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AS Roma : un chantier à haut risque

AS Roma : un chantier à haut risque

Cet été, les dirigeants romains ont décidé de nommer sur le banc une ancienne connaissance du club : Eusebio Di Francesco. L’ex milieu de terrain, giallorosso de 1997 à 2001 (année du titre) est revenu à l’Olimpico après une expérience plus que positive à Sassuolo, où il a emmené le club romagnol de la B jusqu’en Europe. C’est un gros chantier qui attend le technicien des Abruzzes. Si, avec Sassuolo, il avait le temps de construire son projet, le contexte romain est beaucoup plus chronophage et exigeant. La médiatisation autour du club laisse peu de temps pour faire des tests. Il faut rapidement performer ou alors la sanction peut tomber tout aussi vite. Et avec la fin d’année 2017 vécue par la Louve (une élimination à domicile en Coppa Italia, deux défaites contre la Juve et l’Atalanta et un nul contre … Sassuolo), le match de dimanche contre l’Inter s’annonce déjà comme un rendez-vous sous haute tension dans la course à l’Europe. 

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Encore en construction

Pas de révolution tactique pour Eusebio di Francesco. Le technicien romain s’est inscrit dans la continuité par rapport à son prédécesseur (Spalletti) mais aussi par rapport à sa propre expérience. Il s’est donc naturellement appuyé sur le 4-3-3. Dans son schéma, EDF ne veut pas d’ailiers de débordement mais plutôt des joueurs venant de l’extérieur vers l’intérieur pour épauler le n°9 dans la boîte. L’espace ainsi libéré doit permettre à un milieu ou à un latéral de venir proposer une solution de débordement. Avec Sassuolo, l’apport offensif des latéraux était primordial dans son schéma tactique. Il réédite cela avec la Roma notamment grâce aux profils de Kolarov ou de Florenzi.

La différence tactique majeure entre Sassuolo et la Roma consiste à prendre plus de temps dans la construction des actions offensives. En effet, Sassuolo laissait le ballon à son adversaire. Dès la récupération, ils se projetaient vite en contre cherchant très rapidement la verticalité. Mais l’équipe de la Capitale a plus souvent la possession du ballon. Cette verticalisation est moins systématique par rapport à l’époque Sassuolo.

Si les premières prestations ne sont pas très abouties collectivement, elles l’ont été sur le plan comptable avec plusieurs séries de victoires consécutives. Mais l’équipe a du mal à confirmer contre les autres ténors du championnat. Lors de la phase aller, des défaites sont concédées face aux top teams du championnat (Inter, Juventus et Napoli). Petit à petit, la touche Di Francesco semble prendre. D’ailleurs, l’un des gros coups réalisés par cette Roma est une victoire à San Siro contre le Milan (0-2). Cependant, la fin d’année semble plus délicate pour la Louve et son coach. Une élimination précoce à domicile en Coppa Italia contre le Toro (1-2) suivie trois jours plus tard par une défaite à l’Allianz Stadium face à la Juve (1-0). La spirale négative se poursuit par deux résultats négatifs à l’Olimpico : un nul contre Sassuolo (1-1) et une défaite contre l’Atalanta (1-2). La mini-trêve hivernale est arrivée au bon moment pour recharger des batteries aussi bien physiquement que mentalement. Le 4-3-3 de Di Francesco semble être sur le fil du rasoir. Va t-il persister dans cette voie ou va t’il changer de système ?

Une attaque en panne

La saison dernière, avec 90 buts, les romains avaient placé la barre très haut. Dzeko avait logiquement décroché le titre honorifique de Capocannoniere. Lors de cet exercice, classés huitième attaque de Serie A, les Giallorossi marchent à l’ordinaire. Le Bosnien a également baissé de régime. Après une série de six buts consécutifs en septembre, Edin connait une longue période de disette. Il finit la phase aller avec seulement 9 buts en 19 matches. Loin du duo Immobile (20 buts)/ Icardi (18 buts).

