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Bologne: entre passé et futur

Bologne: entre passé et futur

Actuellement dans le ventre mou du classement (12 ème), les « Felsinei » connaissent une saison assez mitigée. Les hommes de Roberto Donadoni semblent à l’abri du spectre de la relégation mais ne donnent pas toutes les garanties dans le jeu pour pouvoir espérer mieux. Pourtant avec un mercato ciblé sur les carences de l’effectif, un mix entre jeunes talents et joueurs d’expérience et un propriétaire canadien (originaire de la Botte) aisé, il serait légitime d’attendre plus d’une équipe historique de la Serie A. Pourtant, Bologne vivote. Capable de gagner contre les équipes à sa portée mais trop fragile pour espérer concurrencer les ténors de la Ligue. Malgré un projet ambitieux mis en place sur cinq ans par les actionnaires, l’époque glorieuse des Scudetti semble pourtant très loin. 

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Une saison mitigée

Lors de la session de mercato estival, les dirigeants avaient ciblé un secteur de jeu défaillant depuis le retour des « Rossoblù » au sein de l’élite en 2015. En effet, les arrivées au club de Giancarlo Castro (Palermo), Sebastien De Maio (Anderlecht) et Filip Helander (Hellas Verona) avaient pour but de stopper l’hémorragie avec 103 buts encaissés (45 en 2015/16 et 58 en 2016/17) lors des deux dernières saisons. Alors que nous sommes à un peu plus de la mi-championnat (23 ème journée ce weekend), la défense a encore beaucoup cédé avec déjà 33 buts encaissés. Pour bien illustrer ce problème, ils n’ont pas pris de buts qu’à trois reprises dont deux fois contre Benevento (plus mauvaise attaque de Serie A). Sinon l’équipe a toujours concédé au moins un but ou plus. Et même jusqu’à 3 buts à cinq reprises. Fort logiquement, lors du mercato hivernal, les efforts se sont donc concentrés vers de nouveaux renforts défensifs avec l’arrivée de l’argentin Nehuén Paz (Newell’s Old Boy).

Les autres points faibles de l’équipe ont aussi été partiellement corrigés lors des deux périodes de transfert. Ainsi le manque de doublure en attaque au buteur Mattia Destro a été réglé par l’acquisition de l’expérimenté Rodrigo Palacio. Le vétéran argentin de 35 ans permet d’instaurer un turn-over nécessaire pour préserver la bonne forme physique du titulaire. L’effectif comporte de jeunes joueurs comme Godfred DonsahÁdám Nagy ou Erick Pulgar. Les arrivées de Pioli et de Džemaili doivent permettre de densifier et d’apporter toute leur expérience à ce secteur de jeu pour encadrer cette jeunesse talentueuse.

Une des satisfactions lors de la phase aller du championnat est Simone Verdi. Déjà auteur d’une saison 2016/17 intéressante (28 matches 6 buts, 5 assists), Verdi a déjà amélioré ses stats (22 matches 6 buts, 7 assits) cette saison. Très influent dans le jeu offensif de son équipe, il joue principalement sur le côté droit mais peut évoluer aussi en tant que meneur de jeu. Sur les tablettes du Napoli, il est très aisé de comprendre pourquoi les « Partenopei » voulaient l’ajouter à leur effectif. Excellent techniquement, ses principales qualités sont la percussion, la vitesse du ballon au pied et un bon sens du dribble mais surtout il dispose d’une frappe lourde à longue distance. Actuellement blessé à la cuisse pour un mois, Bologne a recruté en prêt le jeune et talentueux Riccardo Orsolini pour suppléer l’international italien.

Un palmarès glorieux 

Les plus jeunes ont tendance à l’oublier mais Bologna est un club historique du football transalpin. L’omniprésence des clubs du Nord à l’instar de l’Inter, la Juventus, du Milan (les trois clubs les plus titrés de la Péninsule) a lentement mais sûrement effacé de la mémoire collective le solide palmarès des « Rossoblù ». Avec sept Scudetti et deux Coppa Italia, Bologna se classe devant bon nombre d’équipes dorénavant plus réputées telles que la Roma (3), la Fiorentina (2), Lazio (2) ou encore le Napoli (2).

