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Maurizio Sarri (Naples), le maestro atypique

Maurizio Sarri (Naples), le maestro atypique

Si l’adage bien connu : « nul n’est prophète en son pays » est valable la plupart du temps, il existe aussi des exceptions à la règle. En l’occurrence, Maurizio Sarri fait figure d’exception. A la tête du Napoli depuis 2015, l’ancien cadre bancaire de la réputée Monte dei Paschi (plus ancienne banque du monde encore en activité) a fait de son équipe l’une des plus attractives d’Italie et d’Europe. Avec déjà 22 buts inscrits en six journées de championnat (soit plus de 3.5 buts par match) le Napoli connait un début de saison conforme avec les ambitions de son coach, à savoir remporter le scudetto. Ce serait le premier titre depuis 1990. L’occasion pour Sarri de rentrer un peu plus dans le cœur de ses concitoyens. 

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Parcours atypique

Né à Naples mais de parents toscans, c’est dans cette région du centre de l’Italie qu’il a grandi et débuté sa carrière professionnelle. Banquier le matin et entraîneur l’après midi, telle a été la vie de Sarri avant de démissionner de son job pour assouvir sa passion pour le ballon rond. Il est alors âgé de 42 ans. Un choix de vie. Une reconversion professionnelle tardive pour celui qui déclare :

«Aujourd’hui, je fais un travail pour lequel on me paie, alors qu’avant je le faisais gratuitement.»

Avant de s’installer sur le banc du San Paolo, Sarri a connu beaucoup d’expériences dans plusieurs clubs de la péninsule. Il officie dans les diverses divisions inférieures notamment à Pescara, Avellino, Hellas Verona ou encore Perugia alternant les passages entre Serie B ou Lega Pro (3ème division).

Il rencontre le succès avec Empoli. Alors en Serie B, et après avoir échoué en Play-Off la saison précédente, son équipe obtient la promotion en Serie A. Il découvre alors le plus haut niveau national à l’âge de … 55 ans. La saison suivante, il maintient l’équipe en lui faisant pratiquer un football décomplexé, offensif s’appuyant sur des joueurs tels que Rugani, Tonelli, Hysaj, Mario Rui, Saponara, Valdifiori, Zielinski ou encore le vétéran Maccarone. Il s’offre même une victoire de prestige (4-2) contre son futur club : le Napoli.

Une autre vision du football

Si le Napoli pratique un football offensif et attrayant, Sarri s’appuie sur plusieurs principes importants pour le bon fonctionnement tactique de son équipe : (liste non exhaustive)

  • un jeu de possession important notamment dans la moitié adverse,
  • un jeu au sol maîtrisé basé sur le redoublement de passes permettant de ressortir le ballon proprement même depuis sa propre surface et face à un pressing agressif,
  • un bloc haut dans le camp adverse,
  • des contres éclairs dès la récupération du ballon,
  • le mouvement des joueurs avec et sans ballon.

Son 4-3-3 est parfaitement adapté aux joueurs à sa disposition. Sarri compte aussi sur des joueurs à son écoute. Ils adhèrent au discours de ce coach, à sa méthode de travail. Pour lui, la manière compte plus que le résultat et le collectif prime sur l’individualité. Ainsi, lors du dernier mercato, l’effectif n’a subi que très peu de mouvements. Même les joueurs à forte valeur marchande (Hamsik, Insigne, Mertens) ont décliné toutes velléités de départ. Un plus pour Sarri. Cela lui permet de travailler dans de conditions optimales. De nos jours, la stabilité est un véritable luxe pour un entraîneur et une équipe.

Méticuleux et soin du détail

Pour illustrer cela, voici la description d’un véritable classique offensif du Napoli, synonyme des nombreux automatismes créés entre les joueurs. Après une période de possession, Insigne (ou Hamsik) déséquilibre l’équipe adverse d’un seul coup de patte. Il déclenche alors une ouverture en profondeur à l’opposé du terrain pour Callejon. Partant à la limite du hors-jeu, dans le dos de la défense adverse, ce dernier transforme bien souvent l’offrande en but.

Adepte de la vidéo, il utilise abondamment ce moyen pour décrypter le jeu de ses adversaires ou établir de nouvelles tactiques. Un drone est aussi fréquemment employé pour analyser les séances d’entrainement et ainsi mieux aider ses joueurs à progresser. Sarri sait aussi s’adapter aux évènements. Ainsi, il n’hésite à repositionner le lutin belge Dries Mertens en pointe de son attaque pour compenser la perte pour de longs mois du buteur polonais Arkadius Milik suite à sa (première) rupture des ligaments croisés. Avec 28 buts en 35 matches la saison dernière et déjà 6 buts en 6 matches cette saison, c’est une réussite. Il devient l’un des piliers de l’attaque napolitaine. En effet, au cours de sa carrière, Mertens avait toujours évolué sur une aile mais jamais dans l’axe.

Reconnu à travers l’Europe pour leur football offensif, les Napolitains rêvent de matérialiser ça par l’obtention du titre de champion d’Italie. Si quelques équipes non titrées sont restées dans l’Histoire du foot comme les Pays-Bas de Cruyff, les trophées garnissent un palmarès et s’impriment dans la mémoire collective des tifosi. Ce titre serait un aboutissement professionnel et personnel pour Maurizio Sarri. En effet, le métier d’entraîneur est très exigeant. D’autant plus quand on décide de ne s’y consacrer à plein temps qu’à 42 ans. Et aussi quand on connait tout le contexte émotionnel entourant un club comme celui du Napoli. Nul n’est prophète en son pays sauf Sarri ?