Share

Watford : Italian touch

Passé dans le giron de la famille Pozzo dès 2012, Watford était d’abord considéré comme une «salle des machines» pour permettre l’essor du club principal à savoir l’Udinese comme le déclarait il y a quelques temps Franco Soldati, président exécutif du club italien. De retour parmi l’élite en 2015, l’ancien club de Sir Elton John (président d’honneur à vie) a vu sa position évoluer au fil des saisons dans la stratégie des nouveaux propriétaires italiens. Les mirobolants droits TV en provenance d’Angleterre n’y sont certainement pas étrangers. D’abord club «satellite» de l’Udinese, Watford est désormais au moins l’égal si ce n’est la figure de proue du projet Pozzo. Le bon début de saison ne saurait leur donner tort. 

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Les exemples 

Basée sur le scouting et l’internationalisation, la politique sportive du club du Frioul leur a permis de recruter des joueurs normalement destinés à des clubs beaucoup plus huppés en arrivant avant ces cadors des gros championnats. Si ces jeunes pousses n’avaient pas été détectées par la très performante équipe de recrutement, le club italien n’aurait jamais pu les compter dans leur rang. Avec des recruteurs présents dans les quatre coins du globe, ces dénicheurs de talents ont repéré Alexis Sánchez, acheté 2M€ à 18 ans puis revendu 5 ans plus tard 26M€ et 11,5M€ de bonus.

Ainsi lors de la saison 2013/14, l’Udinese n’avaient pas moins de 60 joueurs sous contrat. Une partie de ces joueurs a donc tout naturellement pris le chemin de l’Angleterre et de l’Espagne, avant que la famille Pozzo ne vende son autre club : Grenade à des investisseurs chinois. L’exemple du nigérian Odion Ighalo en est la parfaite illustration. Recruté par l’Udinese en 2008 pour 1,9M€ au club norvégien de Lyn Oslo, après seulement 6 petits matches de Serie A en une saison, l’attaquant est vite envoyé en prêt en Espagne, à Grenade. Au bout d’un an, il retourne en Italie. Mais pas au Frioul. A Cesena, club promu en Serie A. C’est un flop. Lors du mercato hivernal, il repart illico presto en Andalousie et y reste encore 3 autres saisons supplémentaires. Finalement l’Udinese le cède à Watford à l’été 2014. Héros du club d’Elton John, il participe activement à la montée en PL avec 20 buts en Championship. Ighalo poursuit sa bonne série à l’échelon supérieur avec 16 buts. Auteur ensuite d’une saison plus mitigée, il est vendu au Changchun Yatai contre 24M€.

En outre, l’influence italienne s’est aussi ressentie avec les arrivées successives de Britos du Napoli, de Holebas de la Roma, d’Ibarbo de Cagliari et de Roberto Pereyra de la Juventus et ex de l’Udinese, mais également avec le coaching. Gianfranco Zola puis Beppe Sannino entre 2012 et 2014 ou encore de Walter Mazzarri se sont tous relayés sur le banc du Vicarage Road avec plus ou moins de succès. Certains autres joueurs de l’effectif anglais ont fait le chemin inverse ces dernières années. Gabriele Angella et Valon Behrami ont tous deux rejoint les «Zebrette» en provenance de Londres.

Si dans un premier temps, le club anglais est dans une position de club «satellite» vis-à-vis de l’Udinese Calcio, cette position va évoluer petit à petit. L’implantation durable de l’équipe en Premier League est devenue un objectif prioritaire. La manne financière représentée par les droits TV en est certainement la cause principale.

Les contres exemples  

Pour couper un peu avec cette touche italienne, les dirigeants ont réalisé un mercato plus british que les précédents avec les arrivées de joueurs expérimentés comme Tom Cleverley (Everton) ou de jeunes joueurs à fort potentiel comme Nathaniel Chalobah (Chelsea), Andre Gray (Burnley) ou encore de Will Hughes. Si le jeune milieu de 22 ans en provenance de Derby County a d’abord été couvé par son coach avec un long temps d’observation pour mieux appréhender toutes les différences entre la Premier League et la Championship, ses récentes bonnes prestations (2 buts, 1 assist) démontrent bien la bonne affaire réalisée par le club banlieusard. Suivi par de nombreuses écuries depuis l’âge de ses 16 ans, Hughes a choisi Watford pour sa première expérience en Premier League. Une recrue pleine d’avenir.

Autre recrue du mercato estival, le Brésilien Richarlison crève l’écran lors de cette phase aller du championnat. Malgré l’intérêt prononcé de l’Ajax ou de Chelsea, Watford a conclu l’affaire pour un montant de 12,5M€ et un contrat de 5 ans. Avec 5 buts et 3 assists en 14 matches, l’ex joueur de Fluminense ne connait pas les traditionnelles difficultés d’adaptation touchant beaucoup de joueurs en provenance d’Amsud en général et du Brésil en particulier. Pas de saudade ou de manque familial pour cet attaquant polyvalent. Dribbleur percutant, altruiste et bon finisseur, il s’épanouit vraiment bien dans cette équipe dirigée par un jeune coach talenteux : Marco Silva.

Un coach new wave 

Ancien joueur modeste au Portugal où il évolue principalement en seconde et troisième division, il embrasse une carrière d’entraîneur au sein de son dernier club : Estoril. D’abord nommé Directeur du football, un précurseur de Patrick Kluivert, il remplace vite Vinícius Eutrópio sur le banc. Malgré une défaite inaugurale, il parvient à emmener son groupe en Première division pour la première fois depuis 7 ans. Le tout en terminant champion de Seconde division et en raflant le titre honorifique d’entraîneur de l’année. Il poursuit sur sa lancée. Il qualifie le club pour l’Europa League en se classant à la 5ème place du championnat. Après une très belle 4ème place, il quitte Estoril pour remplacer Jardim à la tête des Leões (Lions) du Sporting Club du Portugal.

Si son bilan sportif est concluant avec une 3ème place et une Coupe nationale dans son escarcelle, il est licencié pour des divergences avec sa direction. Il prend alors le chemin de la Grèce. Il s’engage avec l’Olympiacos. Le succès est encore au rendez-vous. Sacré champion à 6 journées de la fin, il avait signé avec son équipe le meilleur départ en Super League depuis l’an 2000 avec 17 victoires consécutives. Il quitte son poste en fin de saison pour des raisons personnelles.

Après un break de 6 mois, il prend la direction de Hull City alors bon dernier de Premier League. Si Silva ne parvient pas à réaliser de miracles étant remplacé fin mai par le peu expressif coach russe Leonid Slutsky, il réussit quelques coups comme lors d’une demi-finale de League Cup. Il offre une première victoire à son club depuis 1974 sur le grand Manchester United de José Mourinho. Souvent considéré dans son pays comme son héritier, il poursuit donc sa route en Angleterre avec Watford en espérant qu’un jour l’élève puisse dépasser le maître.

D’abord considéré comme un club destiné à faire mûrir les jeunes pousses destinées à l’Udinese, le club de Watford a pris de l’épaisseur au sein de la politique sportive des décideurs italiens. Une anecdote illustre bien cela. Lors du récent changement d’entraîneur du club italien, Massimo Oddo a dû se déplacer à Londres pour rencontrer Gino Pozzo afin d’obtenir le poste vacant sur le banc de la Dacia Arena. Si les transferts entre les deux clubs sont encore d’actualité, l’Udinese n’est plus en pôle position pour recueillir les meilleurs éléments. La bonne première partie de saison du club anglais risque de conforter les dirigeants italiens dans cette idée. Au grand dam des tifosi italiens qui vivent cette situation de moins en moins bien.