Share

Arsenal peut-il rebondir dans les années à venir?

Résultat de recherche d'images pour "arsenal frustration"

Mécontents, les supporteurs réclament le départ de Wenger

 

Ça ne vous aura pas échappé, Arsenal connaît une période sportive très compliquée depuis deux saisons maintenant. Longtemps décrié pour son manque d’ambition sur le marché des transferts et sa politique économique jugée trop frivole, le club londonien n’a pas remporté le moindre trophée durant huit saisons (de 2006 à 2013). Vainqueur de la FA Cup face à MU en 2005, c’est tout naturellement que les canonniers ont retrouvé le goût de la gagne dans cette même compétition, en venant à bout des Tigers de Hull City au printemps 2014. Depuis, les londoniens ont remportés la compétition à deux autres reprises (2015 et 2017), ainsi que trois FA Community Shield (l’équivalent du Trophée des Champions en Angleterre). Toutefois, les hommes d’Arsène Wenger se sont révélés incapables de s’imposer à nouveau en Premier League, pire encore ils ont récemment été exclu du Big Four, synonyme de non participation à la Ligue des Champions, une première sous l’ère Arsène Wenger après plus de 22 ans de règne pour l’alsacien. Pour une bonne partie des supporteurs, trop c’est trop et cela fait maintenant plusieurs saisons que des banderoles « Wenger out » ont envahi Ashburton Grove, le véritable nom du stade des gunners, plus connu sous l’appellation de son sponsor officiel, l’Emirates Stadium. Malgré cette période compliquée, l’avenir pourrait toutefois sourire à Arsenal, on vous explique pourquoi en détail.

Par Thomas Démarest – Twitter: @FlyMillenium01

Un modèle économique en Europe

A son arrivée à l’automne 1996, Arsène Wenger est un inconnu du grand public en Angleterre, mais très vite il révolutionne complètement le club du nord de Londres, tant sur l’aspect économique que sur le terrain. A l’époque, l’alsacien a déjà été auréolée de nombreux succès avec l’AS Monaco (champion de France en 1988, vainqueur de la Coupe de France en 1991) et le club japonais de Nagoya Campus (vainqueur de la Coupe de l’Empereur en  1995 et de la Supercoupe du Japon l’année suivante). Épaulé par le vice-président du club, David Dein, qui l’a recruté et qui devient rapidement un ami proche, Arsène Wenger mène une politique qui porte rapidement ses fruits. Elle consiste à dénicher de jeunes joueurs talentueux et à les associer à des joueurs d’expérience à la forte personnalité, capable d’insuffler un état d’esprit de battant à leurs jeunes coéquipiers. Très vite, le technicien français révolutionne le jeu des canonniers en y ajoutant de la vitesse et de la percussion, mais aussi une certaine aisance technique. De nombreux joueurs français comme Emmanuel Petit, Patrick Vieira, Nicolas Anelka, Thierry Henry ou encore Robert Pirès, découvrent la Premier League sous la coupe de l’alsacien. Auparavant réputé pour son jeu ennuyeux et très physique le « Boring Arsenal » se transforme en une équipe redoutable et les succès s’enchaînent rapidement. Le bilan est à la hauteur des attentes, trois titres de champion d’Angleterre (1998, 2002 et 2004), de nombreuses coupes nationales et un record encore inégalé aujourd’hui avec son équipe des « Invincibles » de 2004, sacré championne d’Angleterre sans concéder la moindre défaite en 38 rencontres (26 victoires, 12 matchs nuls).

L’année 2006 marque cependant un tournant décisif pour le club. Véritable précurseur à l’époque, Arsenal se lance dans la construction d’un nouveau stade flambant neuf, dernier cri en matière de technologie dès l’hiver 2004 et abandonne son antre mythique d’Highbury en juillet 2006 pour s’installer à quelques pâtés de maisons, toujours dans le quartier d’Highbury, plus précisément à Islington. Le Highbury Stadium et sa capacité limité en terme de spectateurs (moins de 40 000 places) n’étant plus à même de satisfaire l’énorme demande des dizaines de milliers de fans, le club décide d’investir près de 400 millions d’euros pour bâtir son nouveau stade. A la fois moderne et esthétique, Ashburton Grove, devient rapidement un symbole de réussite et de puissance financière pour le club. Capable d’accueillir plus de 60 000 visiteurs, la nouvelle antre des canonniers est très vite perçu par les observateurs comme une magnifique réussite et suscite l’intérêt de nombreux clubs qui s’en inspireront des années plus-tard pour la construction ou l’aménagement de leurs propres stades (Chelsea, West Ham, Tottenham, Liverpool etc…). Un inconvénient majeur va toutefois venir perturber la réussite des gunners. Économiquement, Arsenal est l’un des rares clubs encore aujourd’hui capable de s’auto-financer. Traduction : le club ne dépense pas plus d’argent qu’il n’en génère lui même. Pour rembourser efficacement sa dette contractée durant la construction du stade, le club londonien décide de revoir entièrement sa politique et comprend rapidement que l’aspect sportif risque fortement d’en être impacté.

