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Lazio : indispensable Sergej

Lazio : indispensable Sergej

Véritable pierre angulaire de l’entrejeu laziale, le talentueux milieu de terrain serbe Sergej Milinković-Savić a encore démontré dimanche soir contre l’Atalanta toute l’étendue de ses qualités. Le joueur âgé de 22 ans affole les gazettes et les têtes. A tel point qu’ils étaient nombreux présents au sein des tribunes du stade Atleti Azzurri d’Italia pour l’observer une énième fois. Des scouts de Barcelone, de Chelsea, de la Juventus, de Manchester City, de Manchester United, de l’AS Monaco et du PSG ont donc pu assister à une nouvelle performance de grand standing. D’abord avec un doublé pour permettre aux siens de recoller au score puis en participant activement à la construction de l’action amenant l’égalisation à 3-3. De quoi faire encore grimper sa valeur mais lui se plait à Rome. D’ailleurs, son départ laisserait un vide difficile à combler. 

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Parcours

Né en Catalogne, dans la ville de Lerida, ses parents étaient tous deux sportifs de haut niveau. Si maman était basketteuse, Sergej a préféré suivre les traces de son père, ancien milieu de terrain passé par l’Espagne, le Portugal et l’Autriche. C’est d’ailleurs au sein de la section jeune du dernier club de son paternel : le Grazer AK que le jeune garçon s’initie au ballon rond avant un retour familial au pays en 2006. Sergej poursuit donc sa formation au sein de l’équipe de Novi Sad : Vojvodina. Il y remporte deux championnats juniors nationaux consécutifs avant de signer son premier contrat en 2012. En 2013, il fait ses débuts avec les seniors en novembre. Le temps pour lui de remporter la Coupe de Serbie lors du centenaire de son équipe.

Mais ce sont surtout ses performances avec l’équipe nationale de Serbie qui le mettent sous les projecteurs. D’abord lors du Championnat d’Europe 2013 des U19 en Lituanie. Il joue un rôle déterminant dans la victoire de son pays dans cette compétition. Puis en 2014, le nouveau bon parcours de la Serbie lors de l’Euro U19 lui vaut de susciter l’intérêt de nombreux clubs. Finalement, il s’engage en faveur du Racing Genk pour 400 000€. Bien que l’écurie belge ne soit pas la plus huppée du Royaume, ni d’Europe, elle bénéficie d’une solide réputation notamment dans la formation et la post-formation des jeunes. Nous pouvons citer les noms de Leon Bailey (Leverkusen), Thibault Courtois (Chelsea) ou de Kevin De Bruyne (Man City) passés par les rangs de cette équipe ou encore celui de Sander Berge (milieu norvégien de 19 ans) y évoluant actuellement mais peut-être plus pour longtemps.
Une nouvelle fois, ses superbes performances avec l’équipe serbe U20 marquent les esprits. Lors du Mondial de 2015 disputé en Nouvelle-Zélande, il remporte la compétition. Et il est distingué par le titre de Ballon de Bronze, synonyme de troisième meilleur joueur de la compétition. Le club romain de la Lazio flaire le bon coup. Ils n’hésitent pas à débourser 10M€ pour s’attacher ses services.

Une montée progressive en régime

Pour sa première saison en Italie, il démontre du talent. Mais un talent encore brut. Et après un an d’adaptation à la rigueur tactique de la Serie A où il a alterné les bonnes prestations mais également quelques passages sur le banc pour apprendre, l’intersaison 2016 a été un tournant dans sa jeune carrière. Après seulement deux jours, Marcelo Bielsa démissionne. Lotito récupère son coach intérimaire de la saison écoulée. Ce dernier en partance pour la Salernitana, autre équipe du président laziale, n’est autre que Simone Inzaghi.

Le technicien italien a saisi pleinement l’opportunité proposée. Il a élaboré un XI produisant un football moderne axé sur une récupération rapide du ballon avec un pressing haut, un jeu de passe en mouvement et une forte tendance à l’offensive. Dans ce schéma, Milinković-Savić est devenu l’un des atouts majeurs de son équipe. Il a totalement explosé sous les ordres d’Inzaghi. La saison s’est conclue par une belle cinquième place avec 70 points et une défaite en finale de la Coupe d’Italie face à la Juve (2-0). Au cours de cette épopée, les Biancocelesti se sont débarrassés de leurs meilleurs rivaux : la Roma. Lors de cette double confrontation, les performances de Sergej ont encore été des plus éblouissantes. De quoi entrer un peu plus dans le cœur des tifosi laziali.

Depuis la finale de la Coppa, la Lazio a pu doublement prendre sa revanche sur la Juventus. D’abord en août lors de la Super Coupe puis en octobre lors du déplacement à Turin pour une des rares défaites de la Juventus sur son terrain. A chaque fois, Sergej a livré des prestations complètes et abouties. Cette saison, il a constamment progressé devenant l’un des milieux les mieux notés de la ligue. Sa dernière production à Bergame se suffit à elle-même.

Profil

Prototype du joueur moderne, Sergej est complet. Polyvalent, il peut occuper plusieurs postes du milieu avec la même efficacité. Au sein du 3-5-1-1 concocté par Simone Inzaghi, il est habituellement utilisé dans l’axe gauche d’un milieu de terrain composé par Lucas Leiva, remplaçant de Biglia au poste de numéro 6, par Marco Parolo son alter-ego de l’axe droit et par le meneur de jeu espagnol Luis Alberto. Mais en fonction des absences ou des choix tactiques de son coach, il peut dépanner ailleurs. Lors du derby romain du 30 avril dernier remporté 3-1 par ses troupes, Inzaghino n’avait pas hésité à le placer en meneur de jeu. Un choix brillant puisque Sergej avait parfaitement lancé Baldé Keita pour l’ouverture du score.

Puissant, il sait mettre de l’intensité dans les phases défensives et à la récupération du ballon. Cependant, souvent trop engagé dans ses tacles, il possède déjà une très belle collection de carton en tous genres : 17 jaunes et 1 rouge en 75 apparitions de Serie A. N’hésitant pas à se projeter rapidement lors des phases offensives, il apporte le surnombre dans le camp adverse. Avec son mètre 92, il excelle dans le jeu aérien. Il devient dès lors une arme redoutable sur les différents coups de pieds arrêtés. Comme souvent avec les joueurs originaires des Balkans, il est à l’aise balle au pied possédant une très bonne technique individuelle. Également efficace devant le but, il possède des stats intéressantes de 7 buts et 3 passes décisives toutes compétitions confondues. En progrès, il s’est amélioré dans la finition comme nous l’avons vu après son doublé de ce weekend. Ainsi en 59 rencontres de championnat disputées lors des saisons 2015/16 et 2016/17, il n’avait fait trembler les filets qu’à cinq reprises. Depuis le début du nouvel exercice, il a déjà atteint ce chiffre. Mais en seulement 15 matches de Serie A.

Conscient de son immense talent, son président Claudio Lotito a d’ores et déjà annoncé la couleur en fixant un prix de départ très élevé pour son joueur : 100M€. Si Sergej devait partir, le club s’y retrouverait financièrement en opérant une superbe plus-value. Néanmoins, un départ peu probable en ce mercato hivernal si nous suivons les récentes déclarations du joueur ou des dirigeants laziali. Cependant, il va être difficile de le conserver l’été prochain surtout si certains clubs à la surface financière exponentielle décident vraiment de passer à la vitesse supérieure dans ce dossier. Et surtout si Sergej reproduit avec sa sélection, à l’occasion du Mondial russe, les mêmes prestations qu’avec son club actuel.