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Les Milanais à l’heure chinoise

Les Milanais à l’heure chinoise

Après le rachat de l’Inter en 2016 par le groupe Suning, le Milan est également passé sous pavillon chinois après un processus de vente assez mouvementé. Zhang Jindong et Yonghong Li sont donc respectivement les nouveaux propriétaires des deux frères ennemis de la capitale lombarde avec un objectif commun : celui de redorer leur blason après une crise de résultat sportif inhabituelle pour ces deux mastodontes de la Serie A. En effet, si les deux clubs totalisent 36 titres de champions d’Italie, ils n’ont plus connu de sacre depuis 2010 et 2011 laissant la voie libre à la Juventus. L’attente des tifosi est grande. Si le mercato du Milan en a rassuré beaucoup, la première saison de l’Inter version China a laissé un goût amer. Avant ce derby de la Madonnina, voici un état des lieux des deux clubs.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Internazionale

En 2016, les Nerazzurri sont entrés dans le giron du puissant groupe Suning. Ce géant de la distribution en Chine s’est offert le club pour 650M€ et 70% du capital. Une somme importante. Surtout que le précédent actionnaire majoritaire : Erick Tohir n’avait déboursé seulement que 350M€ pour racheter les parts de Massimo Moratti. Mais avec un chiffre d’affaire annuel atteignant les 20 milliards de $, cela reste un investissement abordable pour le Carrefour chinois. Déjà présent dans le monde du football via son équipe locale : le Jiangsu Suning et un puissant réseau d’agents de joueurs, Suning s’est donc positionné pleinement dans ce sport.

Suning s’est engagé à éponger le lourd passif financier hérité d’une gestion passée assez hasardeuse, et trop souvent déficitaire. Un accord de règlement avec l’UEFA (et son fameux fair-play financier) a été ratifié sur la période 2015-2016/2018-2019. Le but est de rééquilibrer les comptes : augmenter les revenus et diminuer les dépenses. Plusieurs solutions sont possibles : établir de juteux accords commerciaux avec la Chine et l’Asie, se qualifier pour la Champion’s League richement dotée ou encore vendre des joueurs en réalisant une bonne plus-value. Le transfert de Banega en est l’exemple le plus significatif. Arrivé libre de Séville en 2016, il est vendu 9M€ à … Séville en 2017.

Dans l’incapacité d’investir en conséquence, la saison 2016/17 n’a pas été à la hauteur des espérances des tifosi. En effet, l’effectif n’a enregistré qu’une arrivée importante : Joao Mario pour 40M€. L’équipe connait donc un début de saison très compliqué notamment en interne où le rôle de chacun est mal déterminé. Alors que Roberto Mancini est remercié début août pour divergences sur le mercato, Frank De Boer le remplace pour à peine … 4 petits mois. C’est Stefano Pioli qui joue les pompiers de service. D’abord, avec succès en signant une série positive de sept victoires consécutives. Cependant, une longue période d’insuccès avec six défaites et deux nuls plombe la fin de saison. Finalement, le club ne parvient pas à se qualifier pour l’Europe.

Pour cette nouvelle saison, le club a confié les rênes à Luciano Spalletti, fort de son expérience à la Roma. Malgré les sanctions du FPF courant jusqu’en 2020, l’Inter est l’auteur d’un mercato ambitieux avec les arrivées de Borja Valero, Cancelo, DalbertMatías Vecino et Škriniar pour environ 75 M€. Même si tout n’est pas encore parfait au niveau du jeu, les Milanais sont toujours invaincus cette saison. A seulement deux points du leader Napolitain et à égalité avec la Juve, l’équipe est solide défensivement (3 buts encaissés) et peut s’appuyer sur l’instinct du buteur de : Mauro Icardi (déjà 6 buts).

AC Milan

Après trois décennies passées sous les ordres de Silvio Berlusconi, l’AC Milan est devenue la propriété d’un consortium chinois composé de Yonghong Li et Haixia Capital via la Rossoneri Sport Investment. Le processus de vente a été aussi compliqué qu’une notice de meuble Ikea. Plusieurs fois reporté, le closing a finalement été scellé en avril 2017. Le déficit cumulé de 255 millions d’euros sur les trois dernières saisons n’a pas dû aidé lors des négociations.

Afin d’atteindre l’objectif d’une qualification pour la Champion’s League, les nouveaux propriétaires du Milan ont investi la bagatelle de 200M€ pour renforcer son effectif. Les arrivées d’ André Silva, Biglia, BonucciBorini, Çalhanoğlu, Conti, Kalinić, Kessié, Musacchio et Rodríguez s’inscrivent dans une politique sportive ambitieuse menée par Marco Fassone et Massimiliano Mirabelli, respectivement administrateur délégué et directeur sportif. Un pari audacieux mais réaliste qu’il va falloir « vendre » à l’Uefa à l’automne pour éviter un possible encadrement dès la saison 2018-2019 dans le cadre du Fair Play Financier. Et surtout réussir pour pouvoir rembourser le colossal emprunt souscrit auprès du Fonds américain Elliott. Sans devoir se séparer de top players.

De retour en Europe après 3 ans sans compétitions continentales, le Milan a bien débuté la saison. Passant sans encombre les obstacles des tours préliminaires estivaux, le club a même vu l’éclosion surprise de Patrick Cutrone. Formé au club, à l’instar d’un Donnarumma, le jeune attaquant a déjà marqué les esprits. Avec 5 buts en 11 matches dont 3 en Europa League, le buteur a même connu les joies de la sélection U21.

Cependant, des bémols sont à noter aussi bien sportivement que financièrement. Les Rossoneri restent sur deux défaites consécutives en championnat. Ils ont aussi montré leurs limites lors d’affrontement face à des concurrents directs pour l’Europe comme la Lazio ou la Roma (4-1/0-3). Le derby de la Madonnina s’annonce déjà crucial pour un Vincenzo Montella fragilisé par ces récents résultats. La direction ne cesse de le soutenir publiquement mais il est inévitable que le spectre d’un retour de Carlo Ancelotti, remercié par le Bayern, plane sur Milanello. Un mauvais résultat pourrait être fatal pour l’Aeroplanino.

Si les ventes des deux clubs milanais ont apporté beaucoup d’espoirs à leurs supporters respectifs, les passifs financiers hérités du passé obligent à une certaine retenue. Si le Milan a flambé cet été réalisant un mercato XXL, l’obligation de résultats est impérative pour ne pas se retrouver dans le collimateur de l’UEFA et de son FPF. Une situation bien connue par son voisin intériste, qui malgré un opulent propriétaire, doit se montrer raisonnable jusqu’en 2020. Ce derby s’annonce donc déjà comme un rendez-vous important de la saison. Le Milan aura deux objectifs : enrayer la mauvaise série en cours et résister à une top team du championnat. De son côté, l’Inter de Spalletti voudra continuer de s’accrocher au wagon de tête et en cas de victoire, mettre son rival historique à 10 points.