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Serie A: Benevento dans la cour des grands

Samedi en fin d’après-midi, le petit club de Benevento s’apprête à vivre un moment inédit sur sa pelouse du stade Ciro Vigorito avec la réception de Bologne. En effet, il s’agira du tout premier match en Serie A des joueurs de Campanie depuis la fondation du club en 1929. La présence de la « Strega » parmi l’élite est une vraie surprise puisqu’elle est devenue la première équipe italienne à rejoindre l’élite après seulement une et unique saison passée en Serie B. Avec deux accessions consécutives, le club est au paradis mais la saison risque d’être longue pour les « Giallorossi », même si Crotone a montré la saison dernière que rien n’est perdu d’avance. 

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Une première historique

Quand, le 30 avril 2016, soit une journée avant le terme du championnat de Lega Pro (l’équivalent du National 1 en France), les « Sanniti » acquirent la promotion en Serie B pour la première fois depuis 87 ans en disposant de Lecce (3-0), toutes les personnes présentes dans le stade (environ 20 000 tifosi) ne s’imaginaient pas qu’à l’issue de la saison 2016/17, leur club fétiche leur offrirait les joies d’une promotion encore plus inattendue.

C’est pourtant l’exploit réussi par ce petit club, situé à une soixantaine de kilomètres de Naples, à l’issue d’une saison de Serie B où ils finirent 5ème du championnat et donc qualifiés pour la phase des Play-Off. Après avoir disposé de Spezia (2-1) et de Perugia (1-0/1-1), ils affrontent en finale Carpi (relégués de Serie A en début de saison) logiquement favoris face au promu, néophyte dans cette ligue. Suite à un bon match nul (0-0) obtenu à l’extérieur, Benevento réalise l’imprévisible devant son public en disposant des Romagnols (1-0) grâce à une réalisation du Roumain Puscas. Ils deviennent alors la quatrième équipe de Campanie à accéder à l’élite après le Napoli, la Salernitana et Avellino.

Lors de la 1ère journée de Serie A contre la Samp, le fantasque milieu offensif Amato Ciciretti inscrit le 1er but de l’histoire du club à cet échelon. Pas suffisant pour éviter la défaite des siens. (2-1). Pour la réception de Bologne, nul doute que le stade sera complet. Ainsi lors de la mise en vente des abonnements, des dizaines de personnes n’ont pas hésité à camper la nuit précédente devant le stade afin d’avoir la certitude d’obtenir son précieux sésame. La Curva Sud d’ores et déjà complète, il restait encore des places en tribune d’honneur à un tarif plus élevé (+ 300 € par rapport à la saison précédente) mais comme certains tifosi ont préféré renoncer à leurs vacances plutôt que de manquer la Serie A, on devrait avoir une superbe ambiance lors des rencontres à domicile.

L’évident fossé Nord-Sud

Depuis des décennies, l’Italie souffre d’une inégalité économique flagrante entre le Nord et le Sud. Et le football n’échappe pas à la règle avec l’omnipotence des clubs du Piémont, de Lombardie ou de Ligurie à travers les années passées. Les équipes du Sud ne sont pas légions dans le championnat. Beaucoup sont retombées dans l’anonymat comme Lecce, la Reggina, Messina ou Catania. Cette saison, seulement 4 équipes sur 20 (Napoli, Benevento, Cagliari et Crotone) viennent du bout de la Botte. Cela explique (en partie) le déficit lorsqu’on regarde de plus près l’historique des différents champions. Ainsi en 115 éditions, seulement deux seules équipes du Sud ont inscrit leur nom au palmarès de la Serie A : Cagliari (1970) et Naples. (1987/1989)

Pour mieux illustrer les différences économiques entre les clubs, le site en ligne Goal.com a calculé que l’ensemble de l’effectif de Benevento gagnait moins que le seul Paulo Dybala, joueur vedette de la Juventus.

Cependant, et c’est tout le paradoxe de Benevento, si le club en est là, il le doit en grande partie à la réussite entrepreneuriale de son président : Oreste Vigorito. Issu de la région, Vigorito a connu le succès en misant sur l’énergie éolienne. En 1993, il fonde IPVC (Italian Vento Power Corporation) et devient le pionnier dans ce secteur d’activité. En 2006, il intègre le club peu après la dernière faillite en date (2005). Il participe à remettre le club sur de bons rails. En 2007, ils accèdent à la Lega Pro. Mais une certaine malédiction pèse sur l’équipe, incapable de passer le cap des Play-off en 2009, 2010, 2011, 2014 et 2015. Il faudra attendre l’édition 2016 pour enfin atteindre la Serie B puis assister au « miracle » de 2017, comme le disent les habitants de la ville, avec l’accession en Serie A.

Événement attendu par toute une ville, ce premier match en A à domicile sera très certainement l’occasion d’une très belle fête. Si la victoire est au rendez-vous, la « Stregamania » ne prendra que plus d’ampleur. Les hommes de Marco Baroni, coach et ancien coéquipier de Maradona au Napoli en 1990, auront fort à faire pour se maintenir. Mais quoiqu’il en soit, les tifosi auront eu le plaisir de voir évoluer leurs protégés au plus haut national au moins une fois dans leur vie.