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Liverpool-Manchester United : le derby d’Angleterre

Liverpool-Manchester United : le derby d’Angleterre

Match le plus regardé au monde avec presque 600 millions de spectateurs dans 211 pays, opposant les deux équipes les plus titrés du Royaume, ce duel entre Liverpool et Manchester United (ou vice-versa) est incontournable outre-Manche. Si proches mais pourtant si lointaines, les deux cités du nord du pays s’opposent dans différents domaines. Au delà de l’aspect sportif, le facteur économique a joué un rôle primordial dans la construction de cette rivalité entre les deux villes. Retour sur les dessous d’une confrontation hors normes.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Une rivalité économique … 

Distantes de seulement 55 kilomètres, les deux villes ont connu des trajectoires économiques différentes. Au début du 19e siècle, Liverpool obtient le surnom de «Port de l’Angleterre» en raison de sa situation géographique privilégiée donnant sur la mer d’Irlande et à l’entrée de l’estuaire du fleuve Mersey. Ainsi à l’époque de l’Empire colonial anglais, pas moins de 40 % du commerce mondial passe par Liverpool. Mais depuis les années 70, la ville connait un déclin économique important. L’affaissement de l’industrie manufacturière britannique dans le nord du pays et la démocratisation de l’usage des conteneurs dans le transport maritime en sont les principales causes. Cependant, depuis les années 1990, la ville se redresse progressivement.

Première ville au monde à être industrialisée, Manchester a joué un rôle important durant la Révolution Industrielle. Surnommée «Cottonopolis» en raison de son importante industrie cotonnière, elle voit son essor économique être favorisé en 1894 par l’ouverture d’un canal de navigation (le plus large du monde lors de sa construction) permettant d’exporter ses produits notamment textiles en évitant Liverpool. Avec ses propres routes commerciales, Manchester s’est développé alors que Liverpool a périclité. Cette dernière ne pouvait plus compter sur les taxations des marchandises produites dans la capitale de la Révolution industrielle. Manchester est devenue une ville moderne. Situé dans le Grand Manchester, le comté de Chester est composée de petits villages aux maisons huppées. C’est un endroit prisé où habitent beaucoup de joueurs professionnels de la région, notamment ceux de Manchester mais aussi ceux de … Liverpool.

L’un des autres aspects de cette rivalité économique concerne la mauvaise image associée à la ville de Liverpool dans le reste du pays. Les habitants traînent une réputation de chômeurs, de voleurs avec un accent incompréhensible. Le terme «scouser» utilisé pour dénommer un Liverpuldien est aussi (et surtout) cet accent caractéristique de la région, à l’instar du «cockney» de l’East London, représenté à merveille par Jamie Carragher. Reconverti en consultant TV, à l’aube de sa nouvelle carrière dans les médias, l’ex-défenseur emblématique des Reds avait toutes les peines du monde pour se faire comprendre par les téléspectateurs.

Puis une rivalité sportive

Depuis la fin des années cinquante, les deux équipes ont dominé le football anglais par alternance. A tour de rôle, chacune des deux équipes s’empare du trône laissé vacant par son rival. Nous distinguons ainsi trois périodes pour bien illustrer ces différentes passations de pouvoirs et la montée en puissance de cette rivalité.

Dans un premier temps, Manchester connait une période faste sous les ordres de Matt Busby. Lors son règne, les Busby Babes (dont Duncan Edwards ou Bobby Charlton) étoffent le palmarès des Red Devils. A cette époque, ils remportent cinq titres de champion d’Angleterre (1952, 1956, 1957, 1965 et 1967), deux FA Cup (1948 et 1963), 5 Charity Shield (1952, 1956, 1957, 1965 et 1967) ainsi qu’une Coupe des Clubs Champions (1968) et ce malgré le crash aérien de Munich en 1958 coûtant la vie à vingt personnes dont huit Babes. 

La rivalité prend forme dans les années 1960. Durant cette période, les deux clubs revendiquent être le meilleur club d’Angleterre, même si Liverpool est le club le plus titré d’Angleterre. En 1964, Liverpool devient champion d’Angleterre (son 6ème titre) aux dépens d’United. Mais la même année, c’est surtout le transfert controversé de l’attaquant Phil Chisnall par les Reds en provenance de … Manchester United qui défraie la chronique. D’ailleurs, depuis plus aucun joueur n’est passé directement d’un club à l’autre.

Dans les années 70 et 80, c’est Liverpool qui règne sur l’Angleterre et l’Europe. D’abord sous la houlette du mythique coach Bill Shankly puis avec Bob Paisley. A eux deux, ils remportent la bagatelle de neuf titres de champion d’Angleterre (1964, 1966, 1973, 1976, 1977, 1979, 1980, 1982 et 1983), deux FA Cup (1965 et 1974), trois League Cup (1981, 1982 et 1983), cinq Charity Shield (1974, 1976, 1977, 1980 et 1982), trois Coupe des Clubs Champions (1977, 1978 et 1981) deux Coupe de l’UEFA (1973 et 1976) et une SuperCoupe de l’UEFA (1977). De quoi garnir les vitrines de Melwood. Première équipe britannique à abandonner le kick and rush pour un jeu plus continental, l’équipe de Kevin Keegan, Kenny Dalglish, Graeme Souness et Cie écrase tout sur son passage. Finalement, les tragédies du Heysel (1984) et de Hillsborough (1989) marquent la fin de la domination Red.

Avec la nomination d’Alex Ferguson, Manchester a vite comblé son retard. Dans les années 1990 et 2000, le manager écossais a même réussi à devancer son voisin en garnissant le palmarès du club de nombreux trophées (40 toutes compétitions confondues dont 13 titres de champions d’Angleterre). Le club a aussi pris une envergure économique incontestable. Comprenant l’importance du rayonnement aussi bien en Angleterre qu’à l’international, Manchester s’est développé comme une marque avec l’ouverture de mégastores un peu partout dans le monde, avec l’agrandissement de son stade pour générer de nouvelles recettes, avec la création d’académies à l’étranger, avec un réseau de scouts performant et avec l’organisation des tournées d’été en Asie ou aux USA. La retraite de Sir Alex, et les problèmes quant à sa succession, ont mis un terme à cette formidable période de victoires pour Manchester.

C’est un United leader et invaincu qui se déplace à Anfield pour un Derby d’Angleterre toujours aussi passionnant. Avec un palmarès aussi garni d’un côté que de l’autre, totalisant 38 championnats et 12 coupes européennes à eux deux, les rivaux sont à la recherche de leur gloire passée : depuis 1990 pour les Reds et 2013 pour Manchester en championnat. Néanmoins, un Liverpool-Manchester United n’est jamais un match sans enjeu. Il faut toujours être meilleur que son voisin. Mais c’est aussi cela qui nourrit les plus grandes rivalités sportives, partout dans le monde.