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Juventus & Fiorentina : une rivalité historique

Juventus & Fiorentina : une rivalité historique

Si vous ne savez pas pourquoi la Juventus est tant populaire en Italie, du Nord au Sud, nous vous conseillons de regarder notre Vidéo qui décrypte les raisons historiques de ce phénomène. Mais vous savez sûrement aussi que la Vecchia Signora ne fait pas l’unanimité dans toute la Péninsule. Notamment à Florence où l’antagonisme entre les deux équipes est exacerbé. Il faut bien avouer que certains événements peuvent être indigestes pour un tifoso de la Fiorentina normalement constitué. Comme concéder la plus grosse défaite du club en perdant 11-0 (1928) ou comme perdre le titre en 1982 lors de l’ultime journée suite à des faits de jeu défavorables alors que les clubs sont aux coudes à coudes (44 points chacun avant la dernière journée). Mais le paroxysme est atteint lors de l’intersaison 1990/91 quand la Juve arrache à prix d’or le joyau de la couronne florentine, le futur Ballon d’Or 1993, un certain Roberto Baggio.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Le contexte

18 mai 1990, coup de tonnerre dans le monde du football transalpin. La Fiorentina communique dans la presse. Le club officialise le départ du Divin Codino pour la Juventus contre un chèque de dix huit milliards de lire (environ 9,2 millions d’euros), un chiffre record à l’époque, d’autant plus que le joueur est en fin de contrat l’année suivante. Roberto Baggio se justifie :

«Je n’avais pas le choix»

En effet, dans une situation financière exsangue, le président de la Fiorentina : Flavio Pontello a poussé son attaquant, contre sa volonté, vers la sortie pour renflouer les caisses du club. D’ailleurs peu de temps après, les Pontello cèderont la Fiorentina au producteur cinématographique Mario Cecchi Gori. Ce dernier présidera la destinée du club jusqu’à sa mort, trois ans plus tard.

Les tifosi conscients de perdre l’un de leur symbole, leur maître à jouer, leur joueur vedette au profit du rival honnit, ne tolèrent pas du tout la nouvelle. La réaction est dantesque. Pendant deux jours, des émeutes éclatent en ville. La résidence de Pontello est assiégée. Les dégâts sont limités mais le bilan est lourd. 50 blessés, 54 arrestations. Même Coverciano, le centre d’entrainement de la Nazionale situé à quelques encablures de Florence, est la cible de la colère des supporters. En pleine préparation pour SA Coupe du Monde, la sélection (Baggio inclus) est perturbée pendant les séances d’entrainement. Heureusement, cela n’empêche ni Baggio ni ses coéquipiers de réaliser une très belle compétition n’échouant qu’en demi-finale (1-1/4-3 tab) face à l’Argentine de Maradona.

Il faut bien se rendre compte qu’à peine deux jours auparavant, le 16 mai 1990,  la Viola disputait la finale retour de la Coupe de l’UEFA (0-0) contre la … Juventus. En effet, malgré des déclarations véhémentes, les florentins sont incapables de rattraper le retard accumulé lors d’un match aller tendu et sans fair-play (3-1). Suite à la rénovation non achevée du Franchi pour le Mondiale 90, cette rencontre retour est disputée sur terrain neutre à Avellino (région de Naples), ville aux nombreux tifosi juventini, dans une tension extrême avec une très forte présence policière autour du stade. Une finale au goût amer pour Florence.

Le retour à Florence

Dans les mois précédents son transfert, Roberto Baggio montre des réticences à l’idée d’évoluer à la Juve. A l’occasion de son transfert, il éprouve quelques difficultés relationnelles avec ses nouveaux supporters. Ces derniers n’apprécient que modérément son manque d’enthousiasme à l’idée de jouer pour la Vecchia Signora. Les prestations du N°10 turinois aident à faire passer la pilule. Le Vénitien réalise une superbe saison. Meilleur buteur de son équipe (14 buts) en championnat, il contribue aussi à la bonne campagne européenne en Coupe des Coupes. Également meilleur buteur dans cette compétition (9 buts), la Juve ne parvient pas à écarter l’obstacle barcelonais de Cruyff et chute aux portes de la finale.

Mais le moment mélo-dramatique de la saison a lieu lors du retour de l’ancienne idole du Franchi sur les terres toscanes. Menée 1-0, la Juve obtient un penalty. Roberto Baggio, l’habituel tireur, refuse de se présenter face à son ex-coéquipier. Finalement, De Agostini le supplée mais échoue. Le score ne bouge plus. A l’occasion de son remplacement, Baggio est ovationné par son ancien public. En retournant sur le banc, il ramasse une écharpe de la Fiorentina lancée des tribunes. Il salue le stade. Et déclare à l’issue de la rencontre :

«Vous serez toujours dans mon cœur»

Au total, Roberto Baggio passe cinq saisons sous le maillot zébré. Au cours de ces années, il enrichit son palmarès d’un titre de champion, d’une coupe d’Italie, d’une Coupe de l’UEFA et d’un Ballon d’Or.

Si normalement le temps adoucit les peines, les relations entre la Fiorentina et la Juventus ne se sont pas arrangées au fil des ans. Depuis ce transfert mouvementé, plusieurs nouvelles anicroches ont émaillé les rapports entre la Toscane et le Piémont. Si le vrai-faux transfert de Berbatov, annoncé à la Viola avant de se diriger vers les Bianconeri puis de planter tout ce petit monde et de rejoindre finalement Fulham, est plutôt comique. La présence au Franchi de pancartes avec le chiffre 39, référence au nombre de disparus lors de la finale du Heysel, est inacceptable. Le récent départ de Bernardeschi pour Turin n’est qu’un épisode de plus alimentant cette rivalité italienne hors norme. Une rivalité pas prête de s’estomper.