Autres déceptions offensives, nous pouvons également citer les noms d’autres coéquipiers de l’attaque romaine :

  • Cengiz Under : avec seulement 4 titularisations en championnat et une en Coupe, le jeune ailier turc de 20 ans est utilisé avec parcimonie par EDF. Décevant contre Benevento, il est même remplacé après la pause par El Shaarawy. Lors de ses autres apparitions, il doit se contenter de quelques minutes en fin de match. Pas évident de se montrer à son avantage.
  • Grégoire Defrel : l’attaquant français a suivi son coach jusque dans la Capitale. Son parcours atypique l’a conduit chez un ténor de Serie A. Mais l’adaptation est délicate pour le self-made man. D’habitude percutant et bon finisseur, il a été emprunté lors de ses premières apparitions avant d’être embêté par les blessures.
  • Stefan El Shaarawy : Il Faraone est retombé dans son péché mignon : l’irrégularité. Capable de match de haut vol comme contre Chelsea où il a signé un doublé, il n’arrive pas à reproduire ses bonnes prestations sur la durée. Plutôt branché sur courant alternatif, il ne pèse pas assez sur la ligne d’attaque quand il est aligné par Di Francesco.
  • Diego Perrotti : le fantasque argentin, véritable feu-follet offensif pêche aussi par son irrégularité à l’instar de son alter-égo de l’aile droite. Peu influent, son jeu est devenu trop stéréotypé pour provoquer réellement le danger. Nous sommes loin des performances produites par l’ailier lors de la saison 2016/17.
  • Patrik Schick : après un transfert avorté à la Juve, le Tchèque a pris la direction de Rome à la suite d’un feuilleton comme seul le mercato peut en produire. Perturbé par une longue indisponibilité (sa fin de carrière précoce a même été un temps évoqué), l’attaquant a récupéré du temps de jeu en fin d’année. Joueur axial de formation, il est utilisé sur une aile par EDF. Pas très à son aise, nous n’avons pas retrouvé le joueur explosif qui rentrait en cours de match et faisait la différence avec les Blucerchiati.

Une défense solide

L’un des points de satisfactions est la solidité de la défense. Deuxième meilleure défense de Serie A, les défenseurs romains n’ont seulement concédés que 14 buts soit un de plus que celle du Napoli et un de moins que celle de la Juve et de l’Inter. Alors que Monchi avait recruté l’international mexicain Héctor Moreno, en provenance du PSV Eindhoven, la charnière centrale composée de Fazio et Manolas s’est imposée comme la solution privilégiée par le technicien italien. Solides et complémentaires, les deux hommes forment un duo de très haut niveau. Même si l’Argentin a connu quelques passages à vide coupables en fin d’année civile.

Autre bon coup du DS espagnol, l’arrivée du latéral Aleksandar Kolarov en provenance de Manchester City est une des bonnes pioches du mercato estival romain. Malgré son passé laziale, le serbe s’est vite mis les tifosi dans la poche. Ainsi dès le premier match de la saison face aux surprenants bergamasques, il délivre les siens d’un coup franc malicieux passant sous le mur de la Dea pour tromper Berisha. Seul tir cadré du match, ce but offre une victoire inaugurale aux siens. Comme nous l’avons vu ci-dessus, EDF demande beaucoup à ses latéraux. C’est donc grâce à son activité incessante sur le flanc gauche qu’il a séduit les supporters.

Autre satisfaction défensive, le gardien brésilien Alisson Becker a parfaitement suppléé le polonais Wojciech Szczesny parti à la Juventus. Avec 9 clean sheets à son actif en championnat, Alisson a produit des prestations qualitatives. Il a même tapé dans l’oeil de plusieurs clubs européens très réputés. Des échos sont parus dans la presse d’un intérêt appuyé du PSG et du Real Madrid pour le portier international auriverde.

Brillamment qualifiés (1er) en Champion’s League dans un groupe très concurrentiel et relevé composé notamment du Chelsea de Conte et de l’Atletico de Simeone, la Roma se prépare à une double confrontation (à leur portée) contre les ukrainiens du Shakhtar. Décrochés de la lutte pour le titre (-12 mais avec un match en retard à jouer contre la Samp le 24/01 prochain), les romains sont encore bien positionnés pour la course une place dans le top 4, synonyme de qualification à la prochaine Ligue des Champions. Pour y parvenir, il faudra mieux gérer les rencontres contre les gros de Serie A et améliorer le rendement offensif de l’équipe. Le chantier est important pour Di Francesco. Aura t’il le temps de le mener à bien ?