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Doit-on s’inquiéter pour la Juventus?

Battue par une Lazio enthousiaste lors de la finale de la Super Coupe d’Italie, les Juventini de Massimiliano Allegri ont montré des limites tant individuelles que collectives, déjà aperçues lors de certaines rencontres de la préparation estivale. A seulement quelques jours du début de la nouvelle saison, qui pourrait les voir en cas de succès obtenir leur septième couronne nationale consécutive, les interrogations sont nombreuses (et légitimes) sur le niveau de la Vecchia Signora.

Par Nicolas Wagner – Twitter: @friulconnection

Des flops individuels … 

Medhi Benatia avait la lourde tâche de remplacer, au moins numériquement, Bonucci, parti au Milan. Préféré à l’espoir italien Daniele Rugani, le marocain a souffert face à un Ciro Immobile déchaîné. D’abord en le laissant filer seul face à Buffon puis en étant surclassé par le timing parfait du romain. Son entente avec Chiellini n’a pas été parfaite. Loin de là. On le sait tous, il faut du temps pour travailler les automatismes surtout en charnière centrale. Mais Allegri lui en laissera t’il ? L’arrivée de De Vrij se voulait insistante avant le match. Peut être encore plus après.

Mattia De Sciglio, déjà raillié pour la piètre qualité de certains de ces centres, ne pouvait connaitre pire début pour son baptême du feu sous ses nouvelles couleurs. Entré à la place de Benatia à la 56 ème (Barzagli passant dans l’axe), l’ancien milanais a laissé filer Jordan Lukaku sur le côté gauche de l’attaque Laziale dans le temps additionnel, offrant ainsi un centre en retrait imparable, transformé en but de la victoire par Murgia (90+3). Alors que la Juve venait d’arracher une égalisation inespérée deux minutes auparavant.

Sami Khedira n’a pas existé au milieu de terrain, à l’instar de Pjanic. Ce qui a très fortement rappelé la seconde période de la finale de Ligue des Champions perdue face au Real en Juin dernier. En petite condition, le champion du monde allemand a évolué à des années lumière de son niveau habituel. Le retour en forme de Marchisio et l’arrivée de Matuidi vont accentuer la concurrence à ce poste.

Gonzalo Higuain a réédité sa mauvaise performance de la finale de Champions League à Cardiff. Esseulé à la pointe de l’attaque, lent dans ses déplacements, presque jamais dangereux et quasiment inutile dans la production collective, il a été mis sous l’éteignoir par De Vrij. Mais on le sait Pipita est un diesel (ses débuts de saison sont souvent compliqués) et une fois la machine lancée, il est dur à arrêter.

Une défaillance collective

Hormis en début et en fin de match, la Juventus a éprouvé les pires difficultés à mettre en danger son adversaire d’un soir. Se procurant des bonnes occasions dès les premières minutes, on pensait que la Juve avait retrouvé les clés de sa réussite des saisons ultérieures. Mais le collectif turinois s’est décomposé au fur et à mesure que la Lazio, elle, est entrée dans son match. L’association Immobile avec Milinkovic-Savic (dans le rôle tenu par Baldé Keita en fin de saison, indisponible pour ce match et annoncé vers la … Juve) en attaque a beaucoup fait souffrir l’axe turinois … l’absence de Bonucci s’est fait cruellement ressentir.

Et quand bien même, il ne faut pas tirer trop d’enseignement à cette période de la saison, la friabilité du duo Chiellini-Benatia est inédite depuis la prise de fonction d’Allegri. Le trio du milieu Luis Alberto- Lucas Leiva et Marco Parolo a aussi complètement fait déjoué leurs homologues Bianconeri, Pjanic et Khedira.

L’incapacité à passer par les côtés a aussi été l’un des gros problèmes de l’attaque turinoise. D’ailleurs, et ce n’est pas un hasard mais le penalty accordé à Alex Sandro a été le fruit de l’une des trop rares incursions juventina sur le côté gauche. Il aura fallu attendre l’entrée de Douglas Costa à la 56 ème en lieu et place d’un Cuadrado transparent pour redynamiser un tant soit peu l’équipe.

Mais des espoirs

Dès son entrée, Douglas Costa a montré toute l’étendue de son talent et son mental de compétiteur. Il n’a pas eu besoin de round d’observation pour entrer dans une rencontre pourtant assez intense. Ses dribbles virevoltants, ses changements de rythmes, ses centres dangereux délivrés de sa patte gauche et son intelligence de jeu ont fait de lui l’un des meilleurs turinois.

Assez quelconque avant ça, Paulo Dybala a réussi le tour de force de renverser une situation très mal embarquée pour son équipe avec deux buts inscrits en 6 minutes dont un coup franc magique, du gauche forcément, digne du N°10 qu’il porte dorénavant dans son dos. Pas vrai Michel ?

La force de caractère est la marque des grands champions. La Juve, de par son palmarès récent, n’échappe pas à la règle. La capacité de réaction ou l’orgueil (comme vous voudrez) pour recoller au score en six minutes, en toute fin de match, des hommes d’Allegri montrent une certaine grinta, digne de son rang de sextuple champion en titre. Chaque année, on dit que la Juventus, rassasiée de scudetti, pourrait avoir « moins envie ». Chaque année on se trompe et jusqu’à preuve du contraire, cette saison qui débute a tout pour confirmer la règle.

Cependant, cela n’a pas suffi aux turinois pour remporter ce premier trophée de la saison. Un trophée mérité pour la Lazio, la 4ème pour le club et la 1ère Super Coupe depuis 2009, pour les joueurs de Simone Inzaghi qui ont pu fêter ça avec les tifosi, au pied de la Curva Nord puis plus tard dans la nuit, à Formello, le centre d’entrainement des romains.

A deux jours de la réception de Cagliari pour la journée inaugurale de Serie A, version 2017/18, la Juventus n’a pas préparé ce match de la meilleure des manières. La préparation estivale avait déjà laissé apparaître certaines lacunes avec des défaites face au Real, au Barça et à Tottenham. Celle face à la Lazio les a confirmées. En général, la Juve réussit bien ses entames de championnat (à l’exception de 2015/16). Rendez-vous donc samedi pour voir comment les troupes d’Allegri débuteront face aux insulaires sardes.