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Arsenal-Tottenham : rivalité historique

Arsenal-Tottenham : rivalité historique

Londres, ville tentaculaire, capitale anglaise depuis toujours, compte beaucoup de clubs dans les différentes ligues professionnelles du Royaume. La présence de toutes ces équipes donnent lieu à de nombreux derbys. Le plus passionnant de tous est de loin le North London Derby. La confrontation opposant les Gunners aux Spurs trouve ses origines dès le début du XX ème siècle. Nourrie au fil du temps et des rencontres, cette rivalité londonienne est un savant mélange d’enjeu sportif, de suprématie locale et de mépris des uns pour les autres. Si Arsenal domine globalement Tottenham dans l’Histoire des Derbys grâce à un plus grand nombre de victoires (80 vs 62), il faut remonter à mars 2014 pour trouver la dernière victoire des Gunners en championnat. Plusieurs anecdotes émaillent la longue histoire de ce Derby, nous allons vous replonger aux origines de cette rivalité et dresser le portrait d’un joueur emblématique pour les deux clubs. Mais pour des raisons différentes. Let’s go ! 

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Origines

«Il était une fois» est la célèbre formule consacrée, bien connue pour être le point de départ de toutes les histoires. Cependant à la différence des livres de nos enfances, la rivalité entre Arsenal et Tottenham est loin d’être un conte de fées. Donc «il était une fois en Angleterre, berceau du foot mondial, deux équipes dont rien ne laissait supposer à leur création qu’elles allaient devenir les meilleures ennemies de Londres».

En effet, lorsque les ouvriers de la manufacture d’armes : le Royal Arsenal décide de créer un club de foot, c’est tout naturellement que l’équipe prend ses quartiers à Woolwich, dans le sud-est de la capitale de l’Empire Britannique. C’est donc là que ce nouveau club dispute ses premiers matches. Cependant, le football n’en est qu’à ces balbutiements. A cette époque, il n’y a encore que peu de clubs avoisinants évoluant en Football League, division où sévit Woolwich Arsenal. Face à cet isolement géographique, le club peine à remplir son ancien stade : le Manor Ground. Les soucis financiers pointent leur nez. A tel point que dès 1910, et malgré l’émergence de Tottenham et Chelsea dans l’élite, Woolwich Arsenal n’est pas loin de la faillite. Le nouveau président : Henry Norris décide de changer de quartier. Il porte son choix sur le Nord de Londres et le quartier d’Islington. En 1913, le club prend possession de son nouveau stade : l’Arsenal Stadium plus connu des fans sous le nom de Highbury. Peu de temps après, l’appellation évolue. Le Woolwich Arsenal devient Arsenal Football Club. Cependant, ce déménagement ne fait pas que des heureux. En effet, Highbury est situé à moins de 5 kilomètres de White Hart Lane, le stade de Tottenham. Les prémices d’une rivalité pour la suprématie territoriale et sportive sont posées.

Mais un événement va crisper un peu plus les tensions entre Gunners et Spurs pour devenir le point de départ d’un antagonisme irréversible. Suite à la Première Guerre Mondiale de 1914/1918, le championnat anglais s’interrompt logiquement. Les positions de chaque club sont figées en attendant la paix. Lors du dernier championnat disputé en 1915, Arsenal a terminé 6ème de seconde division. Tottenham, lui, est classé bon dernier et donc relégable de première division. Suite à l’armistice, le football reprend ses droits en 1919. La Ligue anglaise alors décide d’élargir le nombre de ces participants du championnat. Et contre toute attente, Arsenal est promu alors que Tottenham est bel et bien relégué en seconde division. La polémique enfle. Des soupçons de corruption grossissent. Le très influent président d’Arsenal aurait fait jouer ses relations privilégiées auprès des instances pour favoriser son club. Malgré les protestations, mais sans preuve, la situation demeure ainsi. Depuis cette affaire, Arsenal n’est plus redescendu en Championship.

Sol Campbell

Pour bien comprendre, l’inimitié entre les deux clubs, il suffit de se pencher sur le cas de Sol Campbell. Devant l’hostilité entre les deux équipes, peu de joueurs ont porté les deux tuniques. Certains, comme Ledley King pour les Spurs ou Tony Adams pour les Gunners, sont des références pour les supporters de chaque camp.

