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Crotone : la belle histoire continue

Crotone : la belle histoire continue

Crotone, ville touristique calabraise située à l’extrême sud de la péninsule, baignée de soleil, bordée par la mer, avec de nombreux vestiges gréco-romains … et avec son club de foot. Les Squali (Requins) connaissent leur deuxième saison consécutive parmi l’élite. En position délicate (17ème), ils sont seulement à trois points de la zone de relégation. Mais l’expérience acquise l’année précédente risque de peser lourd pour la suite du championnat. En effet, alors qu’ils semblaient se (re)diriger vers l’échelon inférieur, Crotone a su déjouer les pronostics pour assurer sa place en Serie A en signant une remontée fantastique incroyable. Suite à cette prouesse, l’ancien technicien calabrais Davide Nicola avait promis de se rendre à Turin en vélo en cas de maintien. Après 9 jours et 1300 kilomètres, il a rejoint la capitale du Piémont accueilli par une foule de 300 personnes. Personne ne sait encore si Walter Zenga en fera de même si son équipe réussi à conserver son ticket en Serie A. Le défi est lancé. Il lui reste 15 journées de championnat pour commencer à s’entraîner au cyclisme. 

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Retour sur l’incroyable sauvetage

Pour leur première expérience en Serie A, depuis la création du club en 1910, Crotone voit l’entraîneur Ivan Jurić ayant grandement contribué à cet exploit partir sous d’autres cieux, ceux du Genoa. Pour le remplacer, les dirigeants font appel à Davide Nicola. C’est un gros pari tenté par le président Gianni Vrenna. En effet, l’unique expérience en Serie A du nouveau coach ne s’est pas vraiment bien terminée. C’était en 2013/14, avec Livorno. Et les Toscans ont fait l’ascenseur avec une relégation immédiate.

Et la saison 2016-17 ne débute pas sous les meilleurs auspices. Les Rossoblù commencent par une série de 8 défaites en 10 matches. Il faut attendre le 30 octobre 2016 pour voir Crotone obtenir leur première victoire (2-0) à l’occasion de la réception du Chievo. La phase aller est tout simplement catastrophique. Avant-dernier du championnat avec seulement 9 points au compteur et 9 de retard sur le premier non relégable (Empoli), Crotone paie cher son inexpérience du haut niveau en concédant beaucoup de points dans les dernières minutes des matches disputés.

Au début de la phase retour, au cours des mois de février et de mars, l’équipe n’inscrit qu’un petit point concédant 7 défaites. La Serie B les attend déjà à bras ouverts. Mais lors du déplacement au Bentegodi, le Chievo (encore eux) s’incline (1-2). C’est la première victoire à l’extérieur. C’est le déclic. Les Calabrais jouent sans complexe. La pression s’envole. Lors du match suivant, l’Inter s’incline également à l’Ezio Scida (2-1). Pour la première fois de la saison, ils signent deux succès consécutivement. Une série positive s’enclenche avec 6 victoires, 2 nuls et 1 seule défaite contre les futurs champions d’Italie : la Juve. Le maintien se joue lors d’une dernière journée de championnat pleine de suspens avec une superbe victoire contre la Lazio (3-1) et une défaite simultanée d’Empoli contre Palerme, une équipe déjà reléguée. C’était inespéré mais Crotone accroche donc la 17 ème place. Lors de la phase retour, ils ont pris 25 points. Une sacrée perf.

La saison en cours

Le début d’exercice 2017/18 ressemble à un copié/collé du précédent. Avec encore un départ calamiteux ponctué par 4 défaites et 1 nul lors des cinq premières journées. La première victoire (2-0) n’intervient que fin septembre contre le nouveau Petit Poucet de la Ligue : Benevento. Mais cette fois, Davide Nicola paie les mauvais résultats enregistrés par son équipe. Les dirigeants le remplacent par l’ancien gardien de l’Inter : Walter Zenga. Un choix quelque peu étonnant. En effet, ses différentes expériences en tant qu’entraîneur n’ont pas toujours été couronnées de succès. Notamment les deux dernières à la Samp et avec les Wolves en Championship.

