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United-City : ils ont porté les 2 maillots

United-City : ils ont porté les 2 maillots

Encore une fois, les deux clubs de Manchester vont se disputer la suprématie de la ville entière le temps d’un match de football. Dimanche soir vers 19H15 (heure française), la grande ville industrielle du nord-ouest du Royaume sera Rouge ou Bleue (sauf en cas de résultat nul) jusqu’au prochain derby prévu normalement le weekend du 07/08 avril 2018. Même si l’opposition entre chaque camp est très marquée, cela n’a pas empêché certains joueurs d’endosser les deux tuniques. Retour sur ces stars qui n’ont pas hésité à franchir la ligne blanche.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Billy Meredith : City 1894/1906 – United 1906/1921 – City 1921/1924

Considéré comme l’une des premières stars du football, cet ailier gallois à la longévité record a largement démontré ses qualités de dribble, de passe, de centre et de tir. En avance sur son temps, il était très pro avant même de l’être. Véritable ascète, il ne buvait ni ne fumait et incitait ses coéquipiers à suivre ses pas. Sa carrière décolle lorsqu’il rejoint Manchester City. Il passe professionnel un an plus tard. Capitaine des Citizens lors du succès en FA Cup (1904), il rejoint pourtant United deux ans plus tard. Son transfert (gratuit) intervient à la suite d’un scandale le mettant en cause dans une tentative de corruption lors d’un match opposant City à Aston Villa. Suspendu 18 mois, il termine sa peine avant d’enfiler la tunique rouge et de remporter le titre dès sa première saison complète au club. Au total, il passe 15 saisons chez United garnissant son palmarès. A plus de 46 ans, il retourne à City pour y disputer encore 3 saisons. Il joue son dernier match à l’âge de 49 ans et 245 jours. A cette occasion, il devient le plus vieux joueur à avoir disputer un match pour les Citizens. Impliqué dans la création du syndicat Player’s Union, précurseur de la Professionnel Football’s Association, il a lutté pour de meilleures conditions pour les footballeurs de l’époque. En 2004, il intègre le Manchester City Hall of Fame.

Denis Law : City 1960/61 – United 1962/1973 – City 1973/1974

Après 4 saisons à Huddersfield, Dennis Law débarque à City pour la somme record à l’époque de 55 000 £. Après une seule et unique saison réussie avec les Citizens, il s’envole pour l’Italie et le Torino contre 110 000£, nouveau record pour un transfert. N’arrivant pas à s’adapter au catenaccio, système de jeu ultra-défensif et très tendance à l’époque dans la péninsule, Law revient en Angleterre. Encore une fois, son transfert fait valser les £. United verse 115 000 £ pour signer l’attaquant écossais. Et très vite, il devient la coqueluche du peuple Red. Formidable footballeur et joueur de caractère, ses frasques ne l’empêchent pas de décrocher le Ballon d’Or 1964. Avec ses partenaires d’attaque : George Best et Bobby Charlton, il forme la United Trinity, trio d’attaque très prolifique et resté dans toutes les mémoires pour avoir grandement contribué au premier sacre européen d’une équipe anglaise en 1968. Lors de ses 11 saisons à Old Trafford, il participe à 404 matches pour 237 buts. En 1973, il retourne à City pour une ultime saison. Et pour son retour à Old Trafford, esseulé dans la surface de but il signe l’unique réalisation du match d’une sublime talonnade pleine de malice et de maîtrise technique. Il ne célèbre pas son but. Peut-être sait-il que ce but est synonyme de relégation pour son ancienne équipe ? A l’issue de la saison, il se retire après 18 ans de carrière.

Peter Schmeichel : United 1991/1999City 2002/2003

Recruté par United contre la somme modique de 750 000£ en provenance de Brøndby, Schmeichel a vite démontré tout son talent dans les cages du Théâtre des Rêves. Excellent sur sa ligne mais aussi dans les sorties aériennes ou dans les sorties dans les pieds des attaquants, le danois était un gardien extrêmement agile, malgré un physique imposant. Leader charismatique, il n’hésitait pas replacer ses défenseurs parfois avec véhémence. Dépourvu de faiblesses évidentes, il était également souvent la première rampe de lancement des actions de son équipe. Il prend part au renouveau du club sous l’ère Ferguson (avec qui les relations n’ont pas toujours été au beau fixe) en remportant de nombreux titres dont la Ligue des Champions 1999 face au Bayern. Considéré comme l’un des plus grands gardiens de but de l’histoire, et 3 ans après son départ d’United, il rejoint Manchester City pour une dernière pige. Schmeichel a réussi le petit exploit à demeurer invaincu lors de tous les derbys entre les deux clubs qu’il a disputé. D’ailleurs, en 2002/03, il a gagné le derby à Maine Road et fait match nul à Old Trafford.

