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Sassuolo : la fin d’une irrésistible ascension ?

Sassuolo : la fin d’une irrésistible ascension ?

5 saisons après avoir obtenu son accession en Serie A pour la première fois de son histoire, le club romagnol connait un exercice 2017/18 plus compliqué que les précédents. Le départ du club de son coach, Eusebio Di Francesco, a laissé un grand vide. Pourtant l’effectif n’a pas subi trop de modification lors de l’intersaison. Si Defrel et Pellegrini ont rejoint la Roma, le reste du contingent est quasiment identique. Cependant, quelque chose ne tourne plus rond. Le club n’a signé que des succès face à des équipes mal classées et/ou à sa portée. Mais avec déjà 8 défaites en 13 matches et 22 buts encaissés, nous ne pouvons qu’être inquiets pour cette équipe dont l’ascension les avait amenés de la Serie C jusqu’en Europa League. 

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Une ascension débutée en 2002

Alors que le club vivote entre la Serie D et la Serie C depuis sa création en 1920, la saison 2002/03 marque un premier tournant dans la volonté de progresser dans la hiérarchie du paysage footballistique italien. Ce tournant se produit grâce Giorgio Squinzi, entrepreneur et patron de la Mapei (géant mondial de la chimie). Ce dernier devient propriétaire du club. Et à travers son entreprise, Squinzi décide de soutenir financièrement le petit club Neroverde.

Le second tournant intervient lors de la saison 2005/06 lorsque le boss confie la gestion de la politique sportive à Nereo Bonato. Le nouveau directeur sportif renforce intelligemment l’effectif. Et le succès est immédiat avec la promotion en Serie C1. Après avoir échoué en Play-Off lors de l’exercice suivant, Bonato décide d’engager un jeune coach plein d’avenir, un certain Massimiliano Allegri. Le futur technicien du Milan et de la Juve obtient le titre et la promotion en Serie B dès sa première saison sur le banc. C’est la première fois que le club évolue à cet échelon.

Le troisième tournant arrive en 2012/13. Après 4 saisons en Serie B, la direction embauche un autre jeune technicien prometteur : Eusebio Di Francesco. Et le destin se répète. Sous les ordres de l’ancien joueur de la Roma, l’équipe parvient à être sacré champion de Serie B dès son coup d’essai. Mais alors qu’Allegri était parti à Cagliari ne disputant qu’une seule et unique saison sur le banc du Mapei Stadium, Di Francesco s’inscrit dans la durée. Et pour sa première saison en Serie A, le club se maintient in extremis. Cependant, la machine est lancée. Ils entament une progression au classement lors des saisons suivantes. Le summum est atteint en 2016 avec la qualification européenne via une très belle 6ème place.

Spécialisée dans les bons coups

Si Sassuolo a grimpé les marches menant jusqu’à l’élite, le soutien financier de la Mapei n’y est pas étranger. Mais ce n’est pas uniquement grâce à cela. Le club s’est spécialisé dans la détection de joueurs pouvant apporter un plus à son effectif mais également remplir les caisses en cas de succès. De nombreux joueurs sont encore au club ou ont explosé au grand jour grâce à leur passage dans les rangs romagnols. Cette réussite est le fruit d’une méthode bien définie basée sur la continuité du groupe, un recrutement axé en fonction d’un schéma tactique précis (4-3-3), la valorisation des entraineurs et le tout sans folie sur les transferts.

Le travail du DS Nereo Bonato et de la cellule de recrutement est à souligner. Véritables dénicheurs de talents, ils sont souvent allés prospecter dans les divisions inférieures pour récupérer des joueurs passés entre les mailles du filet de la formation traditionnelle ou n’ayant pas eu leur chance avec leur club formateur, plus prestigieux que Sassuolo, mais qui n’offre que peu de temps de jeu à leurs jeunes.

Parmi ces joueurs, nous pouvons citer dans l’ordre chronologique de leur recrutement (liste non exhaustive) :

  • Domenico Berardi : repéré dès ses 16 ans dans un tournoi de foot à 5, Berardi a terminé sa formation avec Sassuolo avant d’exploser lors de la saison 2013/14. Véritable talent brut, il est considéré comme un des jeunes les plus doués de sa génération. Mais freiné par des blessures musculaires à répétition, il tarde à confirmer dans la durée.
  • Leonardo Pavoletti : recruté au Virtus Lanciano pour 10000€ (non il ne manque pas de 0), Pavoletti contribue à la montée du club en Serie A. Contraint à partir en prêt à Varese (Serie B) suite à un contrôle positif à un produit dopant, il est ensuite prêté puis transféré au Genoa où il se révèle comme un redoutable buteur. Sassuolo récupère 4M€ dans la transaction.
  • Simone Zaza : formé à l’Atalanta mais rapidement recruté dans un premier temps par la Samp, il connait plusieurs prêts successifs avant de taper dans l’œil de la Juve et de Sassuolo. Acheté en copropriété, il est l’auteur du 1er but de l’histoire du club en Serie A. Après deux bonnes saisons, il rejoint Turin pour 18M€. Sassuolo avait déboursé 7,5M€ pour la totalité de ses droits.
  • Nicola Sansone : cet ailier vif et technique est arrivé de Parme dans le cadre d’un échange de joueurs. Formé au Bayern, il est également passé par Crotone. Bon passeur et finisseur, il est recruté par Villarreal contre un joli chèque de 14M€.
  • Šime Vrsaljko : débarqué du Genoa contre 4M€, le latéral croate très offensif montre rapidement de grandes qualités au point d’être parmi les meilleurs latéraux du championnat. Après deux saisons, il s’envole vers Madrid et rejoint l’Atletico pour 18M€. 
  • Grégoire Defrel : l’attaquant français a un parcours atypique. Parti pour faire un essai en Italie, il n’est jamais revenu à Viry-Châtillon. Passé par Parme, Foggia et Cesena, il atterrit à Sasuolo pour 7M€. Après deux bonnes saisons en Serie A, il rejoint son ex entraineur à la Roma sous la forme d’un prêt payant (5M€) avec obligation d’achat (15M€) + des bonus (3M€).
  • Lorenzo Pellegrini : jeune milieu formé à la Roma, il part de son club formateur pour trouver du temps de jeu. L’affaire se concrétise à hauteur de 1,25M€. Conscient de son potentiel, la Louve négocie une option de rachat de 10M€. Deux ans après son départ de Rome, et suite à d’excellentes performances, il suit également Di Francesco dans la Ville Éternelle contre l’option de rachat négociée ultérieurement. 

Le match de dimanche face à un concurrent direct, le Hellas Verona, dans la course au maintien s’annonce déjà crucial pour relancer une équipe en mal de confiance. En cas de mauvais résultat, l’avenir du jeune technicien italien Cristian Bucchi s’annonce incertain. Sassuolo attend aussi le réveil, ainsi que la fin des pépins physiques, de son ailier : Domenico Berardi. Ce dernier voit ses présences mais également le nombre de ses buts fondre comme neige au soleil au fil des saisons. Les Neroverdi auront grandement besoin de lui pour retrouver l’efficacité offensive. Dans le cas contraire, il se pourrait bien que l’irrésistible ascension de Sassuolo s’arrête à la fin de la saison.