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Udinese : la fin d’un modèle ?

Udinese : la fin d’un modèle ?

Après une période faste de trois saisons au début des années 2010, sous la houlette du Mister Francesco Guidolin, l’Udinese est rentrée dans le rang. Une lente mais inexorable chute au classement les a conduits du haut de tableau vers la zone de relégation. Frôlant plusieurs fois la descente en Serie B, la société frioulane a toujours réussi à se maintenir.  Plusieurs raisons peuvent expliquer ce déclin : la gestion de l’après Guidolin avec plusieurs échecs dans le choix de ses remplaçants successifs, un manque d’intérêt des propriétaires préférant privilégier Watford et un essoufflement d’un modèle ayant fait ses preuves aussi bien sur le plan sportif que sur le plan financier : la post-formation. Le propriétaire a pris conscience de cette dégradation des résultats sportifs. Il a décidé de redonner à l’Udinese une place plus conséquente au sein de sa politique sportive. Cette décision a ravi l’ensemble des tifosi qui attendent désormais avec impatience un retour en grâce de leur équipe fétiche. 

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

La post-formation comme modèle économique

A l’image d’une célèbre formule française des années 70 : «nous n’avons pas de pétrole mais nous avons des idées», l’Udinese a adapté cette maxime pour essayer d’exister dans le paysage du foot transalpin sans avoir les moyens financiers de ses concurrents les plus fortunés. Les dirigeants, Giampiero Pozzo en tête, ont donc décidé d’axer leur politique sportive sur la post-formation. Avec une équipe de recruteur, ressemblant à une petite armée, l’Udinese a recruté à tour de bras de jeunes joueurs à fort potentiel pouvant être revendu à prix d’or aux ténors de Serie A dès lors qu’ils explosent sous la tunique bianconera.

Le système est bien rodé. Composée d’une cinquantaine de scouts répartis tout autour du globe, l’équipe des recruteurs a longtemps trouvé des perles rares. Lors de la période 2010/2013, le club a connu l’une des ses périodes les fastes sur le plan sportif. Les Zebrette ont terminé consécutivement 4ème, 3ème et 5ème. Ces bons résultats ont attiré les clubs les plus fortunés. Lors des mercatos estivaux de 2012 à 2014, l’Udinese a empoché la bagatelle de 150M€. Le tout avec seulement la 15e masse salariale de la Serie A. Les ventes de Asamoah, BenatiaCuadrado, Handanović, Inler, Isla, Pereyra, Alexis Sánchez et Christian Zapata ont permis au club de réaliser d’importantes plus-values.

Cependant, à chaque fois, il faut tout recommencer. Prospecter à nouveau pour compenser les départs. Pour cela, le club mise sur la quantité. Lors de la saison 2011/12, le club ne comptait pas moins de 95 joueurs professionnels sous contrat, soit deux fois plus que les cadors italiens. Le tout dans un contexte ultra concurrentiel. Si l’Udinese a aussi bien fonctionné par le passé, c’est surtout parce que le club était l’un des rares à fonctionner ainsi. L’inflation des prix sur le marché des transferts a obligé d’autres équipes à copier la méthode frioulane.

Les raisons 

Suite au démantèlement de l’équipe de 2012/13, l’Udinese est rentrée dans le rang. L’équipe du Frioul a alors entamé une lente chute au classement jusqu’à flirter dangereusement avec la zone de relégation. Sans conséquence jusqu’alors. Mais cette situation a beaucoup inquiété les tifosi. Cette dégradation s’explique par la mauvaise gestion de l’après Guidolin, par le désintérêt du propriétaire pour le club et par la raréfaction du bon coup.