Andy Cole : United 1995/2001 – City 2005/2006

Formé à Arsenal mais où il n’aura jamais véritablement eu sa chance, Andy Cole a réellement explosé aux yeux du grand public sous le maillot des Magpies. Un peu plus de deux ans après ses débuts à St James’ Park, Cole fait l’objet d’une offre trop alléchante pour être refusée par le board de Newcastle. Il est transféré lors du mercato hivernal. Ses débuts sont une immédiate réussite avec 12 buts en 18 matches. Cependant dans les dernières minutes du dernier match de la saison 1994/95, il manque deux occasions franches contre West Ham. United est contraint de concéder le nul (1-1) et laisse le titre s’envoler vers Blackburn.  Si ensuite Cole a eu du mal à trouver ses marques dans une équipe bâtie autour du King Canto, Cole a néanmoins réussi à s’imposer malgré une rude concurrence. Son association avec Dwight Yorke lui a permis de former un des duos d’attaquants les plus complices de ces dernières années. Vainqueur du titre 5 fois d’affilé et de la seconde Ligue des Champions de MU, il gonfle son palmarès. Barré par l’arrivée de Van Nistelrooy et en manque de temps de jeu, il rejoint les Rovers fin décembre 2001. Finalement, il retourne à Manchester en 2005 mais pour enfiler le maillot des Blues. Son retour n’est finalement que de courte durée. Le temps d’une seule saison. Une saison honorable terminée dès mars suite à une blessure. Andy Cole se place troisième au classement des meilleurs buteurs de l’histoire de la Premier League avec 187 buts.

Carlos Tevez : United 2007/2009 – City 2009/2013

L’histoire de Tevez avec United est complexe mais passionnante. Cela débute par un but. Un but non pas inscrit pour United mais contre les Red Devils. Alors que West Ham lutte pour ne pas descendre, les Hammers l’emportent 1-0 à Old Trafford lors de la dernière journée. Ils se sauvent grâce à ce but si précieux. La prestation de l’Apache ne laisse pas insensible Ferguson. Le buteur argentin prend alors le chemin de Manchester. Son transfert est plus mouvementé que les telenovelas sud américaines. Finalement, il est prêté pour deux ans. Et dès sa première saison, il remporte le championnat et la troisième Ligue des Champions du club. Attaquant puissant, habile balle au pied, il est très utile à son équipe dans les phases de non possession par son jeu de corps en servant de point d’appui pour ressortir le ballon. Buteur d’instinct, il est souvent bien placé pour reprendre les balles perdues dans la boîte. Malgré ses qualités, Sir Alex n’est totalement convaincu par l’investissement personnel de son joueur notamment à l’entrainement. Dans un premier temps, United hésite à débourser les 25,5M £ puis finalement accepte l’offre de Kia Joorabchian *. Trop tard. Tevez ne veut plus porter le maillot rouge. Mais il ne part pas loin. Il file à l’anglaise vers … City. Des panneaux « Welcome to Manchester » avec Tevez en fond d’image s’affichent en ville reprenant ironiquement ceux de leur voisin. Si les deux premières saisons sont excellentes avec une pluie de buts (52 en 86 matches TCC), un incident entre l’argentin et son coach Roberto Mancini obscurcit momentanément son horizon avec les Citizens. Sanctionné par son club, il manque une bonne partie de la saison 2011/12. Si son équipe remporte le titre en 2012, son implication est minime. Sa dernière saison est plus conforme avec le standing du buteur. Mais quelque chose s’est rompu. Après avoir menacé de mettre un terme à sa carrière, déclaré vouloir rentrer en Argentine à Boca, il part en Italie et rejoint la Juventus.