Sol Campbell avait tout pour être un de ceux là. Né dans l’Est de Londres, il débute à 14 ans avec les jeunes de … West Ham comme buteur. Une expérience de courte durée, après une brouille avec son coach des Hammers, il quitte l’équipe et ne veut plus rejoindre un programme de formation d’un club pro. Néanmoins, après deux mois d’insistance, Len Cheesewright (chef scout des Spurs) le convainc de rejoindre Tottenham. Replacé dans l’axe de la défense centrale, il finit sa formation avec les Spurs. Il fait sa première apparition pro en 1992 au Lane, inscrivant un but lors d’une défaite contre Chelsea (1-2). Le début d’une brillante carrière. Joueur complet au physique impressionnant : 1M88 pour 92kg, il est très puissant. Ni très rapide, ni très technique, il compense par un excellent sens du marquage, par un jeu aérien dominateur et par des tacles rugueux parfois à la limite.

Après cinq saisons au club, il est nommé capitaine. Malheureusement, ce n’est pas la meilleure période pour les Lillywhites. Hormis une League Cup glanée en 1999, le club n’a rien gagné depuis des lustres. Sol Campbell s’impatiente. Il est ambitieux. Il veut participer à la Champion’s League. Il veut gagner des titres. Au terme de la saison 2000/01, Campbell arrive en fin de contrat. Malgré une proposition très juteuse de Tottenham pour prolonger l’aventure, et malgré l’intérêt de nombreuses grosses écuries européennes, il décide de s’engager en faveur … d’Arsenal. Un choix très mal perçu par les fans des Spurs.

Le retour de Sol Campbell à White Hart Lane est houleux. Auteur d’un bon match, il aperçoit dans la foule son frère aîné Tony au milieu d’une foule criant des insultes à son encontre.  Désormais, les fans de Tottenham ne l’appellent plus par son nom mais «Judas». Cela jusqu’à ce qu’à la fin de sa carrière dix ans plus tard.

Cependant, Campbell assume. Il a fait un choix sportif. Et dès la première saison, il est déjà payant. Associé avec Adams ou Keown en défense centrale, il réalise le doublé Coupe/Championnat. Il participe également activement à la superbe saison 2003/04, restée dans toutes les mémoires des supporters d’Arsenal, celle des «Invincibles». Les Gunners ne concèdent aucune défaite mais sont également consacrés meilleure défense avec uniquement 26 buts pris en 38 matches.

En 2006, Arsenal atteint la finale de la Champion’s League contre le Barça. L’Everest est à portée de main. Malgré l’expulsion de Lehmann, après avoir fauché Eto’o à l’entrée de la surface, malgré le remplacement de Pirès par Almunia, ce sont bien les londoniens qui ouvre le score par l’intermédiaire de … Sol Campbell. L’international anglais convertit victorieusement d’une splendide tête puissante et placée suite à un coup franc placé côté droit et magnifiquement délivré par Thierry Henry. Arsenal opère en contre, lutte mais craque en 5 minutes en encaissant coup sur coup deux buts signés Eto’o et Belletti. Le Stade de France assiste donc au deuxième sacre européen de l’histoire des Blaugrana.

Cet épisode marque la fin de la carrière de Campbell avec Arsenal. Il rejoint la côte sud et Portsmouth. En 2010, il revient faire une pige chez les Gunners, à l’instar de Thierry Henry. Il raccroche après une dernière expérience dans le Nord du pays, à Newcastle.

Comme nous venons de le voir, la rivalité entre Arsenal et Tottenham ne date pas d’hier. Nous aurions pu vous parler de nombreuses anecdotes d’un côté comme de l’autre. Par exemple, la St Totteringham : fête inventée dans les 90’s par les fans d’Arsenal pour célébrer le jour où leur club fétiche est assuré de finir devant les Spurs ou la lourde défaite infligée en 2008 par Tottenham à Arsenal sur le score de 5 buts à 1. Bref, Arsenal et Tottenham aiment se détester.  Ces rencontres ont donc une saveur particulière, une saveur pimentée où l’esprit de derby et de compétition tiennent une place prépondérante.