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Le Derby d’Italie : ils adorent se détester

Le Derby d’Italie : ils adorent se détester

Inventée par le journaliste italien Gianni Brera en 1967, l’expression «derby d’Italia» met en avant la profonde rivalité entre les deux équipes. Une rivalité d’habitude seulement rencontrée entre deux clubs d’une même ville. Pour concocter un bon derby, il faut plusieurs ingrédients. Le premier, une volonté marquée de suprématie locale. Dans ce cas précis, la suprématie devient régionale entre deux régions phares de la péninsule : la Lombardie et le Piémont. Le second, une concurrence sportive. Là, cela se traduit par l’obtention de nombreux titres de chaque côté. Les deux clubs sont les plus titrés d’Italie. (Oui je sais, Milan a aussi 18 titres comme leurs cousins nerazzurri) Et le troisième, un profond désamour entre les supporters de chaque équipe. Différents scandales ont exacerbé les rancunes entre les tifosi avec en point d’orgue l’affaire récente du Calciopoli. Le tout en fait une des rencontres les plus intenses de la saison qu’aucun des deux camps ne veut perdre. 

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Les origines

Si la rivalité sportive entre Milan et Turin n’a réellement débuté qu’au cours des années 30, dans les dix premières années de la poule unique du championnat, époque où la domination insolente de la Juve et de l’Inter n’a laissé que des miettes à leurs rivaux, historiquement parlant les régions de Lombardie et du Piémont ont toujours été deux rivales dans l’Histoire italienne, au sens général du terme. Encore aujourd’hui d’ailleurs. Première puissance économique régionale d’Italie, la Lombardie est l’un des acteurs majeurs dans l’économie du pays accueillant de nombreux pôles industriels, financiers, et commerciaux du pays. Principal bassin d’emploi de la péninsule, en 2008 le PIB par habitant était supérieur de 35% à la moyenne européenne. De son côté, le Piémont est une région riche tant du point de vue agricole qu’industriel. La production est aussi variée qu’abondante avec la culture de céréales (riz, maïs …) ou avec la viniculture. C’est l’une des plus grandes régions viticoles d’Italie. La réussite industrielle est parfaitement symbolisée par FIAT faisant venir des salariés de toute la botte pour produire les véhicules du géant automobile.

Plusieurs anecdotes émaillent l’histoire entre les deux clubs depuis leur création respective en 1897 et 1908. Cependant, celle survenue en 1961 condense bien pourquoi ces deux clubs se détestent. Lors de l’avant dernière journée de l’édition 1960/61, 5000 supporters de la Juve remplissent San Siro. Certains assistent au match au bord du terrain. Mais après d’importants mouvements de foule en première mi-temps, l’Inter est désigné vainqueur sur tapis vert. Cependant, à une journée de la fin du championnat, la fédération décide d’annuler cette décision. Et on refait le match. (Désolé, c’était trop tentant) A l’instar d’un Adriano Galliani cumulant son poste d’administrateur délégué du Milan et vice-président de la Lega Pro, le président de la Juve : Umberto Agnelli était aussi président de la fédération. Bien avant le PSG-OM de mars 2006, l’Inter marque son mécontentement en envoyant son équipe de jeunes pour le replay. Et s’incline lourdement et logiquement 9-1. Ce match marque les débuts en Serie A d’un petit jeune du centre de formation de l’Inter. D’ailleurs, il est l’unique buteur de son équipe. Le premier d’une longue liste. Ce jeune homme âgé de 19 ans deviendra une bandiera nerazzurra ne connaissant qu’une seule tunique au cours de sa carrière. Il s’agit de Sandro Mazzola  Ce match est aussi spécial pour une autre icône, juventina cette fois, qui rentre aux vestiaires dès la fin du match. Il s’approche de l’intendant du club. Il lui remet ses crampons et lui dit :

«Prends-les. A moi, ils ne me serviront plus. Aujourd’hui j’arrête le football»

Giampiero Boniperti vient de mettre un terme à son immense carrière avec le 12ème titre de la Vecchia Signora dans la poche.

Le Calciopoli

Un événement récent va cristalliser toutes les rancœurs entre les deux tifoserie. Si ce nouveau scandale implique plusieurs clubs (Arezzo, Fiorentina, Lazio, Milan et la Reggina), la Juventus est l’équipe la plus lourdement sanctionnée. Rétrogradée en Serie B avec 9 points de pénalités pour débuter la nouvelle saison, elle voit les titres de 2005 et 2006 lui être retirés. Le premier est laissé vacant, le second est attribué à l’Inter. Elle ne peut participer à l’édition 2006/07 de la Ligue des Champions. Outre la sanction sportive, fortement contestée par les tifosi de la Juventus, c’est bien surtout le fait que « leur » titre ait été attribué à l’Inter qui n’a jamais été accepté de leur part.

Les lombards en profitent pour débuter un nouveau cycle de domination du calcio avec 5 titres consécutifs. Les nerazzurri deviennent donc également la seule équipe italienne à ne pas avoir connu la relégation. Tous ces éléments ont ravivé la flamme de la détestation entre les deux camps. Et ce pour de nombreuses années.

Ce Derby d’Italie devrait tenir toutes ses promesses. Le tout dans une ambiance survoltée et avec un vrai enjeu sportif. La Juventus vient de s’imposer à Naples en infligeant aux Campagnols leur première défaite de la saison. Elle accueille un Inter invaincu et leader avec l’envie de leur faire subir le même sort qu’aux napolitains. Ce match intervient à la suite d’une semaine européenne décisive pour la Juve. Les Piémontais se déplacent en Grèce sur le terrain de l’Olympiacos pour préserver le petit point d’avance sur le Sporting Club du Portugal dans la lutte pour la seconde place qualificative. De son côté, l’Inter pourra préparer au mieux ce choc et capitaliser sur le très bon résultat (5-0) obtenu face au Chievo Vérone. L’équipe de Spalletti pourra compter sur l’intégralité de son effectif avec le retour des suspendus : Gagliardini et Miranda. Ce classique du calcio s’annonce palpitant avec une Juve favorite à domicile (historiquement parlant) et un Inter intraitable à l’extérieur avec 5 victoires et 2 nuls en 7 déplacements. Vivement samedi.