A gauche, David Dein, vice-président d’Arsenal de 1983 à 2007, en compagnie de son ami Arsène Wenger

Un changement de politique majeur

Afin d’assurer ses arrières, le club parvient à négocier de gros contrats de sponsoring dès l’achèvement de son nouveau stade. Ainsi, le groupe des Emirats Arabes Unis, Fly Emirates, célèbre compagnie aérienne, devient son principal sponsor. Le naming du stade est rebaptisé « Emirates Stadium », avec à la clé un contrat colossal de plusieurs dizaines de millions d’euros. Fly Emirates devient également le sponsor officiel des maillots du club, dont la conception est dirigée par Nike. Là aussi, Arsenal s’impose comme un club précurseur et assure sa pérennité par le biais de ces énormes contrats commerciaux.

Au printemps 2007, David Dein, en désaccord avec plusieurs autres actionnaires sur le chemin que doit prendre Arsenal pour continuer à exister sur la scène nationale et européenne (Dein étant lui-même actionnaire au club à cette époque) et après certains conflits internes avec sa direction, décide de quitter le club. Déjà entaché de nombreux départs de joueurs majeurs à l’été précédent, l’exil d’une des figures emblématiques du club londonien (Dein fût vice président d’Arsenal de 1983 jusqu’à son départ en 2007) est très mal vécu par certain cadres du vestiaire. L’exode se poursuit l’été suivant avec le départ de plusieurs joueurs clés dont celui de Thierry Henry, la vedette des gunners, pour le FC Barcelone.

C’est le début d’une nouvelle ère pour Arsenal, celle des « Baby Gunners ». Avec l’arrivée massives de certains investisseurs étrangers dans le monde du football et l’inflation croissante des prix du marché qui en découle, Arsenal se retrouve rapidement dans une position délicate et n’a plus les moyens de recruter des joueurs d’une certaine renommée médiatique. Le club décide alors de miser sur la jeunesse. Les jeunes joueurs qui ont bénéficié de l’expérience de leurs aînés sont alors propulsés sur le devant de la scène et malgré quelques échecs, la plupart s’imposent naturellement et deviennent rapidement les nouveaux cadres de l’équipe (Cesc Fabregas et Robin Van Persie notamment). Cette période ne sera toutefois pas auréolée de succès. Dès lors les années se suivent et se ressemblent pour Arsenal. Trop jeune, trop inexpérimentée et jugée trop fragile psychologiquement, cette génération dorée ne connaîtra pas le succès de ses aïeux et ne glanera pas le moindre trophée.

Pour éponger sa dette, le club se sépare régulièrement de plusieurs joueurs importants à forte valeur marchande au fil des saisons. Des joueurs recrutés très jeunes, qui se sont révélés aux yeux de l’Europe, notamment sur la scène européenne. Pour faire face à la concurrence, le manager alsacien n’hésite pas à investir sur des joueurs de plus en plus jeunes. Cette politique portera ses fruits exclusivement sur le plan économique, permettant au club du nord de Londres de rentabiliser rapidement la quasi totalité de ses investissements tout en conservant une certaine crédibilité sur la scène européenne. Si les « Baby Gunners » ne parviennent pas à remporter le moindre trophée, ils impressionnent à plusieurs occasions et éclaboussent l’Europe de leur talent, permettant à Arsenal de réussir à conserver sa place dans le Big Four, synonyme de qualification en Ligue des Champions.

Le rachat de Kroenke

Arsenal peine toutefois à retrouver sa gloire d’antan et rien ne laisse présager que les choses sont sur le point d’évoluer. Le retard accumulé sur ses concurrents en terme de gestion et de résultat se fait cruellement ressentir et les supporteurs commencent à se lasser de la politique menée par le club et Arsène Wenger, une politique qui a montré ses limites sur le plan sportif. Pour autant la situation ne va pas franchement s’améliorer. En avril 2011, l’homme d’affaire américain Stan Kroenke obtient 63% des parts du club et devient l’actionnaire majoritaire. Après ce rachat, le club bascule définitivement dans une politique d’entreprise qui vise avant tout à gagner de l’argent et délaisse volontairement l’aspect sportif. Bien qu’il soit milliardaire, Kroenke se désintéresse totalement de tout ce qui a trait au sportif et contrairement à son homologue russe et voisin Roman Abramovitch, qui a racheté Chelsea en juin 2003, il n’investira jamais le moindre centime dans le club londonien.