En bonus, voici deux joueurs devenus entraîneurs de l’autre camp à l’issue de leur carrière : 

Sir Matt Busby : Joueur City 1928/1936 –  Coach United 1945/1969 et 1970/1971

Avant de devenir le manager brillant à la tête des Busby babes, le joueur Matt Busby a débuté sa carrière avec City dès ses 18 ans pour 5£ par semaine. Joueur très intelligent avec une bonne qualité de passes, il opère au milieu du terrain ou sur l’aile droite. En 1930, United tente de recruter Busby mais n’arrive pas à trouver les 150£ nécessaires pour boucler l’affaire. Finalement, après huit saisons à City il part à Liverpool. Il termine sa carrière de joueur en 1940 dès le début de la WWII. Dès février 1945, Busby s’occupe du club de Manchester United même si son contrat ne débute officiellement qu’en octobre 1945. Conscient du travail qu’il l’attend, il annonce à ses employeurs au moins un délai de cinq ans pour que sa vision ait un impact sur les résultats du club. Manchester n’est pourtant pas loin de rafler la mise plus tôt que prévu. Ils échouent 4 fois à la seconde place du classement en 1947, 1948, 1949 et 1951 avant de remporter le titre en 1952. Le premier depuis 1911. Après ce titre, Busby commence à remplacer un effectif devenu vieillissant. Malgré un budget transfert conséquent, le technicien recrute des jeunes joueurs comme Duncan Edwards. Le succès est immédiat avec un nouveau sacre en 1956. United reste invaincu toute la saison. Ils doublent la mise en 1957. Mais cette merveilleuse équipe est foudroyée par un crash aérien à Munich en février 1958. 23 personnes meurent. Busby est lui-même gravement blessé. Il reconstruit l’équipe avec les rares rescapés et recrutent Denis Law et George Best. Son équipe décroche une nouvelle FA Cup en 1963, deux titres en 1965 et 1967 ainsi que la Coupe des Champions en 1968. En janvier 1969, il annonce son départ du club à l’issue de la saison. Il revient temporairement sur le banc de décembre 1970 jusqu’en juin 1971. Une statue de lui trône à Old Trafford récompense pour son immense carrière à United longue de près de vingt-cinq ans et comprenant pas moins de treize trophées.

Mark Hughes : Joueur United 1980/1986 et 1988/1995 – Coach City 2008/2009

Arrivé à l’âge de 15 ans au club, il intègre l’effectif pro deux ans plus tard. Lors de sa première saison, il a du mal à faire son trou dans l’équipe. Le mercato estival suivant et le repositionnement tactique de certains de ses coéquipiers lui permettent de gagner ses galons de titulaire. Il signe deux saisons étincelantes ponctuées par une FA Cup en 1985 et un record personnel de but (17 buts) inégalé tout au long de sa carrière. Ses prestations attirent les recruteurs. Il file en Espagne au Barça. Son passage en Catalogne n’est pas satisfaisant. Il est envoyé un an en prêt au Bayern puis rentre au bercail pour un nouveau bail avec les Red Devils. Sir Alex Ferguson est en charge de l’équipe. Si les résultats ne sont pas mirobolants avec une 11ème place, Hughes se refait une santé. Il est même élu joueur de l’année par la PFA. Une première pour un joueur d’United depuis 16 ans. Son second passage est un succès et marque le début de l’ère Ferguson. Avec deux titres de champion, trois FA Cup, une League Cup, trois Charity Shield, une Coupe des Vainqueurs de Coupes et une Super Coupe, Hughes s’est forgé un superbe palmarès. Il quitte United pour Chelsea et joue encore huit ans avant de raccrocher les crampons. Après avoir entamé sa reconversion par le poste de sélectionneur national de son pays : le Pays de Galles, il débarque à Manchester City pour succéder à Sven-Göran Eriksson. Mais la donne va vite changer. Le 1er septembre, un groupe d’investisseurs d’Abu Dabhi prend le contrôle des Citizens. Si la manne financière émanant du Golfe pour confectionner son équipe est très importante, la pression inhérente avec le changement de statut du club s’accroît également sur ses épaules. Le classement décevant (10ème) de sa première saison cumulé avec un recrutement estival XXL (Emmanuel Adebayor, Gareth BarryJoleon Lescott, Roque Santa CruzSylvinhoCarlos Tevez et Kolo Touré) ne lui laisse que peu de marge de manœuvre. Et après seulement 2 victoires en 11 matches consécutifs de Premier League, il est remplacé par Roberto Mancini en décembre 2009.