Cependant, nous allons laisser à Zenga le bénéfice du doute. Si son bilan n’est pas exceptionnel avec 2 victoires, 2 nuls et 4 défaites dont 3 logiques concédées consécutivement face à des équipes plus huppées comme la Lazio, le Napoli et le Milan, il a cependant réussi à s’imposer (0-3) contre un concurrent direct à la descente : le Hellas dans un match à 6 points. Et son équipe vient également d’accrocher l’Inter (1-1) au Giuseppe Meazza. Lors de ce match, Zenga a parfaitement trouvé la solution tactique face à son ancien club avec la mise en place d’un 4-3-3 ambitieux. Ce résultat peut servir de match référence pour Crotone. Si Benevento semble définitivement hors-jeu pour se sauver, deux places dans la zone rouge sont encore incertaines. Et pour l’instant, Crotone (17 ème) n’a que 4 points d’avance sur le Hellas (19 ème) et 3 sur la SPAL (18 ème). Pour conserver sa place en Serie A, la lutte va être serrée jusqu’à la 38 ème journée.

Un atout de poids pourra aider les Calabrais. Il s’agit du bouillant public « crotonese ». Les travées du stade Ezio Scida procurent une des ambiances les plus chaudes du championnat. D’ailleurs, les « Ultras Calabria » animent régulièrement leur tribune de tifos magnifiques venant sublimer ce stade, typiquement italien, nommé ainsi en hommage au capitaine des années 40, malheureusement décédé dans un accident de la route. Actuellement 14 ème à domicile, il reste encore 8 matches au Ezio Scida pour prendre le maximum de points nécessaires afin de s’inscrire dans la durée en Serie A.

Historique

Petit Poucet de la précédente édition, Crotone a laissé ce titre aux Campagnols de Benevento. Fondé en 1910, le club calabrais a principalement évolué dans les ligues inférieures naviguant entre la Serie D, Serie C mais également les divisions régionales, soit le 7 ème et même 8 ème échelon national, lorsque le club a été gravement impacté par de graves problèmes financiers en 1979 et 1992.

Il est vrai que le bassin économique n’aide pas les finances du club. Situé dans la région la plus pauvre de l’Italie : la Calabre, Crotone est touché par un chômage important et une grande précarité. Pour oublier un peu cette situation économique désastreuse, les « crotonesi » essaient d’échapper à leur quotidien par l’intermédiaire du football.

Et depuis la dernière faillite du club en 1992, les Squali ont entrepris une lente mais constante progression passant en un peu moins de 25 ans de la 8 ème division à la Serie A. Dès l’an 2000, le club atteint l’antichambre de l’élite. Et depuis, mis à part deux relégations en Serie C, ils sont restés à ce niveau pendant 12 ans. L’exploit intervient donc en 2016.

Emmené par Ivan Jurić, Crotone survole le championnat. Ils terminent à la 2nde place, synonyme de montée dans l’élite. Arrivé au début de la saison, le technicien croate révolutionne le jeu des calabrais en instaurant un 3-4-3 particulièrement offensif. Pour mener à bien leur mission et avec l’un des plus petits budgets de Série B, la cellule de recrutement et Jurić doivent être rusés. Ils recrutent beaucoup de jeunes joueurs en prêt. Le groupe est jeune. La moyenne d’âge s’élève à 25 ans. Parmi eux, un croate de 24 ans : Ante Budimir. Avec 16 buts à son actif, l’attaquant participe grandement à la montée de son équipe. Federico Ricci (AS Roma), se montre aussi décisif avec 11 buts inscrits.

La suite, nous l’avons évoqué plus haut avec le maintien miraculeux, la traversée vélo de Nicola, la seconde saison de Serie A et pourquoi pas un nouveau maintien synonyme d’une troisième année consécutive dans une division qui semblait, il y a encore quelques temps, pourtant inaccessible pour les calabrais.