Résultat de recherche d'images pour "kroenke stan et wenger"

Stan Kroenke, à gauche et Arsène Wenger, à droite (crédit : Arsenal.com)

Déjà en proie à des difficultés sportivement vis à vis de ses concurrents, le gouffre se creuse entre Arsenal et les autres grosses écuries de Premier League. Les humiliations s’enchaînent, aussi bien sur la scène nationale que sur la scène européenne. Les fans sont de plus en plus hostiles envers Arsène Wenger et le nouveau propriétaire du club. Financièrement en revanche, le club londonien continue son ascension et parvient à se hisser parmi les plus grosses puissances financières d’Europe. Une étude récente sur la richesse des clubs européens paru en janvier 2018, a confirmé cette théorie. En effet, Arsenal se classe à la sixième place des clubs les plus riches du monde derrière Manchester City, le Bayern Munich, le FC Barcelone, le Real Madrid et Manchester United.

En janvier 2014, un nouveau partenaire économique majeur a pris ses marques à Arsenal, il s’agit du groupe d’équipementier Puma. Un contrat évalué à 36 millions d’euros par an contre 10 millions d’euros précédemment avec Nike qui n’a pas souhaité s’aligner sur l’offre de son concurrent. Depuis, le club a également signé de nouveaux contrats avec de nombreux partenaires commerciaux parmi lesquels Gatorade, Konami, Betfair, Vitality, BT Sport ou encore Universal Pictures.

Un nouvel élan économique et une nouvelle dynamique sportive

En mai 2014, après huit années de disette sportive, le club remporte enfin un premier trophée sous l’ère Kroenke, il s’agit de la FA Cup (Coupe d’Angleterre), le trophée le plus ancien et le plus prestigieux Outre Manche. L’année suivante, les londoniens récidivent et s’adjugent à chaque fois le FA Community Shield, qui voit s’affronter le vainqueur du championnat et le vainqueur de la coupe d’Angleterre. La saison passée, les gunners ont de nouveau réalisé le doublé FA Cup/Community Shield, mais ont échoué pour la première fois sous l’ère Wenger dans leur conquête de qualification en Champions League. Une perte de revenus importante pour le club, qui a engendré la colère des supporteurs. Fortement décrié depuis plusieurs saisons, les jours d’Arsène Wenger du côté de Londres semblent comptés. En fin de contrat à l’été 2019, le technicien alsacien qui aura alors 69 ans, ne devrait pas être reconduit par ses dirigeants.

Le directeur général du club, Ivan Gazidis, en poste depuis le 1er janvier 2009, successeur de David Dein, a d’ailleurs déjà commencé son chantier pour l’après Wenger. Le natif de Johannesburg a débuté une campagne de restructuration au sein du staff technique londonien vieillissant, une restructuration amorcée l’été dernier et qui semble s’avérer payante, les nouveaux arrivants étant tous des pointures de grande renommée dans leur secteur respectif. Il y a tout d’abord, Raul Sanllehi, l’ancien directeur sportif du FC Barcelone qui a officiellement rejoint le club cet hiver, tout comme Sven Mislintat, ancien recruteur au Borussia Dortmund et qui a récemment contribué au recrutement des deux recrues majeures d’Arsenal au mercato hivernal, le gabonais Pierre-Emerick Aubameyang et l’arménien Henrikh Mkhitaryan, deux anciens pensionnaires de Dortmund. De nombreux autres ajustements ont eu lieu au sein du staff l’été dernier, notamment avec les arrivées de Darren Burgess en tant que préparateur physique, une figure dans sa profession, ou encore Huss Fahmy, ancien directeur juridique et commerciale de la Team Sky. Jens Lehmann, l’ancien gardien emblématique des Invincibles a quant à lui intégré le staff de Wenger en tant qu’adjoint.

Résultat de recherche d'images pour "gazidis petite image"

Ivan Gazidis, le directeur général d’Arsenal depuis 2009 (crédit : Arsenal.com)

Économiquement le club se porte extrêmement bien, comme nous vous l’avons détaillé plus haut. Toutefois le départ imminent d’Arsène Wenger et l’inflation exponentielle du marché des transferts semble avoir décidé le club à revoir sa politique et à se montrer plus enclin à dépenser. Si Arsenal mise toujours sur des jeunes joueurs à forts potentiels et continuent de donner sa chance à ses joueurs formés et post formés, il ne rechigne plus à investir sur des joueurs d’expérience ou ayant acquis une certaine renommée. Mesut Özil, Petr Cech, Alexis Sanchez, Alexandre Lacazette, Henrikh Mkhitaryan, Pierre-Emerick Aubameyang, autant de noms qui laissent penser qu’Arsenal a définitivement changé son fusil d’épaule afin de pouvoir de nouveau rivaliser avec ses principaux concurrents.

