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Premier League : coachs « winners-losers »

Premier League : coachs « winners-losers »

Suite à la défaite de Chelsea à Watford (4-1), les médias britanniques et italiens annoncent la fin imminente de l’aventure anglaise d’Antonio Conte sur le banc du Stamford Bridge. Le propriétaire russe des Blues Roman Abramovitch serait sur le point de se séparer de son douzième entraîneur en quinze ans. L’italien viendrait s’ajouter à la longue liste de coachs n’ayant pas survécu plus d’un an après avoir décroché le titre de champion d’Angleterre. Inaugurée par Roberto Mancini avec Manchester City lors de la saison 2011/12, presque tous les entraîneurs vainqueurs du trophée ont ensuite connu différents déboires lors de l’exercice suivant. Au rayon des problèmes rencontrés par ces éminents techniciens, il y a eu au choix le licenciement, la retraite ou la non reconduction de contrat. Ainsi bien souvent lors des cinq dernières saisons, le manager tenant du titre est touché par une sorte de malédiction. Une malédiction prête à se vérifier une nouvelle fois avec Antonio Conte. Reste à savoir si elle frappera le très probable futur entraîneur des champions du Royaume : Pep Guardiola.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Roberto Mancini

Arrivé dans le nord-ouest de l’Angleterre pour succéder à Mark Hughes en cours de saison 2009/10, Mancio débarque chez les Citizens précédé d’une très belle réputation et auréolé d’une triple couronne de champion d’Italie avec l’Inter Milan. 5ème au terme de la saison 2009/10 puis sur le podium (3 ème) dès la saison suivante, Mancini s’offre la FA Cup 2011 contre Stoke City (1-0, but de Yaya Touré) en attendant de décrocher le gros lot.

Et le gros lot arrive en 2012. Tout au long de la saison, les deux clubs de Manchester se tirent la bourre pour la première place. Lors de ce mano a mano, les deux rivaux occupent alternativement la place de leader. Finalement, le titre se joue lors de la dernière de championnat. City reçoit Queen’s Park Rangers. United se déplace à Sunderland. Rapidement, Wayne Rooney ouvre le score et place United en tête de la ligue. Pendant ce temps là, à l’Etihad Stadium, QPR mène 1-2 à la surprise  générale malgré une infériorité numérique. Joey Barton fait encore des siennes. A la 90+2, Džeko redonne espoir à son équipe en égalisant. Mais le meilleur est à venir pour City. Alors que le match d’United vient à peine de se terminer, City bataille encore. Et 15 secondes plus tard, à la 90+4, Agüero délivre tout un stade en signant le but victorieux sur une astucieuse remise de Super Mario Balotelli. Avec 89 points chacun, le titre se joue à la différence de but pour la première fois. Mancini met donc fin à une longue période de disette (44 ans) pour les Skyblues.

La suite est plus délicate pour le manager italien. Ses relations avec son groupe et le board se dégradent. Il ne parvient pas à empêcher United de remporter son 20 ème succès. En mai 2013, malgré une seconde place à venir, il est viré par Khaldoon Al Mubarak deux jours après avoir perdu en finale de FA Cup … contre Wigan

Sir Alex Ferguson

Pas besoin de présenter Fergie. Il a quasiment tout gagné. Son palmarès est immense (38 titres). Avec treize couronnes, il est l’entraineur le plus titré de l’histoire du championnat anglais. D’autres nombreux records sont à son actif. Par exemple, il possède le plus grand nombre de « Manager of the Season » (6). Après la victoire en 2008, il devient le troisième britannique à remporter la coupe d’Europe à au moins deux reprises. Et en 2011, il dépasse le record de longévité sur le banc mancunien détenu par Sir Matt Busby. Bref, nous parlons bien d’une Légende de MU mais également du football mondial.

