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Chievo Verona : le miracle permanent

Chievo Verona : le miracle permanent

L’un des « Petit Poucet » du calcio, le Chievo Verona est unique sur la scène du football italien. Unique car il est devenu le seul club issu des catégories régionales mineures à avoir grimpé tous les échelons de la pyramide du football national jusqu’à son accession en Serie A en 2001 puis en Coupe d’Europe en 2002. Unique également car Chievo est avant tout le nom d’un petit quartier périphérique situé au nord-ouest de Vérone, peuplé d’à peine 4000 âmes. Bourgade à part entière jusqu’en 1957, Chievo a été absorbé suite à l’extension de la ville. Malgré cela, les Mussi Volanti se paient le luxe de jouer dans la cour des grands depuis maintenant près d’une décennie. Un petit miracle pour un club pas très sexy à regarder, avec des moyens limités mais qui tous les ans défend chèrement sa place parmi l’élite. 

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Une ville, deux clubs

A l’instar de beaucoup d’autres villes en Italie (et en Europe), Vérone a la particularité de compter deux clubs au plus haut niveau national. Mais à la différence de Gênes, Milan, Rome ou encore Turin, la cité de Roméo et Juliette pour Shakespeare n’est pas la capitale de sa région : la Vénétie. Il s’agit de la Sérénissime : Venise. Les clubs de Vérone possèdent une caractéristique par rapport aux autres villes italiennes où évoluent deux clubs. Par exemple, alors que la Roma et la Lazio ont des couleurs et des symboles différents, les deux clubs véronais partagent les mêmes couleurs et les mêmes symboles.

Le club fondé en 1929 sous le nom de Opera Nazionale Dopolavoro (O.N.D.) Chievo décide d’adopter les couleurs de la ville de Vérone lors de son intégration à la commune en 1957. Exit le maillot à damier blanc et bleu. Place à une magnifique tunique jaune et bleu plus raccord avec les couleurs de la ville vénitienne. Le Chievo décide également de s’approprier les symboles de la ville. Ainsi sur son blason apparaît un chevalier monté représentant Alberto Canfrancesco della Scala, plus communément appelé Cangrande della Scala. Ce personnage est issu de la grande famille Della Scala, qui régna sur Vérone pendant 125 ans, de 1262 à 1387. Lui même a été Grand condottiere au XIVe siècle.

Les Della Scala, et par conséquent la ville de Verona, ont pour symbole une échelle. Cette échelle est présente sur le blason du Hellas Verona. En effet, en italien échelle se dit scala. Lors de la saison 2011, apparaît sur les maillots away et le third du Chievo une belle échelle. Cela est vite perçu par les dirigeants et les tifosi du Hellas comme un véritable affront. De quoi pimenter un peu plus une rivalité entre les deux clubs. Une rivalité toute récente.

De l’amateurisme au professionnalisme 

En effet, avant décembre 1994 et un match de Serie B, les deux clubs n’ont jamais eu l’occasion de se rencontrer. Leur trajectoire respective a longtemps été parallèle. Avec des fortunes diverses. Dans un championnat ultra concurrentiel avec la présence de Maradona, Platini ou Rummenigge, le Hellas a signé un des plus grands exploits du Calcio en remportant le scudetto millésime 1985. Un exploit encore dans toutes les mémoires. Même à l’heure actuelle.

Pendant ce temps là, les cousins du Chievo évoluent dans les profondeurs d’un championnat régional. La progression du club est lente mais constante. Dans un premier temps, le club va évoluer suite à la prise de contrôle de l’équipe par Luigi Campidelli. Cet industriel local, fondateur de Paluani fabriquant de pandoro et de panettone, permet au club de franchir les paliers. En 1975, ils atteignent la Serie D. Puis la Serie C2 en 1986.

C’est à cette époque que le club entame sa professionnalisation. Les Clivensi progressent en validant les étapes emmenant au sommet. L’ascension continue avec la Serie C1 en 1989. Puis la Serie B en 1994. Et enfin la Serie A en 2001. Depuis cette date, le Chievo a presque connu un sans faute.

Lors des saisons passées parmi les ténors de la Serie A, le club a connu des hauts et des bas. Des niveaux inattendus ont été atteints. Ainsi pour leur première saison en première division, les Vénitiens vont décrocher une splendide qualification pour l’Europe en terminant cinquième du classement. Mais l’apothéose intervient en 2006. En finissant quatrième de l’exercice, le Chievo atteint même la fameuse Ligue des Champions. Dans les faits, ce n’est que le tour préliminaire. Néanmoins, c’est quand même la Ligue des Champions. L’aventure sera de courte durée. En effet, les italiens échouent face au Levski Sofia (0-2/2-2) lors du troisième tour de qualification. Ils sont reversés en Coupe UEFA. Braga ne fait qu’une bouchée des néophytes. L’aventure européenne prend fin dès le premier tour.

Après les hauts viennent les bas. Cette saison 2006/07 est particulière pour le club. En effet, le Chievo passe de l’hymne de la Ligue des Champions à une relégation en Serie B. Cet intermède n’est que de courte durée. Juste le temps de décrocher le titre de Serie B. Depuis le « deuxième » club de Vérone n’a plus quitté la Serie A.

Le point sur cette saison

Avec six points d’avance sur le premier relégable (SPAL), les hommes de Maran ont un petit matelas d’avance sur la zone rouge. Cependant, ce soir, la réception du sextuple champion (la Juve) en titre n’arrive pas au bon moment. Le Chievo reste sur une spirale négative de cinq défaites et deux nuls dont un lourd revers logique (5-1) concédé contre la brillante Lazio d’Inzaghino mais aussi une défaite plus inquiétante face au promu Benevento, qui ne compte que deux succès en vingt et une rencontres.

Dans son effectif, Maran ne dispose pas de star. Le budget du club ne le permet pas. Il est composé de joueurs expérimentés compensant un certain déficit de talent par une grinta, une hargne de s’en sortir hors du commun. La récente blessure au genou de Roberto Inglese est un sacré préjudice pour l’attaque véronaise mais ce sera sûrement l’occasion de (re)voir l’une des icônes du club : Sergio Pellissier. L’attaquant de 38 ans, au club depuis 2000, meilleur buteur du club en championnat (108 buts), connait très certainement sa dernière saison en Vénétie. En fin de contrat en juin prochain, il n’a pas reçu de prolongation jusqu’alors.

Si le Chievo se maintient (cela est fortement possible), il devra à sa capacité à prendre des points à domicile. L’Atalanta, Naples et la Roma ont déjà partagé les points au Bentegodi. La Juventus est prévenue.