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L’étonnant Simone Inzaghi

L’étonnant Simone Inzaghi

Passé en quelques mois du rôle d’intérimaire à celui de coach principal, Simone Inzaghi est désormais à la tête d’une Lazio joueuse et ambitieuse. Les récents résultats ne doivent rien au hasard. Le cadet des frères Inzaghi a su imposer sa patte. Après avoir fait ses classes avec les équipes de jeunes du club, il a pu démontrer toute sa compétence au plus haut niveau. Après une longue période de disette, les Biancocelesti ont retrouvé la voie du succès en soulevant la SuperCoppa 2017. Le premier titre depuis l’édition 2013 de la Coppa Italia. L’actuel 4ème de Serie A avec 19 points a signé un départ canon poursuivant sur la lancée de leur excellente saison dernière. D’ailleurs, pour rappel, lors du dernier sacre de la Lazio en 2000, l’équipe de Sven-Göran Eriksson totalisait un point de moins (18 points) que l’équipe actuelle après le même nombre de journées disputées. Et qui se trouvait dans cette équipe ? Un certain … Simone Inzaghi.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Débuts

En 2010, un an avant la fin de son contrat, Simone Inzaghi décide de prendre sa retraite sportive de joueur.  Comme son frère aîné, il se destine alors au métier d’entraineur. Comme son frère aîné, il débute sa reconversion avec les jeunes du club. D’abord en régional puis en national. Il fait ses armes petit à petit. Il rencontre le succès en raflant différents titres. Puis se voit confier la Primavera. Il remporte notamment la Coupe d’Italie de la catégorie dès la première saison. Comme son frère aîné, il accède à l’équipe première de son ancien club. Mais la comparaison s’arrête là. (Pour le moment)

En avril 2016, devant la crise de résultats et après la claque reçue lors du derby (1-4), il succède donc à Stefano Pioli. Une expérience réussie. Avec 12 points en sept matches, il obtient une honorable 8ème place en championnat toutefois insuffisante pour accrocher l’Europe. Malgré ce bon intérim, et dans un premier temps, Claudio Lotito ne lui confie pas le poste de façon permanente. Le fantasque président romain a d’autres objectifs pour la saison suivante. Plusieurs noms d’entraineurs plus renommés sont évoqués dans la presse. Sampaoli est visé. Un accord oral est trouvé avec Prandelli. Mais finalement, le choix s’arrête sur El Loco : Marcelo Bielsa.

Tout semble ficelé. Et pourtant nous l’avons vécu en France lors de son arrivée à la tête de l’OM, le technicien argentin est pointilleux et procédurier avant de s’engager définitivement. Le 06 juillet 2016, l’annonce officielle intervient. Bielsa est le nouveau coach de la Lazio pour la saison 2016/17. Mais deux jours plus tard, un communiqué officiel du club annonce la démission surprise (ou pas) de Marcelo Bielsa. C’est un véritable coup de tonnerre. Le climat déjà tendu entre la direction et les tifosi devient volcanique. Les versions des intéressés s’opposent. Bielsa s’explique. Selon lui, des engagements notamment en terme de transferts de joueurs n’ont pas été respectés. De son côté, Lotito réplique en énonçant les demandes farfelues de son ex-entraineur. Lotito se retourne alors vers Simone Inzaghi qui devait initialement partir pour la Salernitana, l’autre club du président Lotito.

Une première réussie

Quelques jours seulement avant le stage de préparation estivale, Inzaghi revient sur le banc des Biancazzurri. Cette fois, c’est parti pour une saison complète. Et quelle saison ! Hormis lors des titres de 1974 et de 2000, l’exercice 2016/17 est l’une des meilleures du club. Cinquième du championnat avec 70 points, décrochant une qualification pour l’Europa League et n’échouant qu’en finale de la Coppa Italia face à la Juve, les hommes d’Inzaghino ont agréablement surpris. Pourtant rien ne laissait présager cela. Le mercato estival n’a pas été des plus fastueux : six recrues pour seulement 35M€. L’intersaison n’a pas été optimale suite à l’épisode tragi-comique Bielsa. Mais c’était sans compter le talent de son jeune coach (41 ans).

Avec le matériel disponible, Inzaghi a concocté une formation équilibrée dotée d’une bonne organisation défensive, capable de vite se projeter vers l’avant en contre-attaque, alternant à merveille du 4-3-3 au 3-5-2 et très efficace offensivement. Toute l’équipe est impliqué. Ainsi 18 buteurs différents ont trouvé le chemin des filets. Autre statistique intéressante : 17 buts ont été inscrit sur coups de pied arrêtés.

L’autre réussite d’Inzaghi est la parfaite gestion de l’effectif romain. Les cas des trois joueurs suivants sont révélateurs :

  • Ciro Immobile : dans l’impasse après deux saisons galères à Dortmund et en prêt successivement à Séville et au Torino, le Napolitain a retrouvé tout son sens du but sous ses nouvelles couleurs. Avec 23 buts en championnat, il signe sa meilleure perf en Serie A et flirte avec le niveau affiché lors de la saison 2013/14.
  • Baldé Keita : repositionné dans l’axe (notamment en fin de saison), il a effectué sa meilleure saison sous le maillot laziale. Ses qualités indéniables de dribbles et de percussion lui ont permis d’inscrire 16 buts dont un doublé, le premier dans le derby de Rome (3-1) depuis Roberto Mancini le 29 Novembre 1998. Lors du dernier mercato estival, il est transféré à la dernière minute à Monaco pour 30M€.
  • Sergej Milinkovic-Savic : arrivé de Genk en 2015 pour environ 10M€, le milieu serbe a éclaboussé la Serie A de son talent. A tel point qu’il est annoncé ces jours derniers par la presse sur le départ pour un montant minimum de 80M€. Box to box, généreux dans l’effort et avec un gros volume de jeu, ce joueur est devenu une pièce essentielle de la Lazio.

La bonne saison de la Lazio a attiré les recruteurs. Ainsi, lors de l’intersaison, l’effectif a subi la perte de son emblématique capitaine : Lucas Biglia en partance vers le Milan. Le défenseur néerlandais Hoedt a rejoint Southampton et Keita la Ligue 1. En compensation, le club a recruté Lucas Leiva de Liverpool, Felipe Caicedo de l’Espanyol et Nani de Valence. Ces mouvements n’ont pas déséquilibré l’effectif et malgré un lourd revers à domicile (1-4) face à des Napolitains irrésistibles, le club compte 6 victoires dont deux de prestige contre le Milan (4-1) et la Juve (1-2) et un nul contre les promus de la SPAL (0-0).

Le succès à Turin face à la Vecchia Signora, après une seconde mi-temps de rêve (2 buts et un penalty stoppé), est la première défaite subie à domicile par la Juventus depuis deux ans et 57 matches toutes compétitions confondues. Une sacrée perf pour le jeune coach et ses joueurs.

En nette progression depuis sa prise de fonction, l’autre club romain veut confirmer sa bonne saison précédente en améliorant son positionnement. Cela passe par de bonnes performances contre les top teams du championnat. Les bons résultats de Simone Inzaghi l’ont placé dans le gotha des jeunes coaches italiens. Et malgré un contrat prolongé jusqu’en 2020, le club songe à intégrer une clause valable pour l’étranger alors que la presse italienne l’annonce comme le possible successeur de Max Allegri à la Juve, en cas de départ du Toscan de Turin. Une ascension à la vitesse grand V pour celui qui a trop souvent vécu dans l’ombre de son frère aîné.