Ainsi à l’âge de 72 ans, après 27 ans de bons et loyaux services, Sir Alex décide de s’accorder une retraite bien méritée. Et pour finir en beauté, l’Écossais part en remportant le 20 ème titre du club lors d’une saison 2012/13 menée d’une main de maitre, laissant la concurrence loin derrière. Les Red Devils s’emparent de la tête de la ligue dès la 12 ème journée pour faire cavalier seul jusqu’au sacre. Robin Van Persie, arrivé en provenance d’Arsenal en début de saison, participe activement à cette conquête. En marquant 26 buts, il est naturellement le Meilleur buteur de cette édition.

Ce titre marque la fin d’une époque glorieuse. En effet, c’est le dernier en date pour United. Mais c’est également la fin d’une époque avec le départ progressif des dernières figures des Fergie Babes comme Paul Scholes (2013) ou encore Ryan Giggs (2014). Si Ferguson n’entre pas la catégorie des « winners-losers » à l’instar de certains confrères présents dans cette liste, il ne peut défendre son titre suite à son départ à la retraite. Son compatriote David Moyes prend sa succession. Il est viré en mai 2014 suite aux mauvais résultats de l’équipe.

Manuel Pellegrini

C’est l’exception de cette liste. En effet, le Chilien passe trois saisons à la tête des Citizens. Il reprend le flambeau après le départ de Mancini. Et dès sa première saison sur le banc, il rafle la mise. Il agrémente même ce succès d’une Carling Cup. Fort d’une solide expérience à travers le globe l’ayant conduit de son Chili natal, en Équateur, en Argentine puis en Espagne jusqu’à la Casa Blanca du Real Madrid, c’est un professionnel apprécié pour son football élégant et offensif. Et avec 102 buts au compteur, Man City a fait régulièrement parler la poudre.

La saison suivante, il ne peut contrer Chelsea. Il termine sur la seconde place du podium. Et malgré la prolongation de son contrat d’une saison supplémentaire jusqu’en 2016 lors de l’été 2015, l’annonce prématurée en cours d’exercice provoque une fin de championnat mitigée avec une 4 ème place, loin du trouble-fête Leicester.

José Mourinho

Après un premier passage londonien de 2004 à 2007, le manager portugais revient dans la capitale près d’une décennie plus tard. Entre temps, Mou a étoffé son palmarès. D’abord en Italie (Inter Milan) puis en Espagne (Real Madrid). Son expérience dans la capitale ibérique ne s’est pas très bien conclue. Le Special One devient le Happy One. Trop content de revenir à Londres et de laisser loin de lui le tumulte entourant les Merengues.

Cela se traduit sur le terrain. Chelsea est intraitable. Leader incontesté de la 1 ère à la 38 ème, ils laissent la concurrence loin derrière (8 points). L’équipe déjà composée de Courtois, Azpilicueta, Terry, Matić, Oscar, Ramires, Hazard et Willian est renforcée par les arrivées de Fàbregas, Diego Costa et le retour de l’idole des Blues :  Didier Drogba. Pour renouer avec le succès, Mourinho a puisé dans sa précédente expérience londonienne (2004/2007), ponctuée par deux titres de champion, et a sorti une version 2.0. C’est dans les vieilles marmites … C’est un bloc équipe compact agrémenté par une touche technique apportée principalement par Fàbregas, Willian et Hazard. Pour sa première saison en Angleterre, Diego Costa occupe le rôle tenu par Didier Drogba. Il fait un carton avec 20 buts à son actif. Alliant puissance et touche technique, il est adoré des fans de Chelsea. Mais son comportement agressif bien souvent border line irrite tous les autres supporters.

Malheureusement, la suite n’est pas aussi idyllique dans l’ouest de Londres. Le Champion en titre est méconnaissable. Fini l’équipe se projetant rapidement vers le but adverse, maîtrisant techniquement la rencontre et imposant son rythme grâce son impact physique. Chelsea bafouille son football. Ils semblent émoussés physiquement. Mi-décembre, Chelsea annonce le départ du Happy One par consentement mutuel après avoir subi 9 défaites en 16 matches.