Suite au départ de Guidolin à l’issue de la saison 2013/14, le club a successivement confié les rennes de l’équipe à Andrea Stramaccioni, Stefano Colantuono, Luigi De Canio, Giuseppe Iachini et enfin Luigi Delneri. Pour des raisons différentes, mis à part Luigi Delneri encore en poste, les techniciens n’ont pas réussi avec leur effectif. De Canio ou encore Delneri sont arrivés en cours de saison pour sauver le club de la descente en Serie B. Une mission toujours réussie jusqu’à présent. 

Le désintérêt du propriétaire pour le club a aussi pesé dans cette dégringolade. Préférant développer le projet Watford, et la très rémunératrice Premier League, il a privilégié pendant un moment cette option. Il a même été question de céder l’équipe phare des Pozzo au géant autrichien de la boisson énergisante : Red Bull. Simple rumeur ou début de négociation, cette idée n’a pas du tout plu aux tifosi. Devant le mécontentement grandissant, Pozzo a décidé de rééquilibrer les moyens entre ses deux équipes

Depuis 2013, mis à part Allan, Bruno Fernandes ou encore Zieliński, l’Udinese n’a pas réussi à faire émerger de nouveaux jeunes talents pourtant nécessaires à la régénération de son effectif et indispensables pour son budget.

De l’espoir 

Si la raréfaction des grosses ventes et la coûteuse acquisition du stade Friuli ont plombé les derniers comptes avec des déficits comptables importants, l’Udinese devrait réussir à redresser la barre grâce de nouveaux profits. La rénovation du stade en a fait une des enceintes les plus modernes d’Italie comprenant 25 100 places assises. Les finances devraient enregistrer une hausse budgétaire liée à la billetterie et aux nouveaux revenus commerciaux.

Dans l’effectif actuel, deux joueurs sortent du lot. Il s’agit de deux jeunes milieux tchèques gauchers :

  • Antonín Barák : Arrivé cet été en provenance du Slavia Prague contre un chèque de 3M€, il est parti de son ancien club après avoir remporté le championnat national. Formé dans le club de sa ville natale : Příbram, cet international de 22 ans au physique atypique (1M90 pour 86 kg) pour un milieu offensif peut aussi évoluer en deuxième attaquant. D’abord utilisé avec parcimonie par Delneri, il a gagné ses galons de titulaires grâce à des prestations abouties. Doué dans la dernière passe, il se mue de temps en temps en buteur comme en atteste ses deux réalisations consécutives synonymes de victoires pour sa nouvelle équipe.
  • et Jakub Jankto : à l’instar de son compatriote, Jankto est un pur produit de la formation du Slavia. Arrivé au club dès ses 18 ans, il termine son apprentissage en disputant une saison avec la Primavera puis une autre en prêt à Ascoli pour se familiariser avec les rigueurs du calcio. Cette expérience, concluante avec 35 matches pour 5 buts, lui permet d’intégrer l’effectif pro. Lors de la saison passée, il fait parti des rares satisfactions. Habile techniquement, tactiquement polyvalent, il démontre une intensité et une activité élevée. Sa frappe du gauche est également une arme de poids pour débloquer certaines situations. Suivi par beaucoup de grosses écuries, cet international devrait rapporter beaucoup au club du Frioul.

En manquant son départ, l’Udinese a démontré qu’elle était encore en reconstruction. Une reconstruction supposée s’être achevée avec la fin de l’exercice précédent. Cependant si les premières rencontres ont été catastrophiques avec 5 défaites en 6 journées, les Bianconeri ont obtenu un peu de répit après un sursaut d’orgueil contre la Samp (4-0). Mais l’éclaircie a été de courte durée. Deux nouveaux revers, dont un 2-6 face à une Juventus pourtant vite réduite à 10, ont grandement fragilisé le coach : Luigi Delneri. Contre toute attente,  le technicien frioulan a su remobiliser un effectif en manque de repère pour décoller enfin au classement grâce à deux victoires consécutives. Le début d’une série positive interrompue par la trêve internationale que Delneri et ses hommes voudront faire durer le plus longtemps possible afin d’offrir un peu de sérénité à leurs tifosi.