Si le chilien Alexis Sanchez a plié bagage cet hiver pour le rival de Manchester United, les récentes arrivées ont atténué le malaise des supporteurs. Cependant, depuis l’été dernier, de nombreux joueurs ont quitté le club et n’ont pas été remplacés. Les échéances à venir s’avèrent donc cruciales pour Arsenal qui devra dès cet été se consacrer à combler ses manques, notamment sur le plan défensif.

Voici un petit récapitulatif des deux derniers mercatos des Gunners :

Arrivées :

Alexandre Lacazette : 53M (été 2017)

Sead Kolasinac : libre (été 2017)

Pierre-Emerick Aubameyang : 63,75M (hiver 2018)

Henrikh Mkhitaryan : libre (hiver 2018)

Konstantinos Mavropanos : 2M (hiver 2018)

Départs :

Wojciech Szczesny : 12,2M (été 2017)

Gabriel Paulista : 11M (été 2017)

Kieran Gibbs : 7,5M (été 2017)

Alex Oxlade-Chamberlain : 40M (été 2017)

Francis Coquelin : 14M (hiver 2018)

Theo Walcott : 23M (hiver 2018)

Alexis Sanchez : libre (hiver 2018)

Olivier Giroud : 20,5M (hiver 2018)

Mathieu Debuchy : libre (hiver 2018)

On constate qu’il reste beaucoup de travail à Ivan Gazidis et à la cellule de recrutement d’Arsenal pour combler les manques des gunners cet été. Deux joueurs s’ajouteront à la liste effective des départs en juin prochain, il s’agit de Per Mertesacker et Santiago Cazorla, tout deux en fin de contrat. Le premier intégrera l’académie du club alors que l’avenir du second, gravement blessé à la cheville et opéré plus d’une dizaine de fois, est toujours incertain. Mesut Özil a quant à lui tout récemment prolongé son bail avec les gunners et est désormais lié au club londonien jusqu’en juin 2021, ce qui a été accueilli avec un énorme soulagement chez les supporteurs d’Arsenal qui craignaient de le voir s’exiler chez un rival l’été prochain. Un autre joueur important de l’effectif devrait lui aussi prochainement prolonger son contrat, il s’agit de l’enfant du club, Jack Wilshere, formé à Arsenal dès son plus jeune âge.

Malgré une saison décevante pour le moment, où les gunners pointent à la sixième place du classement avec plus de 20 points de retard sur le leader Manchester City et six points de retard sur le quatrième Liverpool, la qualification en Champions League semble sérieusement compromise, bien que toujours jouable. Encore en course en Europa League et finaliste de la League Cup qui se déroulera le 25 février prochain face à Manchester City, les joueurs d’Arsenal jouent gros sur cette fin de saison, tout comme leur manager Arsène Wenger qui pourrait être amené à laisser sa place en juin prochain si le club ne parvient pas à décrocher une place qualificative en Ligue des Champions.

Avec sa nouvelle ligne d’attaque jugée redoutable, le quatuor offensif Lacazette/Aubameyang/Özil/Mkhitaryan pourrait toutefois changer la donne et relancer la saison des canonniers, en attendant de voir si le prochain mercato estival tiendra toutes ses promesses. L’avenir ne semble donc pas si sombre que la situation pouvait laisser le présager il y a encore quelques semaines, mais les six prochains mois s’annoncent d’ores et déjà décisifs pour les londoniens qui n’ont plus vraiment le droit à l’erreur après leur élimination en FA Cup face à Nottingham Forrest en janvier dernier et le titre qui demeure encore et toujours inaccessible.

Aubameyang et Mkhitaryan sous leurs nouvelles couleurs (crédit : Arsenal.com)

Si leurs doutes sont loin d’être dissipés, les fans des gunners se sont néanmoins rassurés samedi dernier, puisque pour leur premier match ensemble, le duo Mkhitaryan/Aubameyang a brillé à l’Emirates Stadium. Auteur de trois passes décisives pour sa première titularisation l’arménien Henrikh Mkhitaryan a offert un récital à ses nouveaux partenaires, délivrant deux passes décisives pour le gallois Aaron Ramsey (auteur de son premier triplé en carrière) et une autre passe décisive à… Aubameyang justement qui s’est lui illustré pour son tout premier match avec les canonniers. L’espoir demeure donc sur les bords de la Tamise, en attendant le North London Derby face à Tottenham qui aura lieu le week-end prochain. Nul doute que le nouveau duo de choc des canonniers aura à cœur de briller durant cette affiche très attendue par les fans des deux équipes rivales.

A lire aussi

Tottenham-Arsenal : un derby, deux joueurs

Arsenal-Tottenham : rivalité historique

 

Les conférences de presse d’avant-match