Claudio Ranieri

L’expérimenté manager italien, de 64 ans à l’époque, est respecté dans le milieu du football pour être un excellent tacticien produisant un style de jeu efficace et très organisé. Malgré cela, une étiquette de loser magnifique lui colle à la peau. En effet, tout au long de sa longue carrière, il a souvent été placé mais jamais gagnant. Critiqué par les médias anglais pour sa propension à bidouiller, il hérite de surnom de Tinkerman (bricoleur). 

Après une expérience de sélectionneur complètement ratée avec la Grèce, Ranieri retrouve un pays qu’il connait bien. Pour sa deuxième aventure outre-Manche, celui qui avait dirigé Chelsea de 2000 à 2004 prend la direction de Leicester. Ce candidat annoncé favori par les bookmakers à la descente va réaliser l’un des plus beaux exploits de l’histoire de Premier League. Sans véritable star dans son effectif et avec son traditionnel 4-4-2, Ranieri réussit à créer une superbe atmosphère de travail, à sublimer des joueurs tels que Drinkwater, KantéMahrez ou Vardy peu connus du grand public jusqu’alors pour en faire un collectif solidaire et flamboyant. Les Foxes terminent en tête avec 10 points d’avance sur son dauphin Arsenal. Le tout avec uniquement 3 défaites au compteur.

Leicester parvient à conserver presque l’intégralité de son groupe, excepté le départ de N’Golo Kanté pour Chelsea. Cependant, l’exercice suivant ressemble fortement à celui connu par le champion 2015. Même si certaines circonstances peuvent atténuer cette mini déception comme les diverses sollicitations lors des mercatos, une décompression logique pour un groupe peu habitué à tutoyer les sommets et une difficulté à rééditer des performances hors normes. Avec uniquement 5 victoires en 25 journées et après 5 revers consécutifs, Claudio Ranieri fait les frais de cette mauvaise passe. Finalement, Leicester se classe à la 12 ème position.

Antonio Conte

Après deux ans à la tête de la Nazionale, Antonio Conte retrouve un banc de club. Pour sa première expérience à l’étranger, il débarque à Chelsea. Le club londonien peut se concentrer uniquement sur le championnat. Après l’échec Mourinho, Guus Hiddink est parvenu à redresser la barre mais seulement jusqu’à la 10 ème place. Par rapport à l’effectif champion en 2015, le groupe n’a pas beaucoup bougé. Marcos Alonso, Michy Batshuayi, N’Golo Kanté ou encore David Luiz ont rejoint l’équipe.

Le début de saison démarre bien avec trois victoires mais la machine se grippe. Et à la suite de deux défaites consécutives à la maison contre Liverpool (1-2) puis en déplacement contre Arsenal (3-0), le coach originaire des Pouilles change de tactique. Il délaisse le 4-1-4-1 pour mettre en place un redoutable 3-4-3 collant comme un gant aux forces en présence de son groupe. C’est le déclic. Les Blues enchainent 13 victoires d’affilée dont un 4-0 contre le MU du Mou pour le retour du portugais au Bridge et un 1-3 contre le City de Guardiola à l’Etihad. Ainsi dès la 12 ème journée, ils prennent la tête pour faire cavalier seul jusqu’au bout. Les principaux artisans de cette conquête se nomme Diego Costa et Eden Hazard, avec respectivement 20 et 16 buts.

Mais comme lors des saisons précédentes, la suite n’est pas du même acabit. Plusieurs tensions apparaissent au grand jour entre le transalpin et sa direction, notamment par rapport au mercato estival. Conte n’aurait pas pu recruter ses premiers choix. Pourtant le club n’a pas hésité à sortir le chéquier avec pas moins de 185M£ dépensés. Mais certaines recrues déçoivent. Alvaro Morata ou encore Tiémoué Bakayoko n’ont pas un rendement en adéquation avec leur prix. Bien qu’encore en course pour la Champion’s League, les résultats en championnat ne sont pas aussi bons que l’an passé. La formidable machine de 2016/2017 s’est enrayée. Conte est de plus en plus sur la sellette. Ses jours semblent comptés. Peut-être une nouvelle victime de la  » malédiction  » touchant les managers champions d’Angleterre.