Pour être totalement juste, il faut dire que le dernier sacre des Romagnols commence à dater un peu. En effet, c’était lors de la saison 1963/64. Une autre époque. L’époque des AmarildoTarcisio Burgnich, Jair da Costa, Helmut HallerKurt Hamrin ou Omar Sívori. Et pour être vraiment complet, il faut dire que l’essentiel du très beau palmarès de Bologne s’est construit dans les années 20 et 30. Ainsi, Bologne garnit son armoire à trophée en remportant les éditions 1925, 1929, 1936, 1937, 1939 et 1941 du championnat transalpin.

Un des acteurs majeurs de ce cycle glorieux se nomme Angelo Schiavio. Attaquant racé et élégant, il est le joueur symbole de ce Bologne conquérant. Très prolifique (242 buts en 348 matches), il est encore actuellement le meilleur buteur du club. Et de loin. Schiavo est aussi connu pour avoir offert le premier titre à la Nazionale en 1934 en signant le but décisif (2-1) contre la Tchécoslovaquie. Pour la petite anecdote, et pour la première fois dans l’Histoire du football, le sort de cette finale s’est décidé lors des prolongations. Schiavo délivre l’Italie à la 95 ème minute d’un Mondial sous influence fasciste à l’époque.      

Dans le giron Nord-Américain

Dorénavant, le football est largement impacté par la Mondialisation. De nombreux clubs sont la propriété d’investisseurs étrangers à l’instar de Manchester City, du PSG, de la Roma ou … de Bologne. A l’aube de la saison 2014/15, le club se trouve dans une situation financière exsangue. Les dirigeants ont même du mal à payer les frais d’inscription de l’équipe … cadet.

En septembre 2014, des négociations sont entamées avec un consortium américain dirigé par Joe Tacopina, avocat new-yorkais et Joey Saputo, magnat canadien déjà propriétaire de la franchise québécoise de MLS : l’Impact de Montréal. L’officialisation du rachat intervient en octobre. Tacopina devient le troisième président étranger du club. La nouvelle direction nomme Giuseppe Gazzoni Frascara comme président honoraire. Joey Saputo, devenu actionnaire majoritaire, prend le contrôle du conseil d’administration. Bologne devient le premier club italien à passer dans le giron d’un canadien et le second, après la Roma, à être dirigé par un Nord-Américain.

Mais assez vite l’idylle entre les deux nord américains se détériore. En septembre 2015, Tacopina intente même un procès à Saputo. Finalement, un accord financier est trouvé entre toutes les parties en présence. Tacopina quitte la présidence, le conseil d’administration et le club pour laisser la place à Saputo. Le canadien est donc seul à la tête de Bologne.

Joey Saputo est l’homme le plus riche du Québec. Il est à la tête d’une entreprise familiale pesant 18 milliards d’€. Cependant, il est le président d’une équipe possédant peu de revenus : 73M€ soit l’équivalent d’un huitième de la Juventus, et accuse des pertes financières de l’ordre de 16M€ alors que l’année précédente elles étaient à hauteur du double (32M€). Le club essaie d’inverser cette tendance en misant sur des partenariats avec des entreprises locales telles que la FAAC (firme spécialisée dans les portes automatiques), Granarolo (entreprise agro-alimentaire coopérative), Illumia (secteur de l’énergie), IMA (fabricant de machines automatiques pour le traitement et l’emballage de produits pharmaceutiques, cosmétiques, alimentaires, tabac, thé et café), Lavoro Più (agence d’intérim) et Macron (équipementier sportif). Ainsi la croissance des revenus commerciaux s’élève à 11M€ soit une hausse de 7 millions par rapport à l’ère Guaraldi.

Bologne est également parmi les clubs les plus solides en terme d’actifs et possédant une relation très étroite avec le tissu local. Avec déjà 130M€ injectés, plus encore 31M€ à venir, Bologne peut aspirer à l’équilibre budgétaire en cas de maintien. L’objectif du canadien est de redresser la barre et de réinstaller durablement le club d’Émilie-Romagne dans l’élite du paysage footballistique italien après trois décennies assez compliquées ponctuées par une première relégation en B en 1981, une descente en C1 en 1993, une faillite, un retour en Serie A, une autre relégation en Serie B en 2005 et de graves soucis financiers en 2010 (une situation de quasi faillite).

Bologne mérite bien d’avoir une équipe en adéquation avec son glorieux passé et avec la fantastique ferveur régnant dans le très beau Renato Dall’Ara.