Share

Cagliari : l’ambition mesurée

Malgré un récent changement d’entraîneur, Cagliari reste encore une équipe convalescente. Les «Rossoblù» ont rechuté face à l’Inter après une série positive de 3 victoires en 4 matches de Serie A. Cependant si une défaite (1-3) face aux «Nerazzurri» est loin d’être honteuse, surtout cette saison, l’élimination en Coupe d’Italie (1-2) des Sardes sur leur terrain contre l’équipe frioulane de Pordenone fait tâche. Si les «Ramarri» sont une des bonnes équipes de Serie C, candidats déclarés à la montée, ils restent néanmoins (sur le papier) inférieurs à l’effectif de Cagliari. «Casteddu» (nom sarde de Cagliari signifiant Château en VF) semble à l’abri d’une relégation tant le niveau de certains de ses concurrents directs est rédhibitoire pour évoluer parmi l’élite. Mais il n’y aura pas tous les ans des équipes comme Benevento ou Hellas Verona pour leur permettre d’assurer leur présence au plus haut niveau national. 

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Cagliari au top avec Gigi Riva

Seule équipe de l’île à jamais avoir évolué en Serie A, Cagliari a passé un cap dans son histoire dans les années 60 grâce à un joueur hors du commun : Gigi Riva. Sous l’impulsion de l’attaquant international italien, champion d’Europe en 1968 et vice-champion du Monde en 1970, elle s’est même invitée au palmarès du championnat en remportant l’édition 1969/70. Lors de cette saison, Cagliari termine largement en tête. Elle ne concède que deux défaites et seulement 11 buts. Une véritable prouesse.

Surnommé «Rombo di Tuono» (roulement de tonnerre en VF) par le journaliste Gianni Brera pour sa puissance de frappe, il a tout connu sous le maillot frappé des 4 Maures. Il débarque sur l’île en 1963 malgré l’intérêt de plusieurs autres équipes. Jusqu’alors les Sardes n’ont jamais connu le plus haut niveau national. Il ne faut qu’une seule saison pour y parvenir avec Riva en attaque.

Exclusivement gaucher, un de ses entraîneurs (Manlio Scopigno, coach vainqueur du Scudetto avec Cagliari) disait :

«Le pied droit de Gigi Riva ne sert qu’à prendre le tram»

Gigi Riva termine «capocannoniere» lors des saisons 1967, 1969 et 1970. Il avait un registre de jeu varié, capable d’armer rapidement sa lourde frappe. Agile dans les reprises acrobatiques, il possédait un bon jeu de tête. Il alliait puissance physique lui permettant de résister au défi physique et élégance dans le touché de balle. Avec 164 buts au compteur en 315 matches, il demeure encore aujourd’hui le recordman de buts de l’histoire du club.

Bien souvent, il a refusé les offres des ténors du calcio préférant le cadre de vie sur l’île. Une anecdote démontre bien l’importance de Riva en Sardaigne. Il s’agit de l’offre faite par la Juventus au président sarde pour accepter de laisser s’envoler son buteur. Giampiero Boniperti demande donc à son homologue ce qu’il voulait pour boucler le transfert. La réponse ne manque pas de piquant. Cagliari ne veut pas moins que : Roberto Bettega, Franco Causio, Claudio Gentile ou Antonello Cuccuredu pour conclure l’affaire. Des cadres de l’équipe piémontaise et de la Nazionale. Bien entendu la Juve n’accède pas à cette supplique.

Après la fin de sa carrière de joueur, il demeure sur l’île. Il devient pour quelques mois président lors de la saison 1986/87 avant de céder son poste.

Un projet ambitieux

Depuis leur accession de 2004, les Sardes n’ont terminé qu’une seule fois dans la première partie de tableau (9ème en 2009). Longtemps, ils ont flirté avec la relégation avant de descendre pour de bon en 2015. Après un bref passage d’un an en Serie B, les Rossoblù sont de retour parmi l’élite avec l’ambition d’y rester. Cette ambition passe aussi par la construction d’un nouveau stade.

Un projet estimé à 55 millions d’euros soutenu activement par le maire de Cagliari : Massimo Zedda et que le club comme la ville espèrent voir aboutir en 2020. Cette enceinte de 21 000 places, bâtie à la place du Sant’Elia (stade du club depuis 1970), sera classée en catégorie 4 par l’UEFA. Cagliari pourra alors y disputer les compétitions européennes si le club parvenait à se qualifier pour une coupe continentale lors des saisons à venir.

L’initiateur de ce projet de modernisation du club pour l’inscrire définitivement dans l’ère moderne et pour franchir un cap en Serie A se nomme : Massimo Cellino. Président historique de Cagliari de 1992 à 2014, ce régional de l’étape a rêvé pendant des années d’un nouveau stade à Cagliari. Mais il s’est longtemps heurté au refus des autorités civiles. Sa ténacité et sa trop grande volonté de bien faire vont causer sa perte. Suite à la fermeture du Sant’Elia pour insalubrité, Cagliari se retrouve à la rue. D’avril à août 2012, l’équipe évolue alors à … Trieste, dans le Nord-Est de la péninsule. Cette situation est temporaire. Cellino obtient d’évoluer à l’Is Arenas, stade situé dans le quartier Sant’Elena près de Cagliari. Et pour se faireil annonce vouloir le mettre aux normes le plus rapidement possible. Trop rapidement. En février 2013, il est arrêté. La justice le soupçonne d’avoir fait pression sur des entrepreneurs pour accélérer la rénovation du stade. Cet épisode marque la fin de l’aventure Cellino. Relâché deux semaines plus tard, il cède en 2014 son équipe pour 45M€ au groupe industriel Fluorsid emmené par Tommaso Giulini.

Le rachat mouvementé fait place à un propriétaire au fonctionnement plus jeune et moderne. Tommaso Giulini, 40 ans, veut poursuivre l’oeuvre de Cellino : installer Cagliari dans l’élite du foot italien. Sa première décision est de nommer Zdeněk Zeman. Le technicien Bohème, chantre du football offensif, débarque avec ses idées. Après des débuts tonitruants le reste de la saison est plus chaotique. Viré fin décembre, remplacé par une ancienne icône du club : Gianfranco Zola, le Tchèque est réintégré début mars avant de démissionner fin avril. Finalement, Cagliari finit 18ème du championnat. Une leçon d’humilité pour le club et son jeune président. Le club redémarre plus modestement la saison 2015-2016. Massimo Rastelli, ancien joueur de la maison, prend les rênes de l’équipe première après des expériences dans les divisions inférieures. Il met en place un système de jeu plus classique. Sans faire de bruit, Cagliari démontre sa supériorité sur les terrains de Serie B et remporte le titre.

Pour son retour en A, Cagliari réalise un mercato basé sur l’expérience avec les arrivées de Bruno Alves, Marco Borriello, Mauricio Isla et Simone Padoin. Le maintien est vite assuré avec une belle 11ème position. Le début de l’exercice 2017/18 est décevant mais le calendrier n’a pas aidé avec deux déplacements à Turin et à Milan. Le mauvais début de saison a coûté son poste à Rastelli remplacé par un ancien du club : Diego López déjà passé sur le banc en 2013/14. Son bilan est de 3 victoires pour 3 défaites. Un sursaut est attendu à Bologne.

Cagliari n’est pas encore vraiment inquiété au classement mais les Sardes vont devoir rester vigilants. Si le club a subi des défaites face à des grosses écuries du championnat, certaines défaites contre des équipes équivalentes comme le Chievo ou le Genoa laissent planer des interrogations. Cependant, les Rossoblù ont assuré contre des clubs plus modestes comme Benevento ou la SPAL. Mais pour ne pas stresser jusqu’en mai prochain, Cagliari va devoir mieux gérer certains matches. Cela passe aussi par une amélioration des résultats à domicile. Actuellement 12ème, Cagliari a déjà perdu quatre fois sur ses terres. Et aussi la capacité à partager les points. Depuis le début du championnat, les Sardes n’ont encore jamais fait de match nul. Si une équipe ne peut gagner un match, mieux vaut ne pas le perdre. Un résultat positif contre Bologne serait donc le bienvenu, surtout après l’humiliation subie à domicile en Coupe d’Italie. Diego López avait fait un turn-over, conscient des priorités. Espérons pour lui que son calcul tombe juste.