis finalement, et tour à tour, les principaux rivaux tels que l’Inter de Spalletti, la Lazio d’Inzaghi ou encore la Roma de Di Francesco ont flanché pour laisser le champ libre à ce duel de haut vol.

Et pour le moment, cela réussit au Napoli. Leader incontesté avec déjà un total de point vertigineux (66 points), les Partenopei n’ont concédé qu’une seule défaite (0-1) contre … la Vecchia Signora sur un but de Pipita Higuain, histoire d’être encore un peu plus détesté par les tifosi napolitains. Si les deux équipes maintiennent leur rythme de croisière jusque là, le match retour à l’Allianz Stadium prévu lors du weekend du 22 avril prochain devrait être déterminant pour l’obtention du titre.

Cependant depuis le début de la saison, nous avons déjà pu constater une certaine différence entre les deux groupes en tête du championnat. Bien évidemment, la Juve possède un budget supérieur au Napoli avec un effectif calibré pour jouer sur plusieurs tableaux, composé de nombreux internationaux et de joueurs de classe mondiale. Mais pour l’instant si les joueurs du Sud de l’Italie rivalisent avec les Nordistes du Piémont, c’est en partie parce que leur entraîneur priorise le championnat aux dépens des autres compétitions dans lesquelles le club est engagé.

L’effectif napolitain

Composé de 25 joueurs professionnels, l’effectif napolitain forme un groupe est homogène sans réelle star du foot mondial avec des joueurs confirmés (Albiol, Allan, Callejon, Jorginho ou Reina), des jeunes à fort potentiel (Diawara, Hysaj, Milik, Ounas, Rog ou Zieliński), des fuoriclasse (Hamšík, Insigne), un joueur inclassable (Mertens) et un vétéran (Maggio). La grande force de cette équipe est la force collective dégagée avec une forte implication de chaque élément. Des éléments, qui bien souvent, ont dépassé leur niveau supposé pour atteindre des sommets. Quand le Napoli évolue sur le terrain, c’est une mécanique de précision. Tout est réglé au millimètre. Un vrai régal à l’image du but inscrit par le lutin belge contre la Lazio (4-1) à la suite d’un mouvement collectif magique, amorcé au milieu du terrain suivi d’une série de passes en une touche d’une fluidité remarquable et remarquablement conclu.

Sarri s’appuie essentiellement sur le même groupe depuis le début de la saison. Traditionnellement, le XI se compose de Reina dans les buts, de Raúl Albiol et Koulibaly dans l’axe, Hysaj et Ghoulam sur les côtés, Allan-Jorginho-Hamsik au milieu et Callejon-Mertens-Insigne pour le trio d’attaque. Cependant le Napoli souffre d’un réel déficit de profondeur de banc dans son effectif. Si Marco Rui supplée parfaitement la longue absence du latéral gauche algérien, certains postes ne semblent pas aussi bien doublés. En effet, quelques joueurs comptent peu de temps de jeu malgré les 37 rencontres déjà disputées depuis le début de la saison 2017/18 par l’équipe.

Dans le groupe, les cas de Chiriches, Diawara, Maggio, Ounas ou Tonelli interpellent. Ce sont les joueurs les moins utilisés en championnat par Sarri. Par exemple, Lorenzo Tonelli n’a été titularisé qu’à une seule et unique reprise cette saison en Serie A. Ancien pilier de la défense d’Empoli, le Toscan de 28 ans n’a jamais réussi à bousculer la hiérarchie établie. La gestion du cas Ounas est assez différente mais frustrante pour certains fans. Sarri prend son temps avec le jeune ailier de 21 ans. L’ancien bordelais doit digérer son transfert, sa première expérience à l’étranger, dans un championnat réputé plus tactique que la Ligue 1, le tout dans une équipe bien huilée. Et même si l’algérien est capable de fulgurances, il doit gagner en régularité. Pour l’instant, tout le monde tire dans le même sens malgré certaines disparités en terme de minutes jouées.

Et en dépit de cette faible rotation, l’effectif n’est pas trop handicapée par les blessures. Même si Milik et Ghoulam sont encore indisponibles suite à des lourdes blessures (ruptures du LCA pour chacun d’entre eux puis fracture de la rotule pour l’ex-Stéphanois), actuellement il n’y a qu’un seul autre joueur (Chiriches) à l’infirmerie pour un soucis musculaire à la cuisse.

Conséquences

Nous l’avons vu en préambule, Sarri a beaucoup fait tourné lors du seizième de finale d’Europa League. Cette compétition, sciemment laissée de côté, n’entrait pas dans les plans du coach préférant garder toutes ses forces en présence pour la bataille engagée avec la Juventus pour la course au Scudetto. Mais cette saison, ce n’est pas la première compétition  » sacrifiée  » par les campagnols. Ainsi, au tout début de l’année 2018, les Azzurri rencontrent un adversaire de taille : l’Atalanta lors du quart de finale de la Coppa Italia. Pas moins de six changements sont décidés par Sarri au coup d’envoi. Le résultat final est sans appel. Une défaite à domicile 1-2, une élimination presque logique et plus de coupe nationale pour venir polluer le calendrier napolitain.

Plus surprenant, lors de la Ligue des Champions, Sarri avait déjà fait des changements dans son XI lors des matches contre le Shakthar (aller/retour), Man City (aller) et Feyenoord (retour). Dans une poule abordable, alors que la deuxième place était accessible, le Napoli termine troizième de son groupe. D’ailleurs, le bilan n’est pas glorieux : 2V et 4D en six matches. En 37 matches disputés (toutes compétitions confondues), c’est dans la plus prestigieuse des compétitions que le Napoli compte le plus de défaites depuis le début de l’exercice.

Dès que Sarri a fait tourner son groupe, la sanction a été immédiate. Si l’effectif est bien pourvu en quantité, peut-être manque t’il de qualité pour rivaliser sur la durée avec la Juventus dans le cadre d’un marathon comme la course au Scudetto. Si aucune des deux équipes ne craque avant, nous aurons très certainement la réponse le 20 mai prochain, au soir de la 38ème journée.