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Tottenham-West Ham : chronique d’un derby londonien

Témoin privilégié de ce match en retard de la 21ème journée de Premier League, ce papier a pour but de vous débriefer cette journée extraordinaire pour un supporter français de foot britannique mettant les pieds pour la première fois dans un stade mythique pour bon nombre de passionné de ballon rond : Wembley. Véritable temple du football, l’enceinte de l’ouest londonien accueille temporairement les matches à domicile des Spurs, dans l’attente de la livraison de leur nouvel écrin ultra-moderne : le nouveau White Hart Lane. Ce derby londonien avait tous les ingrédients pour être une belle partie : une rivalité entre les supporters, la bonne forme de Tottenham pendant la Boxing week (9/9 avant ce match), le rebond des Hammers depuis la nomination de David Moyes. Bref, c’est avec enthousiasme que nous avons assisté à cette opposition londonienne.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Contexte

Rédacteur couvrant la Premier League (et la Serie A) pour @zonemixteFr depuis août dernier, je regarde les rencontres de championnat avec encore plus d’attention qu’auparavant. J’avais déjà prévu de me rendre en Angleterre pour couvrir un match en live, pour me mettre un peu dans la peau d’un Philippe Auclair. A l’occasion du Boxing Day, j’avais ciblé plusieurs matches en fonction du calendrier. Deux rencontres avait attiré mon attention : Tottenham-Southampton et Watford-Leicester. D’ailleurs, la perspective d’aller à Wembley m’était déjà apparue comme très séduisante. Mais pour des raisons personnelles et administratives, ce projet est tombé à l’eau. J’ai donc suivi cette période très intense et dense à la télé (comme beaucoup de monde).

Le 02 janvier dernier, suite au match opposant West Ham à West Bromwich Albion, j’ai regardé machinalement le calendrier. Et là, un alléchant Tottenham-West Ham m’est apparu comme une illumination de Noël, un peu après l’heure il faut bien dire. Un coup d’œil sur mon agenda personnel, sur mon compte en banque et après une brève négociation avec mon épouse, les réservations étaient bookées.

Nous sommes donc partis (avec mes filles) en direction du Royaume-Uni pour une journée à Londres. Au programme pour nous faire patienter jusqu’au coup d’envoi, direction Kensington pour : un repas au pub, une visite express au Natural History Museum et un tour chez Harrods imposée par ma fille aînée de 14 ans. Mais juste pour le plaisir des yeux. Puis retour vers Wembley Park, pour l’apogée de la journée.

Découverte

Après une petite pause bien méritée, nous empruntons l’Olympic Way, immense voie piétonne allant de la station de métro jusqu’au stade illuminé à 500 mètres de nous. Ce n’est plus l’enceinte (déjà très) majestueuse que j’avais découvert (sans y avoir pénétré) à l’occasion d’un voyage scolaire en 1990. Ça ne me rajeunit pas. Les Twin Towers ont disparu pour laisser place à une arène futuriste surmontée d’une arche lumineuse. Inauguré en 2007, le nouveau stade a quand même conservé les sièges rouges caractéristiques avec le nom de Wembley en bleu marine derrière chaque but.

Après une photo souvenir de la statue de Bobby Moore, icône de West Ham et capitaine de la sélection anglaise sacrée championne du Monde en 1966 ici même, nous passons les portiques de sécurité. Placés au troisième étage, nous prenons possession de nos places. Comme dans beaucoup de stades similaires, une impression de grandeur, de majesté se dégage quand nous pénétrons à l’intérieur. La visibilité est bonne malgré notre position élevée. Une clameur monte à l’entrée des joueurs locaux pour l’échauffement. Chose commune à beaucoup de stade anglais, l’affluence arrive tardivement. Jusqu’à 10 minutes avant le coup d’envoi, les travées sont encore bien clairsemées pour se remplir comme un tsunami humain au dernier moment.

Finalement, 50 034 spectateurs ont pris place. L’ambiance monte progressivement. Les équipes pénètrent sur le terrain. Et à 20h (heure anglaise) Mike Dean libère les acteurs du jeu.

Le match

Le scénario du match est conforme à ce que nous pouvions attendre d’une rencontre entre une équipe luttant pour le top 4 qualificatif pour la Champion’s League et une autre luttant pour sortir du Bottom 3 synonyme de relégation en fin de saison. Tottenham domine largement les débats. Ils sont supérieurs dans tous les secteurs du jeu. Eriksen est l’architecte du jeu offensif. Élément déclenchant toutes les actions du trio formé avec Dele et Kane, c’est lui qui dicte le tempo de son équipe. D’ailleurs, les stats de la 1ère mi-temps parlent d’elles-mêmes : 74 % de possession, 12 tirs (mais seulement 3 cadrés), 4 corners et un but refusé pour un hors-jeu de Kane (16ème minute). West Ham subit mais ne rompt pas. Leur plan de jeu est simple, pour ne pas dire simpliste. Bien défendre puis essayer de contrer grâce à Chicharito et Lanzini. Mais sans succès en 1ère période. Les Londoniens de l’Est ont été impuissant avec 0 tir tenté en 45 minutes.

Le match reprend sur les mêmes bases qu’en première période, Tottenham essaie de forcer le verrou mais le bus à impériale placé devant le but d’Adrian repousse toutes les tentatives. Et comme souvent dans ce genre de match, l’équipe dominée prend confiance. Puis comme un éclair, Pedro Obiang s’avance jusqu’aux trente mètres et décoche une frappe puissante et précise qui nettoie la lucarne d’un Lloris impuissant. Ce but a l’effet d’un climatiseur sur les supporters des Spurs pourtant déjà frigorifiés par le climat hivernal du soir. Sur le premier tir cadré (le seul et unique d’ailleurs) du match, West Ham ouvre le score. C’est le hold-up parfait.

Pocchetino lance ses forces offensives dans la batailles. Lamela et Llorente entrent. L’attaque/défense s’intensifie encore plus. Les fans de West Ham, eux, croient en la victoire. Mais Heug-Min Son répond au milieu espagnol de West Ham. Il postule pour le concours du plus beau but de la soirée. Le Sud-Coréen égalise d’une frappe aussi limpide que celle d’Obiang. Avec ce but, les supporters des Spurs reprennent espoir en la victoire. L’ambiance remonte d’un cran. Les Lillywhites poussent mais West Ham tient bon et obtient le point qu’ils étaient venus chercher. De façon un peu miraculeuse par rapport à la physionomie du match. Tottenham aurait dû l’emporter mais a parfois été trop brouillon et maladroit, à l’image d’un Sissoko envoyant la balle directement en touche en voulant faire une passe à l’aveugle à Aurier ou d’un Dele peu à son avantage, pour gagner ce match.

Assister à un derby londonien avec mes filles, dans un stade aussi mythique que Wembley a été une expérience fantastique. J’ai pendant un moment été assez envieux des supporters de Tottenham en particulier et anglais en général qui connaissent cela toute l’année. Si le scenario du match n’a pas permis d’obtenir une ambiance encore plus exaltée, Wembley a explosé sur l’égalisation de Son. Le bilan de cette journée est plus que positif. Nous sommes rentrés avec le plein d’émotions, de souvenirs et avec une seule envie, celle de retourner en Angleterre pour y découvrir d’autres stades magiques. Et ce n’est pas le choix qui